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Analyse/Santé au travail Aucune politique nationale!

Par L'Economiste | Edition N°:4178 Le 24/12/2013 | Partager
Maroc: le pays le plus risqué pour les travailleurs dans la région Mena
Moins de 5% de la population active est protégée
Les fonctionnaires échappent à la médecine du travail

Les travailleurs s’exposent à une multitude de risques, y compris au sein de leurs bureaux. De nouvelles menaces ont émergé ces dernières années: ondes électromagnétiques, nuisances thermiques, vibrations,… Les risques psychosociaux (stress, burn out) sont également de plus en plus fréquents.

Les entreprises au Maroc sont fâchées avec les dispositions de sécurité et de santé au travail, c’est le moins que l’on puisse dire. Un tiers seulement des structures assujetties à l’obligation de prendre des mesures en la matière (celles dépassant les 50 employés) se conforme à la loi. Par ailleurs, moins de 5% de la population active sont couverts par des dispositions de santé et de sécurité au travail, soit quelque 500.000 sur un total de 11 millions, selon les statistiques du ministère de l’Emploi. «La part des entreprises ayant mis en place des comités d’hygiène depuis 2004 ne dépasse pas les 28%», déplorait le SG de l’UMT, Miloudi Moukharik, la semaine dernière à Casablanca, lors de la 3e journée interentreprises de santé au travail, organisée par la Caisse mutualiste interprofessionnelle marocaine (CMIM). Ce qui vaut aujourd’hui au Maroc d’être classé par le Bureau international du travail (BIT) comme le pays le plus dangereux de la région Mena pour les travailleurs! «Chez nous, le risque d’accidents du travail est deux fois et demie plus élevé que la moyenne régionale, soit 47,8 pour 100.000 travailleurs. C’est énorme!», relève le ministre de la Santé, El Haussaine Louardi.
Pis encore, le secteur public échappe complètement à la médecine du travail. «Dans la fonction publique, il n’existe qu’une médecine sélective à l’embauche. Les fonctionnaires doivent passer par des commissions médicales pour accéder à certains postes. Après, plus rien. L’Etat qui a promulgué la loi pour le privé doit lui-même donner l’exemple!», estime Pr. Chakib El Houssine Laraqui, président de la Société marocaine de médecine du travail et d’ergonomie (Somametre).
Le plus souvent, ce sont les grands groupes et des filiales des multinationales qui excellent dans le domaine. «Au niveau des banques, c’est souvent une autre forme de médecine du travail que l’on pratique. Certaines font passer des bilans très sophistiqués à leurs cadres. Or, la médecine du travail s’intéresse à l'aptitude au poste de travail de tous les salariés, et à la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles, physiques et psychosociales», précise Laraqui.         
Cela dit, malgré la gravité de la situation, il n’existe pas encore de politique nationale dédiée. «A l’UMT, nous avons proposé la mise en place d’un observatoire de l’hygiène et de la sécurité au travail pour commencer, afin de procéder à la veille de manière plus précise sur ces questions», rappelle Moukharik.

De nouveaux risques émergent

En attendant, les risques en entreprise s’aggravent de jour en jour. Outre les pathologies classiques: respiratoires, dermatologiques, troubles musculo-squelletiques (TMS), psychosociales,… de nouvelles voient le jour. «Les risques émergents ne sont pas encore suffisamment connus par les spécialistes de la santé au travail. Ils sont liés aux innovations technologiques, telles que les vibrations, les ondes électromagnétiques, les nuisances sonores et thermiques,…», explique Dr. Essaid Tariq, président du Collège national des médecins du travail. «L’organisation elle-même évolue vers un mélange entre vie professionnelle et vie privée. Le travail s’invite de plus en plus dans la sphère privée. Dans cette configuration, les situations de stress chronique s’amplifient. Ces aspects doivent être pris en considération dans les stratégies des entreprises», poursuit-il.  
Les risques psychosociaux prennent aussi des dimensions inédites. «Les consultations pour le burn out, par exemple, deviennent de plus en plus fréquentes», confie Abdellatif Salhi, psychologue de travail et professeur à l’université de Barcelone. Le burn out, une situation de stress profond qui précède la dépression, gagne du terrain auprès de personnes «émotionnellement très sollicitées» dans leurs fonctions, telles que les patrons d’entreprises, les hauts cadres ou encore les médecins. Cesser de positiver, adopter des attitudes contradictoires, perdre tout intérêt pour le travail ou, au contraire, travailler de manière compulsive peuvent être des signes avant-coureurs. «Vu la complexité dans laquelle nous travaillons et vivons, le recours aux psychologues du travail sera inéluctable à l’avenir», estime Salhi.
En manageant correctement ces risques, et surtout en optant pour la prévention, l’entreprise peut préserver ses ressources humaines et avancer sereinement. Malheureusement, très peu s’y intéressent pour l’heure.

Artisans: Les plus exposés

Les artisans font sans doute partie des catégories qui s’exposent aux pathologies les plus graves en milieu professionnel. «Les tanneurs, par exemple, risquent des intoxications au chrome, et les céramistes un empoisonnement au plomb. Les puisatiers, eux, sont souvent victimes de silicoses pulmonaires qui leur brûlent les poumons. Beaucoup meurent à l’âge de 25 ans», regrette Pr. Chakib El Houssine Laraqui. «Les cancers liés à l’amiante, interdite en France et toujours utilisée au Maroc, sont également courants», poursuit-il. La plupart du temps, les artisans exercent sans protection.

INCVT : Démarrage en 2014?

Il existe depuis 2010 et pourtant il n’est pas encore opérationnel. L’Institut national des conditions de vie au travail (INCVT) devait prendre le relais de la commission ministérielle constituée au lendemain du drame de l’usine Rosamor (2008). L’Incvt, qui a pour mission d’élaborer une stratégie nationale pour les risques en milieu professionnel et de mettre son expertise au service des entreprises, a même bénéficié d’un contrat-programme 2011-2014, avec une enveloppe de 50 millions de DH par an. «Etant donné le statut de l’Institut, sous forme de groupement d’intérêt public, nous avons mis du temps à mettre en place tous les instruments de fonctionnement et de gestion, financière, comptable, de marchés publics, …», explique Pr. Abdeljalil El Kholti, directeur général. En effet, le conseil d’administration de l’Incvt compte 12 ministres. Il est présidé par celui de l’Industrie, My Hafid Elalamy. Curieux pour un organisme qui traite de la santé… «Le plus important pour nous, c’est d’avoir un parrain fort», insiste El Kholti. Faute de structures adéquates, le budget 2013 n’a pas pu être utilisé. Du coup, l’opération pilote qui devait avoir lieu à Casablanca auprès d’un échantillon d’entreprises employant moins de 50 salariés n’a pas pu se concrétiser. Depuis sa création, l’Institut s’apparente plus à une coquille vide. «Aujourd’hui, nous y sommes presque. Nous avons 90% des instruments nécessaires pour fonctionner. Je pense que 2014 sera l’année du démarrage de l’Incvt. Les premières opérations seront lancées au plus tard début février», annonce El Kholti. Encore une promesse...

Ahlam NAZIH

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