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Economie

L'économie israélienne risque la surchauffe

Par L'Economiste | Edition N°:203 Le 09/11/1995 | Partager

par Mustapha SEHIMI

L'assassinat d'Yitzhak Rabin ne devrait pas ralentir le processus de paix, nécessité économique pour Israël. Le Sommet d'Amman l'avait confirmé. Mustapha Sehimi vient de séjourner en Israël dans le cadre d'un voyage d'information. Il analyse les atouts du "dragon" du Moyen-Orient et les risques qui pèsent sur son économie.

Les chiffres, bien sûr, témoignent du niveau de développement atteint par Israël: un niveau de vie moyen plus élevé que celui de plusieurs pays européens avec pas moins de 15.000 Dollars per capita; un taux de forte croissance économique continue au cours des cinq dernières années avec plus de 6%; un PIB de 75 milliards de Dollars (soit deux fois et demie celui du Maroc). Un "dragon" du Proche-Orient? Assurément. Un miracle économique aussi. Pourquoi? Comment?

Technologies et...immigration

Globalement, cela tient à la conjonction de deux séries de facteurs qui méritent d'être rappelées:

- d'une part, une population instruite et qualifiée, moteur du développement d'une infrastructure de hautes technologies (électronique, produits chimiques, industries de précision, agriculture hyperintensive);

- d'autre part, des accords-cadres commerciaux à des conditions préférentielles conclus avec l'Union Européenne, les Etats-Unis, l'Association européenne de libre-échange et d'autres grands partenaires commerciaux, ce qui ne pouvait que stimuler la croissance rapide des exportations.

Mais il y a plus: d'abord le bénéfice d'une infrastructure très charpentée d'institutions de recherche et de développement dans les secteurs universitaire et industriel; ensuite un personnel de niveau très élevé; enfin des investissements importants au niveau national en matière d'infrastructures physiques et de capacité de production industrielle. Rien d'étonnant que, de ce fait, l'innovation et la productivité aient créé les conditions optimales d'une croissance "asiatique"...

L'immigration de plus de 550.000 Juifs de l'ex-URSS, ces dernières années, a conduit à renforcer des avancées technologiques significatives. Plus des deux tiers d'entre eux étant des professionnels très qualifiés, il fallait mettre à profit leurs spécialisations et leur expérience.

Voici dix ans à peine, le pourcentage d'ingénieurs, de techniciens et de scientifiques représentait 25% de la population active; depuis la dernière vague d'immigration d'origine soviétique, ce taux est monté à 35%. L'innovation a consisté, afin de permettre à ces nouveaux venus d'exprimer toutes leurs potentialités professionnelles et leur créativité, de créer 26 pépinières technologiques sous la houlette du Ministère du Commerce et de l'Industrie. De quoi s'agit-il? D'aider au démarrage d'entreprises fondées sur des innovations techniques apportées par les immigrants et de proposer une assistance administrative et technique, des équipements à des coûts accessibles, et des conseils.

C'est ainsi qu'en 1994 ont pu être réalisés 250 projets employant quelque 1.000 chercheurs dont 80% d'immigrants. Parmi leurs spécialités: les logiciels informatiques, l'électronique, l'optique électronique. L'objectif n'est rien d'autre que la création d'entreprises fondées sur la recherche et le développement, orientées vers l'exportation et capables d'attirer, en deux ans, des investissements étrangers.

Depuis leur création, des centaines de brevets ont été déposés, une partie d'entre eux étant en cours de commercialisation. Voilà bien une formule qui, entre autres, a attiré l'attention du Maroc puisque, voici deux mois, une mission du Ministère de l'Education Nationale a séjourné en Israël pour s'informer de ce "montage" original. L'idée qui a prévalu à cet égard était de voir comment s'inspirer de cette formule pour valoriser le potentiel de diplômés de haut niveau actuellement chômeurs dans le Royaume. Ce dossier est retourné dans les tiroirs...

Clignotants

Ce "miracle" a un prix: le déficit permanent de la balance commerciale. Qu'on le veuille ou non, l'écart annuel entre un niveau très élevé d'importations et un volume bien inférieur d'exportations traduit bien une dépendance économique. D'une manière chiffrée, ce déficit, qui était de 342 millions de Dollars en 1960, a quadruplé en 1970 (1.283 millions de Dollars), pour tripler encore en 1980 (3.733 millions de Dollars) et dépasser les 10 milliards de Dollars en 1994 (34 milliards d'importations contre seulement 24 milliards de Dollars d'exportations). Ce déficit est lié aux besoins en investissements importants, mais il est aussi généré par des achats de produits de consommation.

Le poids de la dette extérieure constitue un autre motif de préoccupation puisqu'elle se situe à hauteur de 27.769 millions de Dollars en 1994, avec un service de la dette de 17.741 millions de Dollars pour cette année-là. Depuis quelque quarante ans, ce sont 60 milliards de Dollars qui ont été fournis par des sources diverses: transferts unilatéraux de capitaux, prêts individuels, bancaires et gouvernementaux - avec au passage les 10 milliards de Dollars américains au titre des garanties de prêts pour cinq ans.

Le taux d'inflation, après des chiffres par centaines de type latino-américain dans les années 1983/84, se situe désormais autour de 14,5%. Le haut niveau de la consommation publique (25% du PNB) contribuait fortement à générer cette inflation. Ce qui a conduit l'Etat à réduire son engagement par la réduction des subventions en faveur des produits de grande consommation, à la privatisation partielle ou totale de centaines d'entreprises publiques.

C'est pour toutes ces raisons qu'une politique de promotion des investissements a été arrêtée et mise en oeuvre. Si l'épargne intérieure se situe autour de 25% (elle est de 16% au Maroc), elle n'est pas suffisante pour autant pour soutenir les investissements nécessaires à une forte croissance. Pour 1994, leur montant s'est élevé à 17.500 millions de Dollars (plus de trois fois le chiffre du Maroc). Les différentes versions de la loi sur l'encouragement aux investissements de capitaux ont porté leurs fruits grâce à une politique étudiée de prêts à long terme et à un taux d'intérêt réduit.

On comprend mieux, dans ces conditions, que l'option israélienne en faveur du processus de paix soit aussi une contrainte économique de sa stratégie de développement. Ce que l'on appelle les "dividendes de la paix" c'est, avec l'apaisement de la tension, une forte contraction du budget militaire actuel (17,4% du PIB et 6.455 millions de Dollars); c'est aussi un moindre coût des emprunts sur les marchés financiers internationaux même si Israël a été promu au-dessus de l'actuel BBB+; c'est aussi, à terme, la fin du boycottage primaire et secondaire; c'est enfin le champ immense des domaines potentiels de coopération exprimés tant à la conférence économique de Casablanca qu'à celle d'Amman, la semaine dernière: consolidation des liens entre infrastructures des pays de la région; gestion de l'environnement, de l'eau et des ressources; coopération permettant d'exploiter des économies d'échelle: centres de développement régional intégré.

Plus de 200 projets optionnels ont été identifiés. Les moins importants ne sont pas ceux du tourisme qui déjà draine 2.200.000 visiteurs procurant des recettes de plus de 2.400 millions de Dollars.

Le risque de surchauffe existe aujourd'hui du fait des contraintes; internes et des nouvelles exigences régionales. C'est la banque centrale qui l'écrit sous forme de mise en garde: "L'accélération ininterrompue de l'activité économique et un large déficit courant (il serait de 3,5% par rapport au PIB en 1995) exigent une politique de restreinte fiscale qui contribuerait de manière significative à la stabilité de l'économie et à son expansion constante. Le pari d'une économie de paix: voilà bien l'enjeu...".

* Professeur de Droit (Université Mohammed V), politologue.

Attentes déçues sur le Maroc

Les Israéliens-officiels ou privés - ne cachent pas leur déception quant à la situation actuelle des rapports économiques et commerciaux entre les deux pays. Après l'euphorie de la Conférence économique de Casablanca, voici un an, les comptes qui sont faits frappent par leur modestie. Des contrats ont bien été signés concernant l'énergie solaire, l'équipement agricole, les plants et semences, le matériel médical.... Mais tout cela ne dépasse pas 30 millions de Dollars pour 1995.

Dans le secteur public, les projets ne manquent pas pourtant: exploitation des schistes bitumineux de Tarfaya avec un programme de création de centrales électriques; coopération maritime Comanav/Zim: entreprise de partenariat pour la fabrication de matériel médical; fermes-pilotes... Mais ils n'ont pas encore pris corps.

Du côté des opérateurs privés, les fortes attentes non encore satisfaites sont de plusieurs ordres:

- une liaison aérienne directe entre Israël et le Maroc: pour le fret, mais aussi pour le tourisme, un gisement annuel de 100.000 touristes israéliens au Maroc étant estimé par les spécialistes (soit des recettes de 150 millions de Dollars au moins);

- un cadre juridique de garantie des investissements et de partenariat;

- un accord de coopération économique et commerciale.

Les opérateurs israéliens sont bien attirés par le Maroc; mais pour l'heure, c'est la Jordanie qui est en avance en offrant des conditions d'investissement attractives et sécurisantes. Les affaires suivent leur pente naturelle, celle de la compétitivité et de la sécurité.

Yitzhak Rabin, mort pour la paix

RAYMOND Aron avait raison, en critiquant Valéry Giscard D'Estaing, de dire: "Il ne sait pas que l'Histoire est tragique". Après Anouar Sadate, voici que le Premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, tombe sous les balles d'un extrémiste juif pour qui il s'agissait de la "main de Dieu".

"Faucon", le Premier ministre israélien l'a été. Longtemps. Jusqu'à ce qu'il se rende compte sur le terrain avec l'"Intifida"- que l'on ne peut écraser le souffle d'un peuple, sa liberté et son indépendance, pas plus qu'on ne peut gommer ses titres de légitimité et ses droits historiques sur sa terre. Deux peuples ont dû, donc, tenter de cohabiter sur la même terre. Cela n'est du goût ni des extrémistes religieux de l'Etat hébreu ni de ceux des "fous de Dieu" brandissant le fanatisme islamiste en l'air.

Disparaît aujourd'hui un homme d'Etat, un homme de paix aussi, un homme qui avait eu l'intelligence de se rallier à une approche stratégique, juste et durable, du problème de la paix dans cette région. L'émotion a été générale. Puisse-t-elle conduire à accélérer et à parachever le processus de paix dans la région pour disqualifier alors durablement tous ceux qui ont fait de la religion une arme de mort.

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