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Meurtrier d'Yitzhak Rabin : Comment Yigal Amir, étudiant ordinaire, est arrivé à l'assassinat politique

Par L'Economiste | Edition N°:203 Le 09/11/1995 | Partager

Après l'assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, les services secrets israéliens et l'establishment politique crient à la manipulation de l'extrême-droite opposée au processus de paix. L'assassin, un jeune homme ordinaire, s'est cru soudain investi par Dieu pour tuer. Un de ses camarades a témoigné pour notre confrère Ha'Aretz.

Jusqu'à samedi soir 4 novembre, c'était un type comme les autres. Un gars de 25 ans qui n'avait rien à se reprocher: il avait fait son service dans l'infanterie sur le Golan; il était allé dans une yeshiva (école rabbinique). Un avenir souriant attendait cet étudiant en droit et en informatique. Au cours de ces deux dernières années, de nombreux étudiants ont manifesté fréquemment sur le pont Bar-Ilan, passerelle pédestre surplombant la voie rapide proche de l'Université. Ils exprimaient ainsi leur mécontentement contre le gouvernement. Yigal a pris une part active dans l'organisation de ces actions. Evidemment, il n'était pas seul. L'Université Bar-Ilan a essayé de limiter les activités politiques sur le campus. Le service de sécurité de l'établissement a pris l'habitude de retirer les affiches appelant à des manifestations sauvages à la suite d'attentats terroristes.

L'année dernière, quand le Premier ministre Yitzhak Rabin en a été nommé docteur honoris causa, l'Université a pris garde à ce que la cérémonie ne soit perturbée en aucune manière. L'Association des étudiants, elle aussi, a pris ses distances par rapport à la politique. Mais ni l'université, ni l'association n'ont pu endiguer le sentiment croissant dans le coeur de tous ceux qui avaient l'impression que leur patrie leur filait entre les doigts.

Un groupe d'action appelé "Etudiants pour la Sécurité" a peu à peu fait son trou. De très nombreux étudiants ont participé à des week-ends de solidarité organisés tous les mois en Judée-Samarie. L'attentat terroriste de Gaza, les y a conduits un jour. Quelque 500 de nos camarades ont protesté contre le deuxième accord d'Oslo en allant à Hébron, ville de nos ancêtres (où une petite colonie juive existe au coeur même d'une ville forte de 120.000 Palestiniens, NDLR Ha'Aretz). Yigal était le leader spirituel de ces week-ends de shabat. Nous l'accompagnions tous dans ces occasions jusqu'à samedi dernier.

Aujourd'hui, il est devenu autre chose, un "horrible meurtrier", une "tumeur maligne".

Au départ, ces qualificatifs ne me semblaient pas lui aller. Un ami qui l'a reconnu à la télévision nous a appelés immédiatement. Nous étions abasourdis.

C'était un bon étudiant. Son emploi du temps était littéralement surchargé, bien au-delà de ce qu'exige l'Université. Il consacrait une bonne partie de son temps à l'étude de la Torah, et le reste à organiser des happenings politiques. De tranquilles manifestations et des samedis de solidarité agréables et pacifiques.

Les politiciens, prompts à saisir l'occasion, accusent déjà le Likoud d'incitation à la violence. Ils qualifient Yigal Amir de "jeune garçon manipulé", afin de marquer toute la Droite du sang du Premier ministre assassiné. Quelle erreur!

Yigal Amir n'est pas un "dingue" dont on aurait pu attendre un tel crime. Il a agi par conviction profonde, après y avoir longuement pensé, comme il est normal que cet homme intelligent le fasse. Même une longue réflexion peut conduire à une mauvaise conclusion. La délibération est l'apanage du juriste. Yigal a échoué à son examen pratique, et chacun d'entre nous va en payer le prix.

Comment avons-nous pu nous laisser surprendre à ce point? Il paraît qu'il a dit à ceux qui l'interrogeaient que déjà deux fois par le passé il avait tenté de mettre fin au jours du Premier ministre, sans succès. Il portait son dessein secret dans son coeur depuis de longues semaines. Mais il avait fait sa rentrée universitaire comme nous tous, en souriant comme d'habitude. Il avait promis la semaine dernière que les activités politiques se poursuivraient et que l'autres week-ends seraient organisés dans les colonies.

Yigal Amir n'a rien d'un jeune homme manipulé. C'est une personne mûre, responsable de ses actes, qui a assassiné le Premier ministre Yizhak Rabin. Il en paiera le prix le restant de ses jours.

Amos Cohen est un étudiant en droit à l'Université Bar-Ilan près de Tel-Aviv et condisciple de Yigal Amir, l'assassin présumé du Premier ministre israélien Yizhak Rabin, décédé samedi 4 novembre.

Amos Cohen
Ha'Aretz, Israël
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