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    Super profs: Il crée une classe high-tech dans un petit douar

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5609 Le 08/10/2019 | Partager
    Tablettes, Merge Cube, lunettes de réalité augmentée, tableau interactif…
    Depuis leur patelin, les élèves voyagent dans le monde
    Adhérant à son projet, les parents paient une connexion haut débit pour l’école
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    Grâce aux vidéoconférences, les élèves du petit douar de Tizi Ounbed peuvent rencontrer des enfants de différents continents, donner leur opinion, partager leurs travaux de recherche… A travers la réalité virtuelle, ils peuvent visiter des monuments historiques, des forêts, observer des planètes… (Ph. AW)

    Tizi Ounbed, Tnine Aday. Cela ne vous dit sans doute rien. Il s’agit du nom d’un douar dans la province de Tiznit, là où se trouve une petite école primaire du nom d’Al Massira Al Khadra. Dans cette école rurale, un jeune prof de français, Abdellah Wahbi, défie l’impossible.

    Son rêve, offrir aux élèves de ce patelin la chance de trans­former leur vie, grâce aux nouvelles tech­nologies. A défaut de sortir de leur douar à la découverte du monde, c’est le monde qui vient jusqu’à eux, à travers une connexion wifi et quelques tablettes.

    Abdellah a récemment été distingué parmi 70 enseignants du monde entier, lors du Global Teacher Award 2019 à New Delhi, l’une des plus grandes manifesta­tions célébrant les éducateurs. Une recon­naissance supplémentaire des efforts qu’il entreprend depuis maintenant 16 ans. A son retour, il a été reçu par son ministre, Saaïd Amzazi.

    En Inde, Abdellah n’a reçu qu’un tro­phée et une attestation, mais cela suffit à le motiver et à le pousser à donner le meilleur de lui-même. L’an dernier, en septembre, il avait été décoré par SM le Roi du Wissam du mérite national. Une belle consécration pour cet enseignant qui a choisi son camp depuis des années: celui de ses élèves dé­munis, éloignés de tout.

    Abdellah Wahbi fait partie de ces ins­tituteurs à la fois passionnés et dévoués, comme il y en a peu à l’école publique, surtout rurale. Si le super prof du Rif (voir L’Economiste N° 5282 du 29 mai 2018), Hicham Elfaquih, mise sur les activités pa­rascolaires et les aides sociales pour faire aimer l’école à ses élèves des montagnes d’Al Hoceïma, Abdellah, lui, travaille plus sur les contenus pédagogiques.

    Il a très tôt compris l’intérêt des nouvelles technolo­gies et perçu les opportunités illimitées qu’elles présentent. «Leur usage n’est utile que quand elles apportent une réelle valeur ajoutée», tient à souligner l’enseignant.

    Il s’agit pour lui d’une véritable intégration de l’outil numérique, permettant d’at­teindre des objectifs pédagogiques précis et non d’un effet de mode. «Mon souhait est de leur inculquer les compétences du XXIe siècle, celles que l’école classique ne leur procure pas malheureusement.

    Comme la communication, la créativité, la collabo­ration et le travail d’équipe, l’esprit critique afin de questionner les informations reçues avant de les admettre, la recherche… Je ne leur donne pas un savoir, je leur apprends à le chercher eux-mêmes et à le mettre à jour», explique Abdellah, qui chapeaute quatre classes, de la 3e à la 6e année du primaire. L’an dernier, il en avait cinq à sa charge, de la 2e à la 6e année.

    Citoyenneté, protection de l’environ­nement, droits de l’Homme, droits de la femme et de l’enfant, agriculture… Les thématiques traitées sont diverses. L’ensei­gnant organise des vidéoconférences entre ses élèves et d’autres enfants de partout dans le monde.

    Durant ces séances, ils peuvent présenter leurs travaux avec des Powerpoint, échanger des idées, décou­vrir de nouvelles cultures ou introduire la leur, exprimer leur opinion, critiquer… Les présentations sont généralement réalisées en français, avec des enfants de tous les continents qui eux-mêmes apprennent cette langue. Une expérience marquante pour ces élèves qui n’ont jamais quitté leur douar ou rencontré des étrangers.

    Grâce à ses efforts, son école a pu décrocher, il y a deux ans, un kit d’une dizaine de tablettes du ministère. Et grâce à son ouverture sur son environnement, il a pu obtenir plusieurs dons d’entreprises et d’associations. Sa classe fait sans doute partie des mieux équipées du Maroc!

    Outre les tablettes, elle compte un tableau blanc interactif (TBI), offert par une multinatio­nale qui a découvert son profil sur L’Eco­nomiste en 2016, dans un article où le super prof nous expliquait comment il avait lui-même bricolé un TBI, avec les moyens du bord (voir L’Economiste N° 4925 du 27 décembre 2016).

    Sa classe possède aussi deux paires de virtual reality glasses (lunettes de réa­lité augmentée), offertes par une entreprise française. Ces lunettes permettent aux enfants de visiter, depuis leur douar, des monuments historiques ou sites archéolo­giques, de vivre une immersion en Ama­zonie, de découvrir les animaux de la Sa­vane… Le tout en 360°. Abdellah a même pu se procurer un Merge Cube qui, associé aux virtual glasses, permet d’observer le système solaire, un organe vital… en 3D.

    Les élèves de Tizi Ounbed accèdent à la pointe de la technologie éducative, grâce à leur enseignant. Ils bénéficient également de PC, imprimantes et scanners fournis par une association. Et ce sont les parents qui paient l’accès à Internet.

    Auparavant, l’école possédait une connexion par satel­lite, à l’instar d’autres établissements ru­raux. Mais le contrat avec le fournisseur étant arrivé à terme, il y a plus d’un an, la connexion avait été rompue. Convaincus par l’apport des technologies pour les en­fants, les parents ont décidé de souscrire eux-mêmes à une connexion haut débit pour l’école. Une initiative peu commune, surtout dans le rural.

    «Cela nous a per­mis de poursuivre nos projets», se réjouit l’enseignant. Les associations des parents d’élèves du public sont souvent accusées d’être désengagées. Cependant, encore faut-il leur présenter un projet auquel ils peuvent croire et adhérer. Les efforts d’Ab­dellah et de ses collègues ont pu convaincre les parents de leurs élèves.

    La preuve que le changement peut, ou plutôt, doit s’opé­rer du bas vers le haut, et non être piloté depuis les bureaux de hauts fonctionnaires de l’Education nationale à Rabat, souvent déconnectés des réalités du terrain. Des individus peuvent faire bouger les lignes, pourvu qu’ils soient animés par un projet en lequel ils ont foi, et qu’ils jouissent d’un minimum de liberté et d’autonomie.

    Boulimie de formations

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    Comme ses collègues, Abdellah Wahbi bénéficie de formations de son ministère sur l’usage des technologies en éducation. Elles restent cependant insuffisantes. L’ins­tituteur, certifié par Microsoft, souscrit en parallèle à une multitude de formations libres sur Internet, à des MOOC (Massive open online courses) d’universités françaises, à des forums internationaux d’enseignants… Il suit, en outre, des sessions de formation organisées par des ONG et multinationales. Des efforts, il est prêt à en consentir, pourvu que cela l’aide à s’acquitter au mieux de sa mission, et à donner à ses élèves ruraux une chance de s’en sortir.

    Ahlam NAZIH

     

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