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    Super profs: Il emmène ses élèves à une compétition de la Nasa

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5609 Le 08/10/2019 | Partager
    Pour la 1re fois, une équipe marocaine au Human Exploration Rover Challenge
    Rabii Hajoui, prof d’histoire-géo, offre des cours de robotique à ses élèves
    Il gère une chaîne YouTube où il partage plus de 116 présentations
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    Sur cette photo, Rabii rendait visite au centre de e-sports de la Western Michigan University. Cet été, il a été choisi par l’ambassade des Etats-Unis de Rabat parmi sept participants au IVLP (International Visitor Leadership Program), l’un des programmes d’échange phares du pays. Le thème du voyage, qui l’a mené dans des écoles et universités dans quatre Etats américains, était sur l’éducation à l’ère du digital (Ph. RH)

    Certains de ses amis l’appellent M.Scratch, comme le langage de programmation informatique développé par le MIT (Massachussetts Institute of Technology). Rabii Hajoui est un féru de codage informatique et de robotique. Des domaines qu’il a appris seul devant son écran.

    Maîtrisant un anglais parfait, initié en coding et en robotique, cet enseignant d’histoire-géographie n’est pas comme les autres. Il l’avoue volontiers, l’enseignement, il ne l’a pas choisi. C’est par pur hasard qu’il y a atterri. Mais il a appris à aimer son métier.

    En avril dernier, il a emmené ses élèves à Huntsville en Alabama, pour le Nasa Human Exploration Rover Challenge. C’était la première fois qu’une équipe marocaine participe à cette compétition mondiale, pour élèves du secondaire et étudiants du supérieur. L’objectif étant de designer, fabriquer et piloter des véhicules capables de rouler sur une surface lunaire.

    La première affectation de Rabii, au lycée Ibnou Al Banna al Mourrakouchi à Hay Hassani (Casablanca), date de 2011. Les débuts étaient durs, car l’enseignant n’avait reçu aucune formation digne de ce nom au préalable. Mis à part une petite préparation d’un mois, insignifiante pour appréhender sa difficile et sensible mission. Sans aucune expérience, il se voit confier trois niveaux: le tronc commun du lycée et la 1re et 2e année baccalauréat. Il se met ainsi tout de suite à des formations en ligne, en anglais.

    Une langue qu’il a apprise sur internet et en correspondant sur Skype avec des amis anglophones. «La maîtrise de l’anglais m’a énormément aidé, car j’ai pu accéder à des ressource très riches», souligne-t-il. Rabii est d’ailleurs un fervent défenseur de l’usage de la langue de Shakespeare à l’école, «la langue de la science».

    L’enseignant autodidacte suit des MOOC (Massive open online courses) sur la pédagogie et essaie de se mettre au diapason des meilleures pratiques. Il crée aussi un site internet pour son lycée et monte un club autour des systèmes d’informations géographiques. Durant son master en urbanisation et aménagement urbain, il s’était spécialisé en conception de cartes par ordinateur via des photos aériennes.

    L’exercice permet de déduire des informations expliquant des phénomènes sociaux. Le prof d’histoire-géo introduit la méthode à ses élèves. Seul hic, cela n’est pas prévu dans le curriculum. Un inspecteur le somme donc de tout arrêter. Il continue, toutefois, à utiliser des présentations vidéo et projections de photos pour illustrer ses cours. «Une image vaut mille mots. La technologie permet de faciliter le travail de l’enseignant et de rendre les cours plus vivants», argue-t-il.

    Son cahier de textes, là où il doit noter ses observations sur le déroulement des cours, il l’a très vite numérisé. Là encore, cela ne plaît pas à tous les inspecteurs pédagogiques. Une fois, cela lui a valu une mauvaise note de son inspecteur. Pour suivre le comportement, l’implication et la progression de ses élèves, il utilise une application. En parallèle, il gère une chaîne YouTube où il partage ses cours d’histoire-géo, de robotique, de programmation... Sa chaîne compte plus de 116 vidéos. 

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    Rabii Hajoui initie ses élèves au coding et à la robotique gratuitement, en dehors des horaires de cours. Pour lui, les écoles publiques devraient toutes intégrer la robotique. «Cela est tout à fait possible. Il suffit d’un langage de programmation gratuit, d’un micro:bit, qui coûte dans les 20 dollars, et d’un ordinateur», pense l’enseignant autodidacte (Ph. RH)

    Le jeune prof passe cinq ans à Hay Hassani, avant d’être muté, en 2016, au lycée Moulay Idriss Ier. C’est là qu’il commence à développer la robotique et le coding avec ses élèves, à travers un club sur la programmation et les systèmes d’information géographiques qu’il crée. Il découvre ensuite une compétition, le World Robotics Olympiad.

    Ses élèves conçoivent sous sa supervision un robot opérant le tri des déchets, remportent la compétition nationale et se voient qualifier pour représenter le Maroc à la finale en Thaïlande, en novembre 2018. C’était la première participation marocaine à l’évènement. Les élèves de Rabii ont présenté des robots réalisant la cueillette des figues de barbarie et les épluchant. Ils se positionnent au milieu du classement du concours. Une performance honorable pour des jeunes à peine initiés dans le domaine.

    En janvier 2019, il contacte la Nasa pour se renseigner sur le Human Exploration Rover Challenge. Sa démarche était en retard de trois mois, mais l’institution lui offre son assistance pour le guider dans les étapes de la compétition. Sa maîtrise de l’anglais a été décisive.

    Ses élèves, à la fois de son lycée public et du groupe scolaire privé de Bourgogne, avec lequel son établissement est en partenariat, créent un véhicule dont le thème est inspiré du drapeau marocain. Malheureusement, faute de moyens, seuls les élèves du privé font le déplacement à Huntsville. Dans ce concours aussi, ils arrivent au milieu du classement.

    Rabii ne compte pas s’arrêter là. Il continuera à améliorer ses méthodes et à nouer des liens avec des partenaires étrangers, afin d’offrir un maximum d’opportunités à ses élèves. Il prévoit, en outre, de donner vie à l’Association marocaine de robotique qu’il a récemment créée.

    Un diplôme de technicien, deux licences et un master

    Après un diplôme de technicien spécialisé de l’Ecole supérieure d’informatique appliquée (ESIA) à Casablanca, en 2003, Rabii Hajoui intègre aussitôt une société de câblage de réseaux informatiques à Settat. Tout en continuant à travailler, il réussit à obtenir, en 2007, une licence en aménagement du territoire de la faculté polydisciplinaire de Khouribga, en étant major de sa promotion. Pour son master, en urbanisation et aménagement urbain, il a dû laisser tomber son job, et se déplacer à Beni Mellal. Rabii finira encore major de sa promotion. Il enchaînera avec des études doctorales à l’université de Rabat, où il passera deux ans. En 2011, à l’ère du printemps arabe, l’Etat recrute les jeunes directement dans la fonction publique. Rabii se laisse convaincre par ses camarades doctorants de présenter son dossier à l’Education nationale, et décroche un poste d’enseignant. Leur encadrant les fait choisir entre le doctorat et l’emploi. Tous (six doctorants) optent pour la fonction publique. Rabii s’inscrira ensuite dans une licence en littérature anglaise à l’université de Casablanca, qu’il obtiendra en 2017.

    Ahlam NAZIH

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