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Pour une réforme de la gouvernance économique mondiale
Par Dominique Strauss-Kahn

Par L'Economiste | Edition N°:3188 Le 12/01/2010 | Partager

Il y a un an la situation économique était des plus sombres: une forte récession mondiale, une destruction d’envergure des richesses, le déclin du commerce et de l’emploi. Mais un désastre de la dimension de la Grande dépression a été évité grâce à une coordination sans précédent de leur politique économique par de nombreux pays à travers la planète. Espérons qu’à titre d’héritage de la crise, cette coopération sera pérennisée. L’économie mondiale est maintenant sur la voie de la reprise, même si elle est inégale, et la situation financière est nettement meilleure. Néanmoins, des nuages lourds d’incertitude sont toujours là et il reste encore beaucoup à faire. La création d’un système financier mondial solide, stable et sûr commence à peine. Par ailleurs la reprise n’est pas générale, le chômage est encore très souvent à la hausse, on ne s’est pas encore attaqué au déséquilibre de l’épargne au niveau mondial et les pays pauvres restent vulnérables. Ces problèmes sont lourds de conséquence pour la stabilité et la paix. Rappelons-nous que la stabilité économique constitue la base de la paix, elle-même une précondition nécessaire au commerce et à une croissance durable. Où nous situons-nous dans les annales des crises économiques? En termes de réformes, nous nous trouvons à un point critique où l’on peut reformer fondamentalement le système - ceci notamment parce que notre mémoire collective est suffisamment fraîche pour que nous ayons la volonté politique nécessaire. Ne laissons pas passer cette occasion!

Les «Décisions d’Istanbul»
Que faut-il faire? Il faut réformer la gouvernance économique mondiale, y compris le FMI, de manière à ce qu’elle reflète les réalités de notre époque, et renforcer la réglementation et la surveillance du secteur financier. Des progrès ont été accomplis dans ces deux directions. Il nous faut conserver l’élan ainsi acquis pour 2010 et au-delà. Plus spécifiquement, quelles sont en 2010 les priorités en matière de gouvernance pour les responsables politiques? A l’automne dernier, les pays membres du FMI ont avalisé les propositions du G20 et demandé à ce qu’en 2010 le Fonds se réforme dans quatre secteurs clefs (les «Décisions d’Istanbul»): son mandat, son rôle financier, sa gouvernance et la surveillance multilatérale.- Nous devons tout d’abord réévaluer le mandat originel du FMI tel qu’il figure dans ses statuts et la manière dont il a été appliqué ces dernières années – ceci à la lumière de l’ensemble des mesures de nature économique et financière qui affectent actuellement la stabilité mondiale. Si l’objectif général de soutien à la stabilité financière et à une croissance durable au niveau mondial reste pertinent, l’intensification des flux de capitaux, les interdépendances dans le secteur financier, la détention d’avoirs transfrontaliers et la nature de la crise soulignent la nécessité de reconsidérer le mandat du FMI et sa mise en œuvre. - Après la question du mandat nous devons travailler en collaboration étroite avec les pays membres pour déterminer quel est le rôle optimal du FMI en matière financière. Nombre de pays ont constitué d’importantes réserves en devises étrangères, en partie à titre d’assurance contre des événements extérieurs. Mais cette forme d’auto-assurance complique la gestion des taux de change et la politique monétaire, elle constitue une mauvaise allocation des capitaux sur le plan intérieur et au niveau international et pourrait aboutir à de grandes crises financières.Au titre du réexamen des prêts accordés par le FMI, nous avons introduit la Ligne de crédit modulable (LCM), un instrument d’assurance préventif pour les pays membres dont les politiques sont solides. Trois pays (le Mexique, la Pologne et la Colombie) y ont eu recours, mais il faudra sans doute innover à une plus grande échelle. - A Istanbul, le Conseil des gouverneurs du FMI a avalisé le grand pas en avant accompli en matière de gouvernance décidé par le G20: le transfert avant fin janvier 2011 d’au moins 5% des quotes-parts des pays sur-représentés vers les marchés émergents et les pays en développement dynamiques. Cette réforme est une étape importante dans la démocratisation du FMI, car il donne plus de crédibilité au pouvoir de décision de ces pays quant à la gestion, aux opérations stratégiques et aux aspirations du FMI. Réciproquement, une plus grande légitimité donnera plus d’efficacité au FMI pour promouvoir la croissance et la stabilité économique de tous ses pays membres. Ces derniers doivent pousser à ratifier cette décision de 2008 quant au transfert des quotes-parts et à leur réexamen prévu pour 2010.- Le Conseil des gouverneurs du FMI a donné son accord à la proposition du G20 demandant à ce que le Fonds l’aide dans l’examen des politiques économiques de ses pays membres les uns par les autres. Le FMI a une expérience considérable en matière d’examen des projets de politique économique par des pairs, mais ses recommandations n’ont pas toujours été suivies d’effet. Avec le transfert des quotes-parts déjà mentionné et l’évaluation mutuelle de leurs politiques par les membres du G20, les recommandations du FMI devraient avoir davantage de poids. Les responsables politiques doivent respecter leur engagement quant au processus d’examen mutuel.- Enfin, en ce qui concerne la réglementation et la surveillance du secteur financier, les gouvernements doivent poursuivre la réforme de la réglementation microprudentielle (entités individuelles) et macroprudentielle (à un niveau global et national systémique). Le FMI travaille avec le Conseil de stabilité financière et d’autres organisations pour développer de nouveaux principes et de nouvelles directives sur les capitaux, les liquidités, l’effet de levier, l’interconnectabilité, les grandes institutions d’importance systémique, le «périmètre» de la réglementation et la nature pro-cyclique des règles. La difficulté en ce domaine sera de ne pas se laisser aller à l’autosatisfaction, tout en ne surchargeant pas le système par une réglementation excessive. Les dirigeants politiques ont beaucoup à faire, mais ce qu’ils ont déjà accompli est impressionnant. S’ils continuent à travailler ensemble pour faire face aux défis communs dans un esprit de coopération, ils ont toutes les chances de réussir.

Ce qu’a fait le G20

Cette année, les dirigeants des pays du G20 ont agi efficacement pour faire de ce groupe le principal forum international de coopération économique. Ils ont triplé le budget du FMI, convenu de donner davantage de poids dans l’attribution des quotes-parts aux pays émergents et en développement encore sous-représentés et se sont engagés à soumettre leurs projets en matière de politique économique à l’approbation mutuelle des membres du groupe, ceci avec l’aide du FMI. Reconnaissant que chaque pays ne peut plus à lui tout seul atteindre ses objectifs économiques, cet examen par les pairs vise à intégrer systématiquement l’intérêt collectif global dans les politiques nationales. Copyright: Project Syndicate, 2009.www.project-syndicate.orgTraduit de l’anglais par Patrice Horovitz

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