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International

La Corée du Nord, l’Iran et les sociétés-écran
Par Yuriko KOIKE

Par L'Economiste | Edition N°:3255 Le 15/04/2010 | Partager

LE président américain Obama et son homologue russe Medvedev viennent de signer à Prague un nouveau traité de toute première importance sur le contrôle et la limitation des armes nucléaires. Les deux plus grandes puissances nucléaires se rencontreront à nouveau ce mois-ci à Washington et le mois prochain à l’ONU pour discuter d’une réduction supplémentaire de cet armement. Certes c’est une bonne nouvelle pour tout le monde; mais l’accord américano-russe et les négociations prochaines sur le désarmement n’auront guère d’impact sur la plus grande menace qui pèse aujourd’hui. Il s’agit de la lune de miel nucléaire entre un Iran déterminé à acquérir la capacité de produire l’arme nucléaire et une Corée du Nord bien décidée à lui monnayer son savoir-faire.Aujourd’hui plus de 6.000 Nord-Coréens travaillent en Iran et dans les pays voisins du Moyen-Orient, en majorité comme simples ouvriers dans le bâtiment ou dans la confection. Mais en Iran et en Syrie ce sont surtout des techniciens et des ingénieurs. En septembre 2007 quand Israël a attaqué un site nucléaire en Syrie, on a appris que des Nord-Coréens participaient à son développement en coopération avec le Centre national de recherche technique de Syrie.En 2002, quelque 120 Nord-Coréens travaillaient en Iran sur plus d’une dizaine de sites de recherche nucléaire ou de développement de missiles. Alors que ceux qui travaillent dans les Emirats arabes unis, au Qatar ou au Koweït constituent essentiellement une main-d’oeuvre bon marché, ceux qui travaillent en Iran dans l’armement et dans le nucléaire servent de vaches à lait pour Pyongyang. Non seulement ils rapportent de l’argent au régime de Kim Jong-Il, mais ils contribuent à forger une alliance virtuelle anti-américaine. En participant à la prolifération nucléaire et à un transfert de technologie militaire et nucléaire au profit du régime le plus radical du Moyen-Orient, Kim Jong-Il espère faire du fondamentalisme islamiste un allié.Jusqu’à l’année dernière, le département des Finances et de la Comptabilité et le secrétariat de Kim Jong-Il avaient la responsabilité de l’exportation vers l’Iran des missiles et des technologies qui s’y rattachent, ceci par l’intermédiaire de compagnies-écran gérées par le Bureau 99. Toutes les opérations de ce type se font directement sous les ordres de Kim Jong-Il.Voici comment cela fonctionne: le second comité économique du Comité central du parti fabrique les missiles avec l’aide de la seconde académie de sciences naturelles de Corée du Nord. Des entreprises sous la direction du Bureau 99 exportent des missiles vers l’Iran. Les revenus tirés de l’exportation de missiles, du nucléaire et d’autres armes atterrissent directement dans la poche de Kim Jong-Il ou bien servent au développement du nucléaire nord-coréen.Après les essais nucléaires de la Corée du Nord en 2009, la résolution 1874 du Conseil de sécurité de l’ONU a imposé des sanctions au régime de Kim, ce qui a porté un rude coup au flux de devises étrangères vers son pays. Paradoxalement, l’Iran est ainsi devenu un partenaire encore plus important pour la Corée du Nord. Les sanctions n’ont pas mis un frein à la coopération nucléaire entre les deux pays, elles l’ont renforcée.Selon des documents internes importants du PTC (Parti des travailleurs coréens), obtenus grâce à des informateurs nord-coréens, une nouvelle entreprise-écran est apparue cette année: la Lyongaksan General Trading Corporation. Elle semble jouer un rôle central dans l’exportation de missile et de technologie nucléaire vers l’Iran.Ce n’est là rien de bien nouveau, car la Corée du Nord utilise depuis longtemps des sociétés-écran pour exporter des missiles. Ainsi que l’ont montré des documents trouvés par l’ONU lorsqu’en vertu de la résolution 1874 elle a confisqué des armes exportées illégalement, le nom, l’adresse et le numéro de téléphone de ces sociétés sont factices.La situation financière de la Corée du Nord est tellement désespérée qu’en décembre dernier le ministère de la Sécurité populaire a suspendu la circulation des devises étrangères sous peine de mort. Une mesure aussi radicale montre que même si les sanctions ont renforcé la volonté de la Corée du Nord d’exporter des armes et de la technologie nucléaire vers l’Iran, cela devient de plus en plus difficile. Le régime est en train de perdre les principaux mécanismes qui lui permettaient d’acquérir des devises étrangères. Kim Jong-Il cherche à maintenir coûte que coûte sa relation avec l’Iran. Pour interrompre les échanges commerciaux entre les deux pays, la Chine devra jouer un rôle plus responsable, car c’est par elle que transitent la plupart des produits qui entrent ou qui sortent de la Corée du Nord. Mais étant donné le niveau des échanges entre l’Iran et la Corée du Nord dans le domaine nucléaire, les démocraties d’Asie doivent envisager une coopération dans le domaine de la défense antimissile régionale. Elle pourrait ressembler à celle que souhaite instaurer le secrétaire général de l’OTAN, le général Rasmussen, entre son Organisation et la Russie. Quand l’enjeu est d’une telle importance, il faut faire preuve d’audace et de créativité.


Bureaux 99 et 39
LA plupart des Nord-Coréens qui se trouvent en Iran représentent le Parti des travailleurs coréens (PTC), avec pour mission de propager l’idéologie du parti au sein de la République islamique. Ils vivent en petite communauté sous l’œil du parti qui surveille étroitement leurs relations personnelles. Certains d’entre eux dépendent directement de l’ambassade de la Corée du Nord à Téhéran dont l’une des principales fonctions est de surveiller pour le compte du parti ses ressortissants basés en Iran. Les attachés diplomatiques nord-coréens doivent tenir des sessions hebdomadaires et mensuelles d’autocritique. Ceux qui ne suivent pas scrupuleusement les directives du parti s’exposent à de sérieux ennuis.Mais d’autres Nord-Coréens présents en Iran ne dépendent pas directement de l’ambassade: ceux du Bureau 99 qui dépendent du département de l’Armement à Pyongyang, ceux du Bureau 39 qui dépendent du département des Finances et de la Comptabilité du PTC et ceux qui sont directement sous les ordres du secrétariat du «Cher dirigeant», Kim Jong-Il.Copyright: Project Syndicate, 2010.
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Traduit de l’anglais par Patrice HOROVITZ
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