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Economie

Entretien avec Mourad Chérif, DG de l'OCP : Engrais: Les nouvelles donnes internationales

Par L'Economiste | Edition N°:255 Le 21/11/1996 | Partager

Les membres de l'International Fertilizer Association se réunissent cette semaine à Marrakech. Ordre du jour: Les tendances du marché qui sont assez bonnes après des années de crise profonde.


- L'Economiste: N'est-ce pas se hausser un peu du col que de s'introduire dans les réseaux mondiaux comme vous le faites, car le Maroc n'est pas un pays développé?
- M. Mourad Chérif: Ce n'est pas une question de développement: le Maroc est le leader mondial du phosphate et, dans un monde globalisé, il est naturel d'établir des alliances et des réseaux d'intérêts croisés. La politique libérale du Royaume le permet: l'IFA se réunit précisément dans la ville où a été signé le GATT il y a dix huit-mois. La globalisation et la libéralisation transforment les mentalités. Aujourd'hui le Maroc n'envisage plus de valoriser ses ressources autrement que dans le contexte mondial. Ceci veut dire que nous investissons dans la technologie, la recherche, la diversification des produits et la sécurisation des marchés.

- Les réseaux phosphatiers couvrent certes la planète, mais c'est un monde restreint à la croissance lente et où les changements brutaux peuvent produire des crises très coûteuses.
- A mon avis, la globalisation provoque une évolution fondamentale dans les comportements. Les batailles des années 60-70 pour les parts de marché ont disparu, remplacées par des approches beaucoup plus opérationnelles, par la rentabilité. Les investissements ont été rationalisés, conçus non plus comme des armes de conquête mais comme instruments de développement, tenant très précisément compte de la demande. La crise profonde dans l'ensemble des filières des fertilisants, dans les années 80, a provoqué des fermetures en Europe occidentale et dans l'ex-URSS. En Europe et aux Etats-Unis, la restructuration industrielle a été très profonde. Le Maroc n'est pas resté en dehors de ce mouvement. Nous avons bien compris qu'il était préférable d'engager des actions déterminées avec les autres acteurs majeurs du marché plutôt que de continuer sur la voie des investissements gigantesques. Partout, et y compris au Maroc, le maître-mot est de trouver dans des développements scientifiques et techniques les moyens d'abaisser nos prix de revient.

- Que veulent dire exactement vos nouveaux produits?
- Environ 85% des usages du phosphate sont dans les engrais traditionnels destinés à l'agriculture. Le reste va à des usages très éparpillés, mais où les valeurs ajoutées sont importantes. Nous sommes en train d'investir avec Prayon, à Jorf Lasfar, pour produire de l'acide purifié. C'est un nouveau produit où l'OCP n'était pas du tout présent. Nous allons continuer, mais toujours avec les acteurs existants et avec le raisonnement par la rentabilité. Nous ne bousculerons pas les réseaux. Au contraire, nous cherchons des partenaires. Pas question de conduire des aventures isolées ou individuelles: elles causent trop de dégâts. Ce n'est ni notre intérêt ni celui du marché. Je vois davantage d'opportunités dans l'amélioration de la qualité et de la valeur ajoutée des produits.

- Mais l'OCP reste le premier exportateur mondial installé sur les plus grandes réserves mondiales...
- L'origine Maroc a évidemment une position concurrentielle favorable. Je ne dis pas que, ici ou là, il n'y aura pas de perturbations pour quelques positions assises, pour quelques rentes de situation.
C'est la loi du marché. Ce qui compte c'est le changement que j'ai décrit: la sécurisation des opérations, la rentabilité avant les parts de marchés et la connaissance des réseaux de manière à savoir où vont les tonnes produites.

- Comment se présente le marché sur le moyen terme?
- Une croissance de 2,5 à 3% l'an d'ici l'an 2000. L'Europe et les Etats-Unis modulent ou abandonnent leur politique de gel des terres. La FAO à Rome vient de lancer un mot d'ordre pour réduire de moitié les nombre de gens qui ont faim dans le monde. La Chine et l'Inde ont des programmes sérieux pour accroître leur productivité agricole. Et il y a toujours la croissance démographique. Les douloureuses restructurations industrielles sont terminées. Tous ces éléments militent pour une reprise de la demande de fertilisants et spécialement des dérivés du phosphate. D'ailleurs, depuis un peu plus d'un an, nous voyons déjà le marché reprendre avec une normalisation des prix. Il s'agit d'une croissance lente et régulière, qui gouverne une stratégie commerciale et industrielle.

- Laquelle?
- La croissance industrielle ne doit pas être plus rapide que celle de la demande. A l'OCP par exemple, nous privilégions les investissements de revamping. Pour des sommes relativement minimes, environ 70 millions de Dollars par ligne, nous obtenons des résultats tout à fait intéressants, accroissant la production sans effets de paliers trop forts. D'ici 1999, nous mettons sur le marché entre 760.000 et 850.000 tonnes de plus.
Nous faisons baisser très rapidement l'endettement de l'entreprise, en augmentant notre production juste dans la proportion qui maintient notre offre dans la ligne de l'accroissement mondial de la demande.
- Mais tôt ou tard la demande aura crû de manière à imposer des investissements aussi lourds que les Maroc Phosphore V et VI?
- Non, le module de base pour l'investissement aujourd'hui n'est plus de cette ampleur.
Les progrès techniques sont déjà passés par là et ils vont continuer, car tout le monde a tiré la leçon des investissements trop lourds qui finalement ne font que créer leur propre concurrence.

- Les fabricants d'engrais partout dans le monde sont montrés du doigt à cause de la dégradation de l'environnement qu'ils provoquent...
- Je vous arrête, car s'il est un domaine où l'on entend n'importe quoi c'est bien celui-là. La grande industrie comme la nôtre est mieux à même de faire face à ses problèmes de pollution que beaucoup d'autres plus petites. C'est un premier point. Ensuite, l'environnement est déjà un souci chez nous depuis longtemps. A preuve les actions déterminées qui sont déjà menées par les chimistes. Enfin, la protection de l'environnement est un domaine où il faut impérativement avoir une démarche scientifique. Le problème ne se pose pas du tout de la même manière dans une zone déjà fortement industrialisée que dans une zone quasi-désertique. C'est dans ce contexte scientifique que nous exerçons nos responsabilités et que nous affrontons le problème industriel tel qu'il est.

Propos recueillis
par Nadia SALAH

Le Conseil et les affaires


L'International Fertilizer Association (IFA; en français: Association Internationale de l'Industrie des Engrais) regroupe les trois grandes filières: phosphore, azote et potasse. L'association regroupe un peu plus de 450 sociétés membres de 70 pays différents. Sont concernés tous les stades des engrais, des matières premières aux produits finis, de la production à la distribution. Formée par couches successives, l'IFA accueille des entreprises et des associations nationales ou régionales. Y sont membres associés les services annexes tels que les transports, les équipementiers et bureaux d'ingéniérie, voire les entreprises de marketing spécialisées et les consultants. A Marrakech, du 20 au 22 novembre 1996, se tient à l'invitation de l'Office Chérifien des Phosphates une réunion élargie du Conseil de l'IFA, la 22ème. Il s'agit d'une réunion annuelle pour les dirigeants des entreprises productrices d'engrais et de matières premières, uniquement. L'ordre du jour est d'étudier le comportement du marché et d'analyser les tendances sur le moyen terme. C'est aussi et peut-être surtout l'occasion de tisser de nouveaux liens d'intérêt dans un monde déjà fortement globalisé.
L'OCP est membre de l'Association depuis les années 60. Le directeur général de l'Office, M. Mourad Chérif, est vice-président pour l'Afrique.

Nadia SALAH

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