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Chronique

Un projet de réforme de l’éducation par césarienne

Par L'Economiste | Edition N°:4539 Le 03/06/2015 | Partager

Après une carrière de vingt ans en tant qu’opérateur privé de l’Education scolaire et universitaire, et président fondateur d’associations dans l’enseignement, l’Economie participative et le Conseil en formation, Abderrahmane Lahlou a fondé ABWAB Consultants, spécialisé dans l’Education, la Formation et la Finance participative. Il est expert auprès du Groupe Banque mondiale pour le programme e4e au Maroc, et auprès de la Banque islamique de développement. Il réalise des études pour le compte de ministères et d’organismes privés nationaux et internationaux dans les trois domaines de la formation universitaire, professionnelle et scolaire. Il est conférencier international en Finance, Economie et Education, et professeur visiteur dans des universités françaises.

Le rapport de vision stratégique du Conseil supérieur de l’enseignement était tellement attendu, que la lettre de présentation à Sa Majesté le Roi, lue par le président du Conseil le 20 mai dernier, n’a pas suffi à étancher la soif. D’autant que le corpus de cette réforme qui est proposée à la société et aux ministères n’est pas encore dévoilé. Chargé désormais de son application, le chef du gouvernement s’est vu confier, de manière visible, le dossier par le Roi, avec tout le poids que cette responsabilité sous-tend pour les départements de l’exécutif. La nouvelle vision stratégique ne dit pas supplanter les contenus de la Charte, qui, de l’avis des responsables doivent rester vivaces, moyennant les réaménagements qu’impose le diagnostic de la quinzaine d’années d’application tourmentée. Mais ce en quoi elle la surpasse, c’est la recommandation faite au Roi de la transformer en loi-cadre, opposable au gouvernement et autres organes de l’Etat. Si la proposition est agréée, nous aurons accédé à cette revendication de loi décennale qui prévient des virages et dos-d’âne imposés à l’Education par chaque nouveau mandat ministériel.
La lettre de présentation met en avant trois axes stratégiques, qui représentent autant de défis, et qui sont la consécration de:
- l’Ecole de l’équité et de l’égalité des chances
- l’Ecole de la qualité pour tous
- l’Ecole de la promotion individuelle et sociale.
Mais du contenu de cette réforme, rien n’a encore filtré, tant les divergences d’opinions et de tendances lors de sa préparation ont dû rendre le document pointilleux, et peut-être fragile, sur la formulation des axes proposés, dans le souci de satisfaire tous les antagonistes. J’avais déjà attiré l’attention sur les dangers des consensus, à l’occasion des commentaires sur l’expérience de la Charte nationale Education-Formation, dans laquelle on trouvait des propositions multiples et variées, qui se superposent et se bousculent sans priorisation.

Ingénierie de la babélisation linguistique

L’illustration manifeste de cette réplique méthodologique dans la nouvelle vision stratégique est bien la question des langues. Ne sachant pas quoi choisir (car choisir, c’est renoncer), ni comment l’assumer, l’agora des membres du conseil a fini par obtenir tous les bonbons du panier. L’arabe tout au long du parcours, l’amazigh obligatoire dès le primaire, le français en insertion graduelle, l’anglais dès le début du collège, et une autre langue optionnelle en fin de parcours. Le mode d’insertion de ces langues au curriculum est à son tour œcuménique et généreux: langue de base, langue de communication, langue d’ouverture, langue enseignée et langue d’enseignement. Toutes les formules y sont. Fort heureusement, l’ingénierie linguistique, comme l’a mentionnée le président du Conseil, s’en est mêlée pour rendre intelligible cette babélisation éducative. L’arabe classique garde son statut de base dans l’apprentissage, l’amazigh, croit-on comprendre, sera enseigné dans son format conversationnel et culturel, le français gagne une position partielle de langue d’enseignement de quelques «contenus et modules» mais pas de matières entières selon la lettre de présentation, et enfin, l’anglais décroche partiellement un poste de langue d’enseignement au lycée. Le projet est ambitieux, et le contexte mondial peut l’expliquer, mais pourquoi ce contexte va-t-il nous l’imposer? Ne parlons pas des pays avancés qui ont le luxe d’étudier en une seule langue nationale, fût-elle parlée uniquement par le pays concerné, en addition à l’anglais universel. Voyons le cas de pays similaires au Maroc, où l’on gère toute la scolarité avec deux langues et une troisième en fin de parcours. La clé de l’énigme réside pour moi en deux points:
1- La relation de complexe d’infériorité vis-à-vis des langues étrangères, qui conduit certaines familles avec acharnement à les introduire dès la naissance, comme marque d’émancipation. Cela n’est pas rencontré dans la majorité des pays du sud, et leurs scores dans l’éducation ne s’en portent pas plus mal.
2- Le clivage entre les bien-francisants minoritaires et les mal-arabisants majoritaires au Maroc, qui conduit la minorité agissante à contrebalancer le poids de la majorité «subissante» dans les décisions, sous couvert d’aspiration légitime au développement économique et à l’émancipation sociale.

Des apports novateurs
et des oubliés

Sur d’autres registres, la vision du Conseil apporte des choix qui confirment les tendances empiriques des dernières années: l’élargissement et la valorisation de la formation professionnelle, la déconcentration, la discrimination positive pour le rural, la valorisation des valeurs religieuse et nationale et l’intégration au monde du travail.
Mais les innovations du projet demeurent assurément l’introduction de l’obligation du préscolaire pour les parents et pour l’Etat, l’allègement des programmes et l’orientation salutaire des curricula vers les compétences d’ouverture, d’analyse critique et de réflexion, et la refonte courageuse et en profondeur des métiers de l’éducation et formation, aux stades des pré-requis de recrutement, des cursus de formation et de la formation continue.
Quant à l’enseignement privé, il a eu droit au rappel litanique de son statut d’associé du secteur public, avec toutefois, un concept nouveau, qui est son rôle de contribution à la «généralisation équitable» de l’éducation. Cela sous-tend-il la démocratisation de l’accès au privé par des subventions de l’Etat aux familles, à laquelle on n’a cessé d’appeler? A la bonne heure.
Enfin, et comme manifestation de la crise aiguë de l’école dans le paysage par rapport à l’université, cette dernière n’a droit dans toute la lettre de présentation qu’à deux lignes de réconfort, avec la concaténation des mots consacrés de l’innovation, de la recherche et de l’intégration à la société du savoir. Intrigante observation, après la volée de bois vert que l’enseignement supérieur a dû repousser à l’occasion de la discussion de la refonte de sa loi, lors des sessions de débat du conseil.

Notre nouvelle politique linguistique

Mais soyons pragmatiques et cessons de fustiger un choix linguistique définitif et consensuel, maintenant qu’il a été acté. D’autant plus que l’expérience réussit dans certaines écoles privées de qualité au Maroc, pour l’avoir introduite et testée moi-même pendant vingt ans. Mais choisir n’est pas forcément réussir ; il faudra encore mobiliser les ressources humaines et opérationnaliser un management de proximité pour gérer cette multiplicité linguistique, avec la particularité de la cohabitation dans la même matière, relevant d’un enseignant unique, qui devra alors être bilingue. Voilà le vrai défi pour les langues.
 

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