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Tout ce que vous devez savoir pour réussir votre déconfinement!

Par Radia LAHLOU - Tilila EL GHOUARI - | Edition N°:5789 Le 24/06/2020
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Pour le Pr Moulay Mustapha Ennaji, directeur du laboratoire de virologie à l’université Hassan II de Casablanca, «il est fort possible d’avoir une deuxième vague si les gestes barrières sont délaissés. Aujourd’hui, nous sommes à 213 pays touchés par le virus et plus 9 millions de personnes contaminées. Le Maroc recense encore des cas et le RO n’est toujours pas égal à zéro. Ce qui veut dire que le risque de contamination existe encore» (Ph. MME)

Garder les gestes barrières! Le Pr Moulay Mustapha Ennaji, directeur du laboratoire de virologie à l’université Hassan II de Casablanca ne cesse de le marteler. C’est le seul moyen de se prémunir contre un virus qui n’est pas près de disparaître de sitôt. Même si les indicateurs sont au vert, la vigilance reste de mise pour éviter une deuxième vague. Vaccin, immunité croisée, précautions dans les endroits publics, baisse de virulence en été, le Pr. Ennaji explique et décortique toute l’actualité de ce virus qui a secoué le monde entier.     

- L’Economiste: Comment reconnaître la fin d’une épidémie ?
- Moulay Mustapha Ennaji:
Le cycle de vie d’une épidémie suit une courbe épidémiologique qui contient 3 phases: exponentielle, plateau ou stationnaire, puis passe par un point d’inflexion avant d’arriver à la phase descendante. Au Maroc, nous avons dépassé la première étape durant laquelle le nombre de cas grimpe quotidiennement ainsi que la phase plateau. Nous sommes actuellement à la dernière étape. C’est l’un des faits annonciateurs de la fin de l’épidémie. L’indicateur de reproduction (R0) en est également un. Au début de l’épidémie dans le pays, ce facteur était situé à 3. Il a baissé graduellement pour atteindre aujourd’hui 0,7. Lorsqu’il atteindra zéro nous aurons éradiqué l’épidémie. Toutefois, il faudra maintenir les mesures barrières pour éviter une deuxième vague.

- Justement, l’hypothèse de la deuxième vague est balayée par plusieurs scientifiques à travers le monde, qu’en pensez-vous?
- Il est fort possible d’avoir une deuxième vague si les gestes barrières sont délaissés. Aujourd’hui, nous sommes à 213 pays touchés par le virus et plus 9 millions de personnes contaminées. Le Maroc recense encore des cas et le RO n’est toujours pas égal à zéro. Ce qui veut dire que le risque de contamination existe encore. Donc pour se prémunir, le port du masque est obligatoire, l’utilisation des solutions hydro-alcooliques est fortement recommandée et la distanciation sociale doit être respectée même après la levée totale du confinement.

- Sera-t-il toujours utile de se faire vacciner si le virus venait à disparaître totalement?
- Oui, c’est très important. Ceci n’est pas la première pandémie à laquelle l’humanité fait face. Nous en avons connu une dizaine dont certaines avaient un taux de létalité nettement plus élevé que celui du covid-19 comme c’est le cas de la variole, la poliomyélite ou encore la grippe. Ces épidémies ont été éradiquées grâce au vaccin. Ce qu’il faut comprendre c’est qu’avec le temps, le corps construit une immunité mémoire et s’auto-protège par une immunité croisée, le virus devient ainsi non infectieux et immunogène. Toutefois, il est impossible que cette immunité soit acquise par 100% de la population. D’où la nécessité d’un vaccin.

- Cette course effrénée dans le monde pour la production d’un vaccin ne portera-t-elle pas préjudice à son efficacité?
- Pour concevoir un vaccin, il faut entre 4 à 5 ans. Voire même plus, avec les essais cliniques et la détection des principaux effets secondaires. Sa conception passe par au moins 4 phases et chacune d’elle nécessite minimum une année de travail. Pour que sa mise au point se fasse dans les règles de l’art, cela nécessite du temps. Aujourd’hui, une trentaine de pays concourent pour produire un vaccin et quelque 120 sont en phase d’essai à travers le monde. Pour arriver à cette étape, les laboratoires se sont organisés en 3 équipes de 8 heures chacune pour travailler 24h/24. Ainsi, un travail qui demande 3 ans se fait en une année. Ce qui représente un gain de temps indéniable. Pour ce qui est de son efficacité, seul le temps apportera la réponse.

- Quels sont les risques de contamination dans les endroits publics  (restaurants, cafés …)?
- Les risques de contamination restent les mêmes. Dans les endroits à forte massification, la probabilité de propagation du virus est élevée. Il faut donc être très vigilant et ne pas lésiner sur l‘utilisation des désinfectants sur les surfaces et le recours encore une fois aux mesures barrières.

- Que recommandez-vous à ces établissements pour préparer leur réouverture?
- Afin de préserver la santé de leurs clients et leurs personnels, ces établissements doivent appliquer toutes les mesures barrières. Le port des masques doit être obligatoire pour tout le monde et les surfaces doivent être nettoyées après le passage de chaque client. Sans oublier le respect de la distanciation sociale.

- Le risque de contamination à travers la nourriture existe-t-il?
- Le virus se transmet à travers les aérosols. Sa porte d’entrée sont les muqueuses (la bouche, le nez et les yeux, et les cellules alvéolaires des poumons). Il ne s’attaque pas au système gastro-intestinal. De plus, la nourriture si elle est bien chauffée rend le virus non infectieux. D’ailleurs, tout virus qui est chauffé à plus de 56 degrés pendant 30 minutes est totalement inactivé. Toutefois, le risque de contamination existe si une personne porteuse de ce pathogène touche votre nourriture.

- L’hypothèse de la baisse de contamination ou disparition du covid-19 avec la chaleur a plusieurs fois été évoquée. Qu’en pensez vous aujourd’hui que l’on connaît mieux ce virus?
- En effet, la chaleur diminue l’activité du virus et plusieurs études bien documentées confirment cette théorie. La surface du covid-19 est entourée d’une enveloppe de lipides, donc de graisse, qui ne résistent pas aux fortes températures et se solubilisent. A contrario, un environnement froid et sec favorise son développement car ces lipides se congèlent et l’activité virale augmente.

- L’utilisation de la climatisation et de la ventilation peuvent-elles favoriser la propagation du virus?
- Comme nous le savons tous désormais, ce n’est pas l’air qui contamine mais ce qui se trouve dedans. Donc, si vous êtes dans un environnement sain, l’utilisation de la climatisation et la ventilation ne comporte pas de risque. En revanche, si vous vous retrouvez dans un compartiment de train avec une personne porteuse du virus, la propagation et la dissémination se fera plus rapidement à travers la ventilation. Donc effectivement et dans ce cas précis, le risque existe.

- Selon Raoult, les enfants seraient des réservoirs à coronavirus, raison pour laquelle ils ont développé leur immunité. Leur retour à l’école en septembre se fera-t-il sans risque?
- En effet, la théorie des enfants vecteurs du virus est inversée. Il a été constaté que ce sont les adultes qui les contaminent. Comme l’a si bien expliqué le Pr Raoult, les enfants ont depuis leur naissance été sujets à des coronavirus. Ils ont ainsi développé des anticorps et en l’occurrence une immunité croisée qui est dotée des cellules mémoires qui leur permettent de lutter plus efficacement contre le Covid-19. Ils restent sensibles au virus mais s’en défendent mieux. Ceux qui sont atteints du virus sont ceux n’ayant jamais été infectés auparavant et ne bénéficient pas d’une immunité aussi forte. Pour que leur retour à l’école se fasse sans risques, les gestes barrières doivent être strictement maintenus et il faut éviter la massification dans les classes.

- Quel est le rôle des Lymphocytes T4 dans cette immunité?
- Les Lymphocytes T4 sont des cellules du système immunitaire dont la reproduction permet d'activer d'autres cellules de l'immunité. Ils sont les pivots des réactions immunitaires. Avec l’âge la capacité de reproduction du système immunologique s’affaiblit et nous devenons plus sensibles aux virus. D’où l’importance d’un vaccin.

- Le port du masque est fortement recommandé, toutefois cela n’est pas sans danger pour la santé. Comment trouver un juste milieu?
- Le port de masque est sans danger s’il est minutieusement utilisé. La preuve, depuis des décennies, les médecins et chirurgiens en portent et aucun incident n’a été déclaré. Ils le mettent même durant de longues heures dans les blocs opératoires. Toutefois le masque a ses propres règles. Il doit être porté durant 4 heures puis doit être changé. Si cela n’est pas fait, les aérosols que nous émettons se regroupent sur le masque, le colmatent et peuvent entraîner des contaminations. Pour ce qui est du CO2 réingurgité, cela ne représente pas de danger puisque les masques contiennent des pores qui permettent la sortie et l’entrée d’oxygène. En somme, même s’il comporte de légers désagréments, quand nous sommes dans un environnement à risque, il est fortement recommandé d’en porter.

- Faudra-t-il garder le masque à vie?
- Cela fera certainement partie de nos habitudes à l’avenir. Même quand l’épidémie sera éradiquée, il ne serait pas surprenant de voir des personnes porter des masques. C’était le cas avec les populations asiatiques au début des pandémies et maladies qu'elles ont connues. Au fil du temps, c'est devenu une pratique courante chez eux. Il en sera de même chez d'autres populations y compris la nôtre.

Les asymptomatiques contaminent-ils?

Le terme asymptomatique se dit d’une personne porteuse du virus et qui ne présente aucune manifestation clinique de la pathologie. «Ces personnes sont dotées d’une immunité plus élevée que la production du virus. Toutefois, même sans présenter les symptômes, elles sont une source potentielle de propagation car elles excrètent le virus et peuvent contaminer d’autres individus», souligne le virologue Ennaji.

Baisse de contamination ou de virulence?

Partout dans le monde on parle d’affaiblissement du virus. Mais de quoi s’agit-il au juste d’une baisse de la contamination ou de la virulence? Selon le Pr Ennaji, c’est les deux à la fois. «La pathologie découle de deux facteurs, ceux qui dépendent de l’hôte (personne malade) et ceux qui dépendent du virus lui-même. Sur l’enveloppe d’un virus nous retrouvons des spicules qui le rendent infectieux. Ces spicules connaissent certaines petites modifications qui le transforment graduellement et diminuent de sa virulence. Ainsi, à chaque fois qu’elle se réplique chez l’hôte, elle dure entre 12 à 18 heures. Chaque fois que ce cycle se fait, le virus perd de sa virulence car il subit ces mutations. Au fur et à mesure qu’il se propage, il perd de sa virulence jusqu’à ce qu’il disparaisse complètement», explique le virologue.

Propos recueillis par Radia LAHLOU & Tilila EL GHOUARI

                                                                                  

Immunité croisée et immunité collective: Késako?

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Dans l’attente d’un vaccin, les espoirs des scientifiques pour éradiquer le virus reposent sur deux théories. Celles de l’immunité croisée et de l’immunité collective.

La première est une immunité acquise lors d'une première infection et qui va protéger plus tard contre un autre agent infectieux (virus ou bactérie). Certaines personnes ont atteint une protection contre le Covid-19 car elles ont contracté par le passé d’autres types de coronavirus.

«Leurs cellules d’immunités (cellules à mémoires) se rappellent des agents infectieux auxquels ils ont fait face. Ils l’utilisent pour contrecarrer plus rapidement ce nouveau virus», explique le virologue, Moulay Mustapha Ennaji. C’est d’ailleurs, l’hypothèse qui explique la faible contamination des enfants.

L’immunité collective, elle, est une immunité de masse. Un phénomène par lequel plus les personnes sont infectées la propagation du virus peut être enrayée lorsqu’une proportion de la population devient immunisée et donc résistante. «Plus le nombre de personnes infectées augmente, plus le risque de contamination de personnes non immunisées baisse. La stratégie de déconfinement repose sur cette théorie», indique Ennaji.

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