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    Training de diplomatie économique pour l’acier

    Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5668 Le 03/01/2020 | Partager
    L’UE réclame le rejet de la plainte de Maghreb Steel
    La Russie écarte tout dom­mage pour le producteur local
    Turcs et Egyptiens contestent la taxation des importations
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    Maghreb Steel a été créé en 1975. L’unique producteur d’acier plat a son usine à Tit Mellil aux environs de Casablanca. Il se plaint «des importations massives» de la tôle laminée à chaud. Elles sont passées de 74.488 tonnes en 2014 contre 107.213 en 2018 (Ph. Bziouat)

    Une mini-assemblée onusienne s’est regroupée fin 2019 à la direction générale du commerce rattachée au ministère de l’Industrie à Rabat (cf. L’Economiste n°5659 du 20 décembre et n°5664 du 26 décembre 2019). Cha­cune des parties a eu droit à dix minutes chrono pour exposer ses arguments. La présidence de l’audition publique en a décidé ainsi «pour gérer au mieux le temps». Les importations de la tôle lami­née à chaud sont au coeur du débat. Une enquête ministérielle a été ouverte le 29 mai 2019.

    La Commission européenne a ouvert le bal. Elle a exprimé son «doute sur le respect des conditions exigées» par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et la jurisprudence établie en droit international du commerce. Les Eu­ropéens considèrent la demande de clause de sauvegarde de Maghreb Steel «injus­tifiée». Bruxelles réclame «son rejet afin que l’enquête des autorités marocaines soit conforme aux règles de l’OMC».

    L’Espagne a pris le relais en soutenant qu’il «n’y avait pas de similitude entre la tôle locale et importée: épaisseur, largeur, longueur et nuances. Par conséquent, il n’y a pas de concurrence entre les deux produits». L’enquête ministérielle en cours «n’a pas émis de commentaire» sur ce point. Le président de l’audition, Abdelouahed Rahal, relève qu’il y a «une bonne concertation» entre l’Espagne et l’Union européenne.

    Pour les Espagnols, «il y a d’autres facteurs» pour expliquer les difficultés de Maghreb Steel et qui «n’ont rien à voir» avec les importations de la tôle. Ses re­présentants font plutôt valoir la hausse des prix de la matière première. «Il s’agit de la brame qui est un produit sidérur­gique semi-fini. De ce bloc d’acier sont issues les tôles ou les plaques après lami­nage», explique un industriel marocain.

    La représentante du gouvernement turc prend la parole: «La surcapacité mondiale dans l’acier était attendue. Par conséquent, les mesures d’urgence ne doivent pas être invoquées». La Tur­quie conservatrice d’Erdoğan évoque la taxe additionnelle de 25% d’une durée de 200 jours, à compter du 17 septembre 2019. Ce bouclier douanier vise la tôle importée au Maroc. La mesure provisoire a pour but de limiter d’éventuels dégâts financiers et industriels. Le temps que l’enquête des autorités marocaines soit bouclée.

    «L’examen des indicateurs de performance de Maghreb Steel montre une dégradation de ces indicateurs entre 2017 et 2018. Elle s’est manifestée no­tamment par la baisse d’une part de mar­ché de 7,7%, de la production de 19,4%, des ventes de 28% et du taux d’utilisation et surtout de la profitabilité», relève pro­visoirement le ministère de l’Industrie.

    Son avis n°20/19 porte sur la déter­mination préliminaire de l’enquête de sauvegarde sur les importations des tôles laminées à chaud. Le gouvernement turc rappelle que le producteur local «a déjà bénéficié en 2014» d’un bouclier antidumping. Il conteste les indicateurs communiqués par la plaignante, notamment ceux relatifs aux pertes d’emploi. «Les licenciements sont liés aux améliorations techniques et logistiques», selon le contradicteur de Maghreb Steel.

    L’Egypte exige une nomenclature douanière plus précise. Allusion à celle appliquée à la tôle laminée à chaud. «Les importations retenues s’étalent de 2014 à 2018. C’est une période assez longue. Impossible de soutenir qu’il y a eu des importations brusques», estime le minis­tère égyptien du Commerce.

    Son repré­sentant bifurque sur la plainte qui «ne détermine pas le coût de production au moment où les ventes de Maghreb Steel ont progressé de 14% en 2018 par rap­port à 2014». Les Egyptiens insistent sur les prix de l’unique producteur local de la tôle laminée à chaud: «Ils ont augmenté alors que son coût de productivité a baissé de 5%».

    Dans ce genre d’enquête, les pièces communiquées par la direction générale du commerce aux parties contiennent une partie confidentielle à cause du secret des affaires. L’Ukraine s’est contentée de se décla­rer «observateur». Son diplomate cède sa place à son puissant voisin russe. Un jeune fonctionnaire francophone se pro­nonce. Pour lui, les importations origi­naires de Russie «n’ont aucun impact» sur l’activité de Maghreb Steel.

    Le ministère russe du Développement économique conteste l’enquête. «Elle n’a fourni aucune preuve de l’existence d’un dommage grave» sur la branche de production nationale. «Nous n’avons pas plus de commentaire sur les autres circonstances des difficultés de Maghreb Steel. Nous avons déjà attiré l’attention de votre ministère», conclut le jeune fonc­tionnaire russe.

                                                                                      

    Les enjeux de la tôle pour les consommateurs

    A l’instar du gouvernement égyp­tien, Tata International Metals UK conteste la nomenclature douanière re­tenue pour la tôle laminée à chaud. Le sidérurgiste «souhaite plus d’éclaircisse­ment» auprès du ministère de l’Industrie. «Les produits ciblés dans ce classement intègrent des nuances sidérurgiques qui ne sont pas manufacturées par Maghreb Steel», insiste la filiale Trade de Tata.

    Un autre grand producteur mondial de l’acier monte au créneau. ArcelorMittal remet en cause l’enquête sur les impor­tations de la tôle. La multinationale est représentée par l’avocate Anna Dias du cabinet Gide: «Les conditions légales ne sont pas remplies pour instaurer des me­sures d’urgence provisoire.

    Par ailleurs, des clients ont besoin de s’approvision­ner chez les autres producteurs. Certaines nuances de la tôle ne sont pas produites par la plaignante». Pour les deux grands sidérurgistes, l’adoption définitive d’une protection douanière serait «une punition pour les consommateurs et une pénalisa­tion des industriels».

    L’association des exportateurs turcs vient en renfort: «Il n’y a ni préjudice grave, ni hausse d’importations, ni cause à effet avec la situation de Maghreb Steel», déclare Me Yves Melin du cabi­net américain Steptoe & Johnson. Les exportateurs avancent que ce dossier «risque d’exposer la responsabilité du Maroc devant l’ l’Organisation mondiale du commerce».

    Pour sa part, la Fédération des in­dustries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (Fimme) affirme «être dans une situation kafkaïenne». Le renc hérissement de la matière première (Slab) pénalise les métallurgistes en aval, explique ses représentants. Ils veulent «une solution pour résoudre ce problème» sectoriel. Sinon, prévient la Fédération, «nous allons assister à des dommages en cascade» en citant la situation de certains constructeurs métalliques.

    En conclusion, la Fimme demande «un arbitrage entre les intérêts» des différents opérateurs et l’avenir de la filière. Elle plaide aussi pour le développement de la consomma­tion d’acier: «Elle ne dépasse pas 57 kg/habitant au Maroc contre 400 kg/hab dans certains pays».

    Le ministère de l’Industrie se montre «compréhensif» face aux inquiétudes de la corporation. «Le secteur dans sa glo­balité vit une situation difficile, et ce à travers le monde», affirme sa direction de la défense et de la réglementation com­merciale. Elle invite les métallurgistes «à trouver une solution radicale via le forum international de l’acier. Le Maroc est éga­lement affecté, même s’il reste un petit producteur comparativement à la Russie, à la Chine...». Le ministère indique «qu’il n’y aura pas de contingents à l’importa­tion mais l’exclusion de certains produits sidérurgiques» non fabriqués par Ma­ghreb Steel.

    L’idée est de trouver un équilibre «rai­sonnable entre les besoins à l’import et les intérêts de l’industrie locale en termes de protection de l’emploi notamment».

    Faiçal FAQUIHI

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