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    Economie

    Open data: Le Maroc complètement largué!

    Par Amin RBOUB | Edition N°:5521 Le 22/05/2019 | Partager
    Très faible avancement des projets E-Gov
    Un rapport accablant de la Cour des comptes
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    Sur les principales composantes de l'e-gov, le niveau du Maroc régresse: 78e rang dans l'indice de services en ligne, 104e dans l'infrastructure IT ou encore 148e dans le capital humain

    «Le Maroc est en régression en matière d'open data», déduit un récent rapport de la Cour des comptes. Pourtant en 2011, il a été le premier pays africain à se doter d'une plateforme Open Data. En effet, malgré l'élan de départ, le Maroc a perdu du terrain et n'a pas suffisamment capitalisé sur ce chantier de l'ouverture des données.

    Pour preuve, il a reculé dans le classement mondial (Baromètre Open Data).  Il s'agit d'une «régression significative sur l'indice Open Data Barometer, passant du 40e rang (en 2013) au 79e (en 2016)». A l'origine de cette perte de vitesse, la conjugaison de plusieurs facteurs.

    D'abord, l'absence d'une stratégie dédiée à l'ouverture des données. Ensuite, toute politique d'ouverture doit être tributaire et cohérente avec le cadre légal, en particulier la législation sur le droit d'accès à l'information ou encore celle sur la protection des données personnelles. Or, le Maroc n'a adopté la loi sur la protection des données personnelles qu'en 2009.

    Et il a fallu attendre 2018 pour l'adoption de la loi 31-13 sur le droit d'accès à l'information. Le constat aujourd'hui fait que le secteur public dispose d'informations de grande valeur dont l'essentiel n'est pas utilisé ou l'est de façon limitée. Or, l'accès à ce type de données est d'une extrême importance puisqu'il permet au usagers, citoyens, chercheurs, entreprises et à l'administration elle-même... de traiter ce flux d'informations et de créer de nouveaux produits et services innovants.

    Projet Gateway

    Selon la Cour des comptes, l'ouverture des données n'est pas un concept exclusif au gouvernement central, elle concerne aussi les collectivités territoriales (données pour usagers). «Or au Maroc, il n'existe toujours pas d'initiatives d'ouverture de données à ce niveau». Globalement, le rapport relève un «faible degré d'ouverture des données publiques».

    Or, pour qu'une telle initiative soit efficiente et ait un impact significatif, il va falloir mettre l'accent sur des «données qui répondent à la demande des citoyens, celles susceptibles de favoriser la transparence, la reddition des comptes...» Autre bémol, la majorité des données publiques en ligne sont publiées dans des formats qui ne favorisent par leur réutilisation. Elles sont souvent publiées dans des formats inexploitables par la machine, ou encore qui ne permettent pas le téléchargement...

    Sur un tout autre registre, la Cour des comptes est très critique sur le «faible avancement des projets e-gov» ou encore la non-réalisation de certains projets structurants tels que l'identifiant unique des citoyens et l'identifiant unique des entreprises (projet Gateway). Ce qui est anachronique, puisque le contexte actuel est caractérisé par une forte demande des services en ligne voire une accélération dans l'accès des citoyens à Internet.

    Selon l'ANRT, «l'accès des ménages à Internet est passé de 25 à 70% entre 2010 et 2017». Sur cette même période, des avancées notables ont été réalisées (en matière de services en ligne) dans certains domaines, tels que les Impôts, la Douane, le Commerce extérieur ou encore la Conservation foncière.

    Les magistrats de la Cour des comptes rappellent que le Maroc a atteint son meilleur niveau dans le classement des Nations unies sur les services en ligne en 2014. Sur un total de 193 pays, il est passé du 115e rang en 2008 au 30e rang en 2014. Sur l'indice e-gov, le Maroc est passé du 140e rang en 2008 au 82e rang en 2014. Sauf que cette évolution positive ne s'est pas inscrite dans la durée.

    Pour preuve, le Maroc a fortement régressé  dans l'indice des services en ligne (78e) ainsi que dans l'indice de l'e-gouvernement (110e) en 2018. Quant aux autres composantes de l'e-gov (le capital humain et l'infrastructure IT), le niveau du Maroc est resté dans des niveaux bas du classement mondial: 104e dans l'infrastructure IT et 148e dans le capital humain. «Ceci constitue une entrave à une utilisation des services en ligne développés par les secteurs publics», déduit le rapport.

    Bien que le Maroc ait réalisé des avancées significatives sur la période 2012-2016, la Cour a relevé que la mise en ligne de certains services importants reste peu développée par rapport aux ambitions annoncées au programme e-Gov qui couvrait la période 2009-2013. C'est notamment le cas des services de l'Etat civil, de la création en ligne de l'entreprise et de l'immatriculation automobile on line.

    La Cour a aussi analysé le niveau de maturité d'un ensemble de services clés en s'inspirant de la méthode du benchmark de l'e-gouvernement réalisé annuellement par la Commission européenne. Il en ressort que certains services sont de «faible maturité».

    Des objectifs ambitieux avaient pourtant été fixés dans le cadre de la stratégie Maroc numérique, «mais les réalisations sont loin de ce qui était prévu», constate la Cour des comptes. Parmi ces services, figurent la création en ligne de l'entreprise, l'immatriculation en ligne des véhicules ou encore la collecte des données statistiques entreprises.

    Plusieurs années perdues

    A fin 2018, la création en ligne de l'entreprise n'avait pas encore vu le jour! Or, ce service était prévu pour 2011. 7 ans plus tard, rien ne se fait. Par ailleurs, l'on tablait sur un objectif de 70% (taux d'utilisation) pour l'immatriculation en ligne des véhicules.  Sauf que ce projet, initié depuis 2007, n'a été opérationnel qu'en avril 2019. Mais il s'est limité aux voitures neuves seulement.

    Sur le registre de la collecte en ligne des données statistiques des entreprises, là encore le Maroc a perdu plusieurs  années. Initialement, l'objectif était de mettre en place dès 2012 un portail de consultations des données statistiques et de réalisation d'enquêtes en ligne. Toutefois, ce mode de collecte de données n'est toujours pas à l'ordre du jour.

    Plus encore, que ce soit en ligne ou hors ligne, il n'existe pas encore d'échange de données entre les administrations concernées par les statistiques sur l'entreprise. Il s'agit d'une organisation en silo, notamment entre le HCP et le ministère de l'Industrie, du Commerce et de l'Economie numérique. S'y ajoute le manque d'actualisation des données des portails de ministères. Certains sites remontent à 2011!

                                                                      

    Il faut basculer vers le «tout numérique»

    La Cour des comptes recommande, aux pouvoirs publics, de développer une stratégie numérique détaillée tout en intégrant les principaux projets de services en ligne des différents départements. L'enjeu étant d'assurer plus de convergence et une cohérence entre ministères.

    La Cour préconise également de repenser la gouvernance globale des services publics en ligne,  particulièrement la relation entre l'Agence du digital et les différents départements (notamment l'Intérieur et la Fonction publique). Le citoyen/usager doit être au coeur de la notion de service public.

    A cet effet, l'administration est appelée à focaliser les services en ligne les plus demandés. Elle est aussi appelée à automatiser les services aux usagers, sans que cela ne soit conditionné par une demande préalable. L'administration devra rattraper le retard pris dans la mise en oeuvre du projet Gateway et fixer des échéances pour un basculement vers «le tout numérique». 

    La Cour des comptes incite les collectivités à s'investir davantage dans le déploiement des services en ligne. Les pouvoirs publics n'ont plus le choix. Ils doivent adopter une politique d'ouverture des données (Open Data) en priorisant les besoins réels des usagers et ce, dans des formats adéquats.

    La communication autour des services en ligne est aussi pointée du doigt. Elle devra désormais répondre à un souci d'exhaustivité, de fiabilité, de réactivité (actualisation régulière)... enfin, un suivi rigoureux des services en ligne s'impose via des indicateurs et des évaluations régulières. Le défi est d'intégrer une forte dose qualitative.

    Amin RBOUB

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