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    Etre étudiant handicapé au Maroc: «Je n’ai pas de bras, mais j’ai un cerveau!»

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5520 Le 21/05/2019 | Partager
    Mbarek, 37 ans, parmi les rares doctorants à besoins spécifiques
    Une scolarité difficile, surmontée par une volonté de fer
    Il n’a jamais obtenu un emploi, mais rêve d’être enseignant-chercheur
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    Donner un cours, écrire sur un tableau, tenir un micro, faire une présentation power point… Mbarek peut tout faire seul (Ph. M.R)

    Ne lui parlez surtout pas de handicap. Mbarek Rahal se considère comme une personne tout à fait normale. Il ne conçoit pas d’être traité autrement. Pour ce doctorant en histoire à l’université d’Agadir, âgé de 37 ans, le vrai handicap est celui de l’esprit.

    «Enfant, je ne me suis jamais senti différent. Ce n’est qu’en grandissant que j’ai commencé à comprendre ma situation», confie-t-il. Né sans bras, sa vie a toujours été un combat. Mais il a livré ses batailles avec détermination.

    «Je n’attends pas que les autres m’acceptent, je m’impose», lance-il avec un rire complice. Son obsession, se réaliser et s’affirmer à travers ses qualités scientifiques et humaines. «Les personnes à besoins spécifiques ne devraient pas être tout le temps assistées. Il faudrait, certes, leur assurer leurs droits. Néanmoins, il faudrait les laisser relever leurs propres défis pour développer leurs potentialités», insiste-t-il.

    Avec sa volonté de fer et sa confiance en soi illimitée, le jeune doctorant, marié et père de deux garçons de 7 et 12 ans, marche doucement mais sûrement vers la réalisation de son rêve: devenir enseignant universitaire. D’aucuns lui disaient qu’il n’y arriverait pas. Il en est aujourd’hui à la 5e et dernière année de sa thèse de doctorat, dédiée aux «manifestations de la solidarité sociale entre le XVIe et le XIXe siècle». Son diplôme en poche, il compte passer le concours de recrutement de professeur assistant.

    Issu d’un milieu défavorisé, il a dû s’accrocher de toutes ses forces à sa scolarité, qui a connu des hauts et des bas. Mbarek a démarré l’école à l’âge de 7 ans dans un établissement privé, où il était chapeauté par une ONG suisse à Agadir, Terre des hommes. Au début, il écrivait avec sa bouche. La démarche était à la fois fatigante et risquée pour l’enfant qu’il était. L’ONG l’a donc aidé à apprendre l’écriture avec les pieds. Elle lui a, également, conçu un siège adapté à sa condition. Une année après, il a intégré l’école primaire publique.

    Pour s’y rendre, il devait prendre un bus public, pour un trajet de 15 minutes. Au collège, livré à lui-même, peu encadré, sa maman ouvrière subissant des horaires difficiles et contrainte de s’absenter, il redouble deux fois à la dernière année, et se voit exclu. Il est sauvé in extremis par l’une de ses enseignantes qui part à sa recherche et l’inscrit gratuitement dans un établissement privé. Il se jure de ne pas gâcher la chance qui lui a été donnée.

    Une licence sans bourse

    Après le bac, il pense à des études en philosophie ou en droit. Manque de bol, à l’époque ces filières n’étaient pas dispensées à Agadir. Il fallait partir à Marrakech ou à Casablanca. Faute de moyens, il reste dans sa ville et s’inscrit en histoire. Ayant tardé à remplir les formalités administratives, il ne reçoit pas de bourse durant ses trois ans de licence. Sa réclamation auprès de la wilaya d’Agadir restera sans suite.

    A la fac aussi, il se déplace en bus. A l’amphi, il arrive toujours parmi les premiers, pour réserver sa place à la première rangée. «Je n’ai jamais cherché à obtenir des aides ou de la compassion des autres. Car au fond de moi, je me sens normal, comme tout le monde. Je refuse également de quémander quoi que ce soit. Je préfère vivre avec peu, mais dignement», livre Mbarek.

    Il écrit avec son pied, au même rythme que ses camarades, sans jamais se plaindre. «Les absents m’empruntaient mes cahiers pour retranscrire les cours», se rappelle-t-il fièrement.   

    A 37 ans, il n’a jamais vraiment travaillé, malgré ses tentatives de décrocher un poste dans la fonction publique. Il a passé près de six concours, sans succès. Pourtant, il fait partie des plus brillants de sa promotion, selon le président de l’université d’Agadir. Sa seule expérience professionnelle, c’est à travers son université qu’il l’a décrochée. Il y a deux ans, il a été engagé par contrat pour enseigner l’histoire pendant une année.

    Une expérience enrichissante qu’il n’oubliera jamais, et qui lui a aussi apporté un précieux soutien financier. Sa maigre bourse de doctorant ne suffit pas à couvrir les besoins de sa petite famille. Mbarek arrive à s’en sortir, non sans difficultés, grâce à la solidarité de son entourage. Il a, en outre, enseigné pendant une année supplémentaire en tant que bénévole, et offert son tutorat à d’autres étudiants.

    Fin mars dernier, il a effectué son premier voyage à l’étranger, pris en charge par son université, pour participer à une conférence en Turquie. Le jeune doctorant a relevé le défi de se déplacer seul, sans accompagnateur. S’habiller, se laver, manger, se déplacer, prendre un micro… Il a tout fait sans aucune assistance. Cette aventure lui a même permis de se débarrasser de son dernier obstacle: manipuler la ceinture de son pantalon!

    La seule chose qu’il ne savait pas faire. «C’est en réalisant tout par vous-même que vous sentez que vous existez», estime-t-il. Sa présence à la conférence a été très remarquée. Un hommage lui a été rendu. Motivé comme jamais, Mbarek Rahal compte tout faire pour réaliser son ambition de devenir enseignant-chercheur.

                                                                        

    «Qu’ils le veuillent ou non, je sais conduire!»

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    Peut-on conduire une voiture sans bras? La réponse est oui. Mbarek y arrive. Petit, pour aller à l’école, il prenait le bus. Il s’asseyait toujours à côté du conducteur et enregistrait ses moindres faits et gestes.

    Pour lui, la conduite était un art qu’il tenait coûte que coûte à pratiquer, même sans bras. Jeune homme, il s’entraîne avec son frère, moniteur dans une autoécole. «J’arrive à conduire même une voiture normale non aménagée pour les personnes en situation de handicap», assure-t-il. Cela paraît inconcevable, mais Mbarek a toujours défié l’impossible.

    En 2001, il se présente pour passer son permis. «L’examen m’a été refusé, car un médecin m’a déclaré inapte, alors qu’aucune expertise terrain n’a été réalisée. Sachant que des personnes comme moi, dans d’autres pays, ont obtenu ce droit», regrette Mbarek. «Mais qu’ils le veuillent ou non, je sais conduire!» revendique-t-il.

    Malgré cette mésaventure, il ne renonce pas à son rêve de pouvoir un jour sortir sa petite famille en voiture. Il compte retenter sa chance et se battre pour décrocher son permis.

    Ahlam NAZIH   

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