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    Economie

    Délais de paiement: Attention, le Maroc perd des opportunités d’affaires!

    Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5515 Le 14/05/2019 | Partager
    Rallongement du risque d’impayés
    Un rebond des défaillances d’entreprises prévu cette année
    Le risque-pays ne va pas se dégrader pour autant
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    Stéphane Colliac, économiste en charge de la France chez Euler Hermes: «Tant que les délais de paiement seront si longs le risque d’impayé ne connaîtra pas de baisse conséquente et les réformes ne seront pas pleinement efficaces…» (Ph. Euler Hermes)

    - L’Economiste: Le Maroc figure toujours dans le classement des pays où les délais de paiement moyens sont les plus longs. Comment se traduit-il sur l’évolution des primes d’assurance-crédit?

    - Stéphane Colliac: Le Maroc a vu en 2018 les délais de paiement clients s’allonger de 2 jours pour atteindre 84 jours de chiffre d’affaires. Ce type d’évolution est symptomatique d’un élastique qui se tend et qui peut lâcher en cas de retournement de conjoncture. Cette expérience est donc pleinement intégrée à notre analyse du risque, en cela qu’elle fait porter un risque de défaillance supplémentaire sur les entreprises marocaines.En cohérence avec cela, nous anticipons un rebond des défaillances d’entreprises de +3% en 2019, vers un nouveau plus haut historique.
    Au-delà du caractère informatif de cette analyse, elle nous permet également d’échanger avec nos clients et d’identifier avec eux les bonnes contreparties, qui seront à même de les payer mieux et dans les temps. Il n’y a donc pas de relation mécanique entre l’allongement d’un délai de paiement et les primes d’assurance-crédit.

    - Quels sont les effets de ces retards de paiement sur l’appréciation du risque-pays du Maroc?
    - Nous ne prévoyons pas de dégrader le risque-pays du Maroc en raison de cet accroissement des délais de paiement. Par le passé, ces délais ont toujours été élevés et le Maroc n’a pas cessé de croître pour autant. Ce qu’ils nous disent, c’est qu’il faut être sélectif en matière de risques, dégager les bons payeurs des mauvais. Mais, honnêtement, avec le développement d’un secteur exportateur aux performances remarquées, avec des réformes notables qui ont amélioré l’environnement des affaires, le Maroc aurait dû voir sa notation de risque-pays s’améliorer encore un peu plus.
    Elle ne l’a pas été, parce que tant que les délais de paiement seront si longs le risque d’impayé ne connaîtra pas de baisse conséquente et les réformes ne seront pas pleinement efficaces. C’est dommage, car cela fait perdre des opportunités d’affaires et à l’arrivée, la croissance marocaine reste insuffisante pour combler le chômage.

    - Comment expliquer que ce sont les secteurs proches du consommateur qui sont les plus impactés?
    - Remarquons d’abord que le Maroc a, comme d’autres pays, connu une année 2018 mouvementée. La vie du consommateur n’a pas été un long fleuve tranquille, notamment parce que le prix des matières premières a augmenté et la demande des ménages s’en est ressentie. Dans ce contexte de demande contrainte, le délai de paiement subi par l’agroalimentaire a augmenté de 3 jours, pour atteindre 62 jours en 2018.
    Il y a ici le symptôme d’une des difficultés liées aux différences de tailles entre les entreprises. Les grandes entreprises en aval ont accru leurs délais de paiement fournisseur, tout en contrôlant ceux octroyés à leurs clients. La difficulté est que les pratiques de paiement ne sont pas publiques et il est donc facile que dans le secret d’une relation client-fournisseur asymétrique, le gros reporte toute la difficulté sur le petit.

    - Faut-il en conclure que la loi sur les délais de paiement n’a eu aucun effet sur le comportement des entreprises?
    - On ne peut que constater que les lois ou pressions amicales se succèdent et que les pratiques ne changent pas. On entre dans une période de basse croissance, et les habitudes n’ont pas de raison d’évoluer davantage, car c’est précisément lorsque les trésoreries se tendent que les délais de paiement subis par les PME augmentent le plus. Il convient d’accroître l’information disponible, de la rendre publique, de sanctionner les pratiques caractérisées trop distantes des bonnes pratiques. Le name and shame en est une.
    Les amendes en sont une autre, avec en plus l’intérêt potentiel de financer le développement de PME innovantes au Maroc. La loi est une chose, mais sa traduction dans les faits est très imparfaite et l’arsenal reste incomplet. Les exemples existent à l’étranger, et le Maroc doit se saisir des instruments disponibles et qui ont fait leur preuve ailleurs.

    Propos recueillis par  Fatim-Zahra TOHRY

     

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