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    Economie

    Les ministres des Finances au chevet de l’Afrique

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5477 Le 20/03/2019 | Partager
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    «La ZLECA  devra générer des emplois pour la jeunesse africaine en pleine expansion. En effet, la réorientation des échanges vers des produits manufacturés et agro-industriels favorisera l’avènement d’un commerce à plus forte intensité de main-d’œuvre, avec la création d’emplois», souligne Lilia Hachem Naas, directrice du Bureau de Rabat de la Commission économique d’Afrique (CEA) (Ph. Bziouat)

    La conférence des ministres africains des Finances de la Commission économique d’Afrique (CEA) démarre aujourd’hui à Marrakech par une réunion des experts. Elle est consacrée à la «politique budgétaire, commerce et secteur privé à l’ère du numérique: une stratégie pour l’Afrique». Aujourd’hui, 20 pays ont déjà ratifié la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) «Au rythme actuel des ratifications, nous pouvons anticiper l’entrée en vigueur de l’accord très prochainement», estime Lilia Hachem Naas, directrice du Bureau de Rabat de la Commission économique d’Afrique (CEA).

    - L’Economiste: Le Maroc est le 2e investisseur en Afrique. Quel est votre commentaire?
    - Lilia Hachem Naas:
    En 2017, les investissements du Maroc en Afrique ont atteint 2,57 milliards de dollars, marquant une augmentation de 12% par rapport à 2016, et faisant de lui le premier investisseur du continent. 85% des investissements directs étrangers sont dirigés vers l’Afrique sub-saharienne. Ils sont principalement focalisés sur les secteurs de la banque, de la téléphonie et de l’assurance. Après avoir développé sa présence en Afrique de l’Ouest francophone, le Maroc cherche maintenant de plus en plus à orienter ses investissements vers l’est du continent. Bien que les services restent en tête, d’autres secteurs, allant de l’énergie aux produits chimiques, gagnent également en importance. Le Maroc continuera probablement de se concentrer sur le reste de l’Afrique alors qu’il cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis du commerce avec l’UE.

    - Rabat veut intégrer la CEDEAO. Quelle est votre analyse et encouragez-vous ce genre d’initiatives?
    - Le Maroc jouit d’une relation privilégiée avec l’Afrique depuis longtemps, de par sa position géographique et les liens qui existent depuis les indépendances.  Pour la CEDEAO, il a le statut d’observateur depuis 2005, ce qui peut être considéré comme un préalable pour sa demande d’adhésion. Au niveau des relations commerciales, le Royaume a triplé ses exportations vers l’Afrique de l’Ouest entre 2006 et 2016. Par ailleurs, sur le plan politique, il a apporté d’importantes contributions à la région au fil des ans et dans divers domaines. Par exemple, il a soutenu les efforts de médiation en Côte d’Ivoire et en Guinée et de la stabilisation en Guinée Bissau. Le Royaume a également contribué aux efforts de médiation dans l’Union du Fleuve Mano, en facilitant un sommet pour renouer le dialogue entre les chefs d’État de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone qui ont réitéré leur volonté de rétablir un climat de paix et de sécurité au sein de l’Union.

    - La Zone de libre-échange continentale africaine a-t-elle atteint le nombre de ratifications nécessaires pour son entrée en vigueur?
    - Nous nous félicitons des progrès accomplis et du fait que 20 pays africains ont déjà ratifié l’accord de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECA), ce qui est particulièrement encourageant. La semaine dernière, l’Éthiopie et Djibouti ont été les derniers pays en date à ratifier l’accord. Il ne manque plus que 2 pays. Nous travaillons d’arrache-pied pour atteindre les 22 ratifications nécessaires à l’entrée en vigueur effective de la ZLECA. Le gouvernement marocain a adopté en février dernier le projet de loi portant ratification de l’accord qui est en discussion au Parlement. Au rythme actuel des ratifications, nous pouvons anticiper l’entrée en vigueur de l’accord très prochainement.
    L’engouement pour la ZLECA est lié au potentiel que cet accord présente pour le développement et la croissance de l’Afrique. En effet, la Commission économique pour l’Afrique estime que la ZLECA pourrait accroître le commerce intra-africain de 52,3 % d’ici à 2022.

    - Le sommet des ministres des Finances abordera le rôle du secteur privé dans le développement des économies africaines. Comment le renforcer?
    - Les PME, qui représentent près de 80 % des entreprises de la région, jouent un rôle clé dans la croissance en Afrique. Le privé a donc un rôle essentiel à jouer pour assurer le développement économique et réduire la pauvreté. A travers un partenariat public-privé dynamique, il peut contribuer au développement des infrastructures et des services de base sur tout le continent, créant ainsi un espace interconnecté.
    La ZLECA pourra également s’avérer bénéfique pour les PME en les aidant à intégrer les chaînes de valeur régionales et en leur permettant d’alimenter en intrants les grandes entreprises régionales exportatrices. Par exemple, avant d’exporter des voitures à l’étranger, les grands constructeurs automobiles en Afrique du Sud s’approvisionnent en intrants dans le cadre du régime commercial préférentiel de l’Union douanière de l’Afrique australe, et achètent notamment le cuir des sièges au Botswana et les textiles au Lesotho.
    En relation avec le commerce, la CEA est en train de développer un indice pays ZLECA destiné aux acteurs du secteur privé. L’objectif est d’identifier les contraintes auxquelles le secteur privé fait face dans le processus de la mise en œuvre de cette Zone. Cet indice devrait être disponible d’ici à la fin de cette année après que la méthodologie soit testée et validée.

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    - En quoi le numérique peut-il favoriser l’amélioration de la performance budgétaire?
    - L’économie digitale offre la possibilité aux PME de pénétrer de nouveaux secteurs d’activités qui présentent de faibles barrières à l’entrée. En effet, elle a représenté une part de 8,3 milliards de dollars du PIB en Afrique et créé 600.000 emplois en 2018. En utilisant le Big Data, les nouvelles technologies offrent l’opportunité d’augmenter les revenus fiscaux et d’améliorer la performance de l’administration fiscale en réduisant les coûts de contrôle et de collecte des taxes et impôts. L’administration fiscale peut également identifier d’autres sources de revenus et répertorier les contribuables de façon plus effective. Cela aura un impact positif sur les revenus de la fiscalité et les politiques budgétaires. Toutefois, l’économie numérique est aussi un défi en matière de politique fiscale en raison de sa nature virtuelle. En effet, il est devenu plus facile pour les entreprises de transférer des bénéfices en utilisant des actifs numériques tels que la propriété intellectuelle, où les revenus sont générés, vers des juridictions à faible imposition, ce qui entraîne une érosion de l’assiette fiscale.

    - Combien coûtent l’informel et la fraude fiscale aux économies de la région?
    - En Afrique, il représente une part importante du PIB et la sous-imposition de ce secteur constitue un problème fiscal majeur. La part de l’informel pourrait être identifiée en retraçant les gros volumes de transactions en espèces. Bien que ce secteur soit une des sources de la fraude fiscale, il représente surtout une fuite importante de ressources en capitaux et en investissement et un manque à gagner pour les économies africaines en termes de croissance.
    Une des principales priorités de la politique fiscale en Afrique est d’améliorer la fiscalité des sociétés multinationales et empêcher l’évasion fiscale. En effet, on estime que les pays africains perdent d’importantes recettes potentielles en raison de «l’érosion de la base et du transfert des bénéfices» qui réduit le revenu imposable des multinationales en Afrique. Le continent perd au moins 2% de son PIB par an en recettes fiscales en raison de l’évasion fiscale des multinationales.

    Le poids de l’informel

    Dans l’économie africaine, l’informel représente 40% et 60% de l’emploi, généralement dans le secteur des services. Dans de nombreuses villes du continent, des entreprises restent dans l’ombre pour des motifs d’évasion fiscale, ou pour éviter la complexité des procédures administratives et règlementations fiscales. Des gouvernements ont utilisé les leviers de politiques budgétaires  pour encourager l’inclusion des entreprises informelles dans le secteur formel. Pour la directrice de la CEA au Maroc, les nouvelles technologies «offrent aussi des opportunités inédites pour le secteur informel d’accroître ses activités et d’améliorer son accès aux marchés et aux financements. Ce qui ouvre ainsi à son tour le secteur informel aux facilités de crédit des banques et des entités de microfinance».

    Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

                                                                                  

    La plus grande zone de libre-échange du monde

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    La CEA est formelle: les effets de la ZLECA seront positifs. Ainsi, cette zone s’étendra sur un marché de 1,2 milliard de personnes, représentant un PIB de 2.500 milliards de dollars dans l’ensemble des 54 Etats membres de l’Union africaine. Du point de vue du nombre des pays participants, elle sera la plus grande zone de libre-échange du monde depuis la création de l’OMC.

    Cette zone est également un marché très dynamique, puisque selon les projections, ce continent comptera 2,5 milliards d’habitants à l’horizon 2050, et 26 % de la population mondiale en âge de travailler. Elle verra son économie croître deux fois plus rapidement que celle des pays développés, souligne la directrice de la CEA au Maroc.

    Avec des tarifs moyens de 6,1%, les entreprises sont actuellement confrontées à des droits de douane plus élevés lorsqu’elles exportent en Afrique plutôt que vers l’extérieur du continent. De ce fait, le commerce intra-africain atteint à peine 16% du commerce total de l’Afrique.

    Avec la mise en place de cette Zone de libre échange, les droits de douane sur le commerce intra-africain seront progressivement éliminés, réduisant les coûts de transaction. Ce qui permettra aux entreprises africaines de répondre aux demandes du marché africain en pleine croissance.

     

     

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