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    Alain Juillet: Les nouvelles guerres de l’information

    Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5456 Le 19/02/2019 | Partager
    La géo-économie prend de l’ascendant sur la géopolitique
    Développez vos doutes constructifs
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    Alain Juillet, président de Think-Tank, ancien directeur du renseignement français: «Nous sortons de la géopolitique pour faire de la géo-économie. Le renseignement économique devient donc plus important, autant au niveau des entreprises que des Etats» (Ph. L’Economiste)

    La compétition mondiale se gagne par le surplus d’informations détenues sur le concurrent. Mener des politiques efficaces autant à l’échelle des entreprises que des Etats exige une information de qualité, recoupée et vérifiée... soutient Alain Juillet, ancien directeur de la DGSE.

    «En dehors de la culture, nous nous ressemblons de manière impressionnante. Les formations produisant des espèces de clowns, nous sommes de moins en moins capables de faire des ruptures parce qu’étant dans un schéma pratiqué par tout le monde, de la même manière. Il faut malgré tout se différencier. Le seul moyen existant aujourd’hui, c’est l’information. Le secret de la réussite au niveau des entreprises comme au niveau des Etats, c’est ce différentiel d’information, qui est essentiel», analyse Alain Juillet, lors de la conférence organisée, le mercredi 13 février, par l’APD à Casablanca. Cependant, des menaces de tout genre émergent sur l’information, à commencer par les fake news.

    ■ Guerre informationnelle entre entreprises
    «La concurrence est devenue tellement violente que les gens n’hésitent pas à déstabiliser leur concurrent». Dans le cadre des affaires, il peut arriver que des concurrents diffusent des choses vraies, mais qu’il ne fallait pas dire, ce qui est une véritable menace informationnelle. Dans ce cas, l’objectif visé est de déstabiliser. Les opérations d’influence, qui consistaient à amener les gens à penser comme nous ou à rejeter le concurrent, ne sont plus d’actualité. Nous sommes entrés dans une ère où des gens font sciemment et officiellement profession de déstabiliser. Dans le monde des affaires, des attaques en tout genre ciblent un produit, un dirigeant, une entreprise…Après coup, elles réduisent leurs chances de survie. En France, les attaques menées par les sociétés françaises entre elles sont estimées à plus de 50%. Un peu plus en Angleterre (environ 60%). Certains pays ont parfaitement compris cette règle du jeu, notamment le président américain Donald Trump, qui est en rupture permanente en s’appuyant par contre sur un volume d’informations nettement supérieur aux autres. Les Américains veulent par tous les moyens développer leur leadership dans le numérique parce qu’ainsi, ils maintiennent le supplément d’information dont ils disposent par rapport aux autres (avantage concurrentiel). Et c’est ce supplément d’information qui leur permet, ensuite, de tenter des opérations de rupture comme ils le font maintenant de façon systématique. Depuis deux ans, les Américains changent les règles du jeu dans plusieurs domaines. Dans la géo-économie, tous les moyens permettant d’affirmer leur puissance, autrement que le moyen militaire, sont à utiliser. «Pendant très longtemps, nous avons cru pouvoir diriger et manœuvrer des pays à travers des rapports de force qui s’appuyaient sur le militaire et la politique. Aujourd’hui, intervient un nouvel élément que les Américains savent bien utiliser: l’économie», précise Alain Juillet.

    ■ La compétitivité par l’information
    Les gens ont compris qu’il est plus facile de «casser une entreprise ou un régime» par la diffusion de fausses informations ou des informations sensibles à ne pas diffuser, plutôt que par d’autres moyens. Au-delà de l’élaboration d’une stratégie et du renseignement économique, qui permet de se constituer un avantage concurrentiel par l’information, il faudra désormais aller plus loin en anticipant ce que les autres peuvent mener comme action de déstabilisation contre nous, explique l’expert français du renseignement.
    Sun Tzu, le philosophe chinois, le disait déjà 3.000 ans avant notre ère. Pour gagner par le différentiel d’information, il faut apprendre à travailler de manière différente de celle à laquelle on est habitué. Il va falloir qu’on apprenne à intégrer ces informations et les utiliser rapidement, de la manière la plus efficace possible pour pouvoir obtenir des résultats. Ne pouvant pas se permettre de les garder pour soi et attendre, il faut se servir de ces informations en permanence. D’où l’importance de réactualiser constamment la stratégie, pas seulement la tactique, pour pouvoir aller plus loin et pouvoir en permanence faire la course en tête. Il y a 15 ans, les entreprises étaient encore dans une logique de plans à 3, voire 5 ans pour les meilleures. Aujourd’hui, quelle est l’entreprise qui peut sérieusement dire ce qui se passera dans 3 ans?

    ■ Dangereux Darknet
    L’internet est devenu un moyen efficace pour avoir une quantité d’informations dans tous les domaines. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas percevoir le Net uniquement comme un outil de veille et de recherche d’informations, mais aussi comme un outil de défense. Dans l’internet, il y a le web classique auquel on a accès avec les moteurs de recherche connus du grand public (Google, Yahoo, Qwant…), qui ne donnent accès qu’à la partie immergée du web. Mais il y a aussi des techniques permettant d’aller chercher de l’information dans le web profond, qui représente environ 9/10e de tout ce qui est stocké. Il y a aussi le Darknet (dernière partie du Net), un autre volet qui pose des problèmes dans la mesure où les milieux criminels ont compris son intérêt pour mener leurs opérations. Aujourd’hui, au moins 80% des opérations criminelles et frauduleuses sont commanditées via ce système. Par exemple, avec 5.000 dollars, on peu y louer les services d’un tueur à gages. Les produits vendus sur le Darknet (trafic d’armes ou de drogues) sont livrés en pièces détachées par la poste sans que personne ne les repère.

    ■ Menace sur les réseaux sociaux
    Au web s’ajoutent les réseaux sociaux, qui en dépit du fait qu’ils maintiennent de manière virtuelle les liens sociaux, posent le problème des libertés individuelles, qui va encore s’aggraver à l’avenir. «Les réseaux sociaux, c’est quelque chose dont on ne mesure pas encore toutes les conséquences au niveau de notre vie et la masse d’informations bonnes ou mauvaises qu’ils peuvent fournir», soutient Alain Juillet.

    ■ Lire les journaux et douter pour ne rien rater!
    L’on n’y pense pas assez, mais la lecture des journaux fait partie des techniques classiques de renseignement économique. Le recoupement d’un certain nombre de journaux différents permet de savoir beaucoup de choses. Pratiquer le doute constructif consiste à s’interroger, à chaque fois qu’on lit ou entend quelque chose: «Est-ce vrai? Est-ce faux? Est-ce probable?». En s’exerçant ainsi, l’on apercevra des choses fausses. Par le simple fait d’identifier les choses fausses, vous faites du renseignement économique efficace. Parce que vous allez commencer à douter, recouper les informations, voir des choses intéressantes un peu partout et, après sélection, vérification et regroupement, avoir des informations très performantes. A ce moment-là, vous détenez le fameux supplément d’information qui, à l’échelle des nations, constitue l’avantage concurrentiel.

    L’affaire Carlos Ghosn

    L’affaire Ghosn est incompréhensible si on ne comprend pas la position des Japonais. Le problème de l’ancien PDG de Renault-Nissan est le moyen pour eux de «déstabiliser un système» au sein duquel ils n’avaient pas suffisamment de pouvoir. «C’est la faute des Français, d’une certaine manière, qui ont voulu trop peser en tant qu’Etat sur les décisions de l’alliance Renault-Nissan. Les Japonais, ayant considéré cela comme insupportable, ont mis en marche un processus qui a débouché sur l’arrestation de Carlos Ghosn», explique Alain Juillet. «L’affaire a été aggravée par le fait que la prise de contrôle de Mitsubishi par Nissan allait aboutir à la fusion de Nissan, Mitsubishi et Renault. Nissan ne voulait absolument pas s’associer à Mitsubishi, contre lequel il se bat depuis plus de 14 ans au Japon», estime Juillet. Il ne voulait pas non plus perdre son identité dans le cadre d’une fusion d’ensemble.

    M.Ko.

     

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