Competences & rh

Soutien scolaire: Les enseignements de l’affaire El Mehdi Maniar

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5456 Le 19/02/2019 | Partager
Un coach scolaire opérant dans l’informel, rendu célèbre par les réseaux sociaux
Sa formule de «prêt à porter» pour passer l’examen fait fureur
Il s’attire les foudres des pédagogues, mais réussit là où l’école a échoué
el_mehdi_maniar_056.jpg

El Mehdi Maniar est spécialisé dans le coaching scolaire des candidats au bac littéraire, notamment ceux du public. Durant ses séances, il se tient toujours debout sur une table au milieu des élèves. Son jeune public, nombreux et complètement conquis par sa méthode, est entièrement engagé et motivé. Les leçons sont expliquées en darija avant d’être apprises par cœur en arabe classique (Source: Captures YouTube)

«Aujourd’hui, le soutien scolaire sert simplement à préparer l’examen et à le réussir», insiste un expert en éducation. Il n’est donc pas destiné à redresser les lacunes des élèves. Son but est de simplement les entraîner à répondre aux questions des contrôles et examens.

En d’autres termes, à mieux apprendre par cœur, pour ensuite restituer les informations mémorisées. Et c’est exactement le modèle du système scolaire en place. Les prestataires de cours particuliers l’ont bien compris. Ils proposent donc les méthodes les mieux à même de répondre à ce modèle. 

C’est aussi le cas du jeune El Mehdi Maniar, rendu célèbre par les réseaux sociaux. Ses vidéos sur YouTube atteignent des centaines de milliers de vues. Sa principale mission, coacher les candidats au bac littéraire, notamment ceux du public, issus de milieux modestes, pour réussir leur examen et décrocher le précieux sésame.

Cela fait quelques années que le jeune, âgé d’à peine 22 ans, a commencé à dispenser des cours de soutien payants. Petit à petit, sa notoriété est montée en flèche. Interrogé par les médias électroniques, il se présentait comme propriétaire de plusieurs instituts de soutien scolaire sur plusieurs villes, accueillant des milliers d’élèves.

Le hic, c’est qu’il opérait sans autorisation de l’Education nationale. Selon une source à l’Académie régionale de l’éducation et de la formation (Aref), il avait déposé une demande en avril 2017 pour un institut de langues, qu’il s’est vu refuser, car ne répondant pas aux normes légales. La loi 06-00 régissant l’enseignement privé exige plusieurs conditions qui n’ont pas été remplies.

Le local, par exemple, doit intégrer au minimum 3 classes de 30 m², une bibliothèque scolaire, une salle de documentation et une salle dédiée au personnel enseignant. Le directeur pédagogique, pour sa part, doit justifier d’une licence au minimum, et d’au moins trois ans d’expérience dans l’enseignement. Maniar ne répond à aucun de ces critères.

Au-delà de l’aspect réglementaire, plusieurs enseignements peuvent être tirés de cette affaire qui a défrayé la chronique, après la décision du ministère de tutelle de fermer ses instituts (à Casablanca, El Jadida, Mohammedia…) fin janvier dernier. Le jeune, avançant avoir suivi des formations en coaching et PNL (Programmation neurolinguistique), bachelier, sans diplôme supérieur, a réussi là où l’école formelle a échoué. Il n’y a qu’à regarder les vidéos de ses séances.

Des centaines d’élèves y assistaient, disciplinés, engagés et animés par la volonté de se surpasser. Le personnage de Maniar, lui, est respecté et adulé. Il réussissait même à transformer ses élèves en fans, grâce à un subtil marketing d’image. 

Sa méthode est peu commune, il se mettait debout sur une table pour concentrer l’attention de son public, lui chantait les cours et les lui faisait répéter. Le procédé ne fait pas l’unanimité. «L’acte pédagogique est par définition un acte de réflexion. Si vous ne mettez pas l’enfant en situation de construction de savoirs, cela ne marche pas.

Autrement, vous lui donnez du prêt à porter. Vous sollicitez sa mémoire, et il n’a même pas le temps de tout digérer. J’appelle cela une agora de M’sid», pense Mohamed Ould Dada, experte en éducation, ancien directeur de l’Aref de Fès. En effet, de ce point de vue-là, difficile de parler de construction de savoirs dans les séances de Maniar. Généralement, une fois l’examen passé, l’essentiel des cours appris est oublié.

Il leur ressemble, parle leur langage et les met en confiance

Il expliquait d’abord les leçons, en darija, avant de les faire apprendre aux élèves par cœur, en arabe classique. Mieux encore, il leur expliquait comment répondre aux questions de l’examen. Un point essentiel, souvent occulté par les enseignants, alors qu’il peut faire toute la différence.

El Mehdi Maniar ressemble, par ailleurs, à ses élèves. Jeune, à peine plus âgé que ses candidats au bac, issu du même milieu et parlant leur langage. Il adoptait une posture de grand frère, les rassurait, les mettait à l’aise et les encourageait. Au point de leur offrir des cadeaux et des sommes d’argent, parfois exagérés. Ceci lui a, d’ailleurs, valu de nombreuses critiques.

Mais le fait est que l’exemple de Maniar met le système scolaire public devant ses propres défaillances. A l’heure où l’école publique pousse les élèves vers la porte de sortie, lui, a pu en sauver plusieurs de l’abandon, en leur redonnant confiance en eux, en leur procurant l’envie de s’en sortir et en les motivant. Il est aussi le miroir de son modèle prônant le parcœurisme et la récitation sans véritable réflexion.

Les élèves victimes du système

C’est bien le système en place qui pousse élèves et parents à courir derrière les cours de soutien payants. Ceci est d’autant plus vrai dans le public. «Les enseignants, peu nombreux et surchargés, sont souvent obligés de faire des heures sup. Ils doivent, en outre, gérer des classes encombrées. Forcément, ils ne peuvent apporter un encadrement adéquat à tous leurs élèves», relève un expert en éducation. «Sans compter qu’ils sont formé à la va-vite dans les centres régionaux de l’éducation et de la formation, et qu’ils sont ensuite parachutés dans les classes, sans expérience préalable. Avec les contractuels, la situation empire. Au final, ce sont les élèves qui en paient le prix», poursuit-il. D’année en année, ils cumulent les lacunes. Les parents, désemparés, les inscrivent dans des cours de soutien, dans la limite de leurs moyens. Pour chaque bourse, il existe une offre. Le résultat, lui, n’est pas toujours garanti.

Ahlam NAZIH    
   

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    abonnement@leconomiste.com
    mareaction@leconomiste.com
    redaction@leconomiste.com
    publicite@leconomiste.com
    communication@leconomiste.com

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc