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Les bonnes pièces de la monétique

Par L'Economiste | Edition N°:303 Le 06/11/1997 | Partager

La société de l'information et des services prend le pas sur la société industrielle. L'Amérique, l'Asie et l'Europe dominent. Mais des sociétés marocaines se placent sur des niches pointues. Dans la monétique, S2M, M2M et HPS se sont déjà bien placées, chacune avec son style.


Choisissez une niche et accrochez-vous. Rien ne sert de tirer dans le tas ou de s'attaquer aux armées des multinationales dans le grand champ de bataille mondialisée.
C'est la première leçon de trois chefs d'entreprise qui ont réussi à s'imposer sur les marchés de l'informatique, hautement acrobatique. Là se disputent des géants qui ont pour nom IBM ou Microsoft. Aujourd'hui, émergent des pays comme l'Inde ou le Pakistan qui, tous, alignent des milliers d'ingénieurs à petits salaires pour la sous-traitance informatique en masse.
S2M, M2M et HPS se sont d'abord concentrées sur la monétique et ne sont pas allées se disperser sur des logiciels généraux de gestion.
Résultats, leurs produits contribuent à faire tourner les prestigieux systèmes Visa ou Mastercard, dans les banques d'Arabie ou de Grande-Bretagne.
Paradoxalement, cette exportation n'est pas venue à la suite d'une maîtrise du marché intérieur. C'est un schéma classique de maturation, ce fut le cas pour la confection ou les agrumes.

Du relationnel à la création

Dans la monétique, le marché intérieur est trop petit pour être porteur, les professionnels estiment qu'il y a moins de 10.000 commerçants équipés pour le paiement électronique, et moins de 500.000 porteurs de cartes au Maroc. Ce n'est rien. Il y en a 8 millions en Turcs. Quant aux Européens et Américains, leurs portefeuilles sont vides de billets de banque et bourrés de cartes en tous genres. Et pourtant, tout va germer en 1983, quand les banques locales introduisent les premiers guichets automatiques. C'est d'abord Wafabank qui ouvre le bal, puis le quatuor BCM, BMCI, Crédit du Maroc, Société Générale lui emboîte le pas avec Interbank. Suivent la BMCE et la BCP, chacune avec son propre système.
Il fallait un centre de traitement de toutes les opérations générées par les cartes de paiement et de crédit.
Gemadec, une entreprise aux prestations informatiques multiples (autour de laquelle s'est constitué depuis le groupe Cofimag), est là pour saisir l'opportunité. Deux anciens banquiers sont aux commandes, attentifs à la bonne opportunité d'investissement. Ils créent S2M, en partenariat avec Sligos, une entreprise française spécialisée.

Depuis, Sligos s'est retirée pour se redéployer vers l'Europe de l'Est, cédant ses 49%. «Mais à l'origine, la présence de Sligos fut importante pour sécuriser les banques, qui introduisaient un nouveau moyen de paiement», reconnaît M. Najib Fassi Fihri, administrateur délégué de Cogimag.
Mais pourquoi alors une entreprise française spécialisée de 5.000 personnes investit-elle au Maroc, en position minoritaire? «D'abord parce qu'elle cherchait une expansion internationale, en particulier dans les pays maghrébins. C'étaient des marchés émergents, poussés par les touristes au Maroc et en Tunisie, ensuite, il n'y a pas que le calcul économique, il y a aussi le relationnel humain».
Ceci est une dimension importante que l'on retrouve à la création d'une autre société M2M. Là, Redouan Bayed, chairman sur la carte de visite, travaillait à Logicom, entreprise française spécialisée dans la carte à puce, depuis quatre ans, quand en 1989 il décide de rentrer au pays pour démarrer une activité. Logicom croit dans l'électronicien marocain qui affiche encore un tempérament «Cool», héritages des milieux scientifiques et lui confie des travaux en sous-traitance. Et c'est ainsi qu'il décroche son premier marché avec son ex-employeur.
En fait, il avait proposé de monter une équipe au Maroc, au lieu d'en remonter une en France. Ce qu'il fait en compagnie de trois compères, traînant chacun un lourd bagage scientifique: Mounir Essayegh était déjà expert auprès de l'UE dans la spectroscopie de masse pour le programme Eureka, Karim Matrouf était déjà bien engagé dans le traitement et la reconnaissance de la parole, et Abdelaziz Al Madani dans le recherche sur les particules au CNRS.

Quatre compétences pointues qui créent leur entreprise dans la haute technologie. C'est une petite brise de la Silicon Valley qui souffle sur Casablanca.
De la même façon, HPS fut une initiative collective de quatre ingénieurs, transfuges de S2M, la première entreprise, et conduits par Mohamed Horani. Un autre homme, un autre style. Beaucoup de bonhomie locale, mais animé par la passion de réussir. High Tech Payments Systems en 1994, à sa date de création, décide d'opérer sur le créneau de la monétique mais aussi de s'étendre au consulting. Son premier marché sera d'ailleurs une étude sur l'intéropérabilité de quatre systèmes bancaires en place. «Le consulting est un moyen pour faire reconnaître ses compétences, mieux cerner les besoins des clients et donc alimenter la 2ème activité d'édition de logiciels», explique M. Horani. Deux autres ingénieurs rejoindront les quatre premières entreprises et entreront aussi dans le capital. Le premier client de HPS, après Interbank pour l'intéropérabilité, sera la Société Générale. Puis il y a eu la BCP, la BMCE. Les derniers en date ont été Arab Bank et la BNDE, qui ouvriront bientôt des guichets automa-
tiques.
Mais ce n'est qu'aujourd'hui que HPS s'est liée avec un partenaire étranger, Eurogiciel, pour se diversifier dans l'informatique générale. Car s'il faut savoir déterminer une niche et ne pas se disperser, il faut savoir aussi évoluer.

Diversification

Ainsi, S2M, la première entreprise, était à l'origine un vrai centre de traitement, avec ses machines et ses hommes, pour répondre aux appels, donner un numéro aux commerçants, récupérer les factures, comptabiliser les retraits aux guichets automatiques et les paiements. «Sligos nous avait passé le métier de centre de traitement. L'écriture des logiciels s'est faite ici», rappelle M. Fassi Fihri. Mais un jour les banques ont voulu traiter elles-mêmes ces opérations et les ont donc rapatriées. Pour cela, il leur fallait un logiciel éprouvé. «Nous leur avons vendu le nôtre, et c'est ainsi que S2M est passée de centre de traitement à un centre de logiciel», explique M. Najib Fassi Fihri. «Nous sommes allés vendre ailleurs la carte et le paiement par carte».
De son côté, M2M glisse de la sous-traitance pour Logicom, qui l'avait nourrie 18 mois, vers des produits, des solutions complètes. Elle monte une gamme de TPE (Terminal de Paiement Electronique) pour cartes à puce. Ce sont des produits multiservices qui peuvent être installés derrière un guichet automatique de banque, ou dans n'importe quelle entreprise pour le contrôle d'accès ou la gestion des temps de présence.

Au passage, M2M conçoit même un Publiphone à carte, qui peut par exemple être placé sur de gros chantiers éloignés, où les ouvriers ont besoin de rester en contact fréquent avec leur famille sans pour autant avoir les poches pleines de monnaie.
Toujours sur la diversification, HPS était partie avec une double activité de monétique et de consulting. Mais en plus, l'entreprise affichait son attachement particulier à ses produits. «Les quatre ingénieurs avaient quitté S2M, en désaccord avec la vente du logiciel à une entreprise américaine», indique M. Horani. Pour eux un logiciel est un produit propre, la capitalisation d'un savoir-faire qu'on ne saurait vendre. Seul l'usage est vendable. HPS créera donc un produit «Power Card», conçu comme une solution clef en main, pour gérer l'ensemble du système monétique.

Téléservices

S2M avait choisi Equifax, entreprise d'Atlanta, comme distributeur, car elle jugeait que c'était le seul moyen de pénétrer le marché américain et d'aller au-delà du pourtour méditerranéen. Mais ce faisant, elle gardait l'expertise pour faire évoluer son produit, et récupérait même de l'ingénierie à réaliser en téléservice.
Il ne faut pas bien sûr assimiler ce mot à la saisie de texte, ou de la tenue de comptabilité, activité d'ailleurs tout à fait honorable, génératrice d'emplois, de devises et mobilisatrice de compétences... A ce niveau, c'est déjà des téléservices de conception.
Il s'agit, à distance, d'installer, former, assurer la maintenance à travers des lignes spécialisées.
«Un argument commercial majeur est d'anticiper l'évolution du métier», conseille M. Fassi Fihri. «En 1988 les logiciels de S2M sont redéveloppés sous UNIX, un langage émergent». Même souci chez HPS de coller rapidement aux besoins naissants du marché, poussée d'ailleurs par les grands opérateurs «Power Card, à sa naissance en 1995 fut l'un des rares systèmes basés sur une architecture client-serveur, sous UNIX, avec une base de données Oracle, et poste de travail sous Windows», explique M. Horani. Il indique qu'il a ajouté de la conviviabilité et des outils de gestion, qui permettent par exemple de connaître le profitabilité de chaque commerçant.

Khalid BELYAZID

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