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Economie

Laissez-moi ou je ferme

Par L'Economiste | Edition N°:302 Le 30/10/1997 | Partager

Redressement fiscal, contrôle CNSS ou simples difficultés commerciales, la réponse de beaucoup de chefs d'entreprise usés est de fermer, avec un petit chantage au social.


«SI tu ne m'achètes pas de bijoux, je me suicide», dit Madame à Monsieur. Madame ne s'est jamais suicidée, et Monsieur ne lui a jamais acheté de bijoux, trop occupé qu'il est dans son usine, avec les ouvriers, la CNSS, le Fisc, la mise à niveau...
Alors Madame a réfléchie et trouvé la corde sensible «Achète-moi des bijoux, ou je renvoi la bonne». Et Monsieur a cédé. Que ferait-il sans elle (la bonne bien sûr!): Fini les mlaouis au petit déjeuner, la théière fumante après le dîner, la gandoura bien repassée et nette comme une comptabilité mise à niveau. Bien sûr la bonne n'aurait jamais été renvoyée, car Madame ne tient pas à faire elle-même le ménage. Elle «bluffait» comme Monsieur qui menace de renvoyer tous les ouvriers dès qu'une inspection fiscale déboule, ou qu'un fournisseur vient réclamer son dû. Et il ne renvoie personne.
La menace de fermeture, désastre social, est devenue le premier et dernier argument, brandi par des chefs d'entreprise en difficulté, pour négocier avec les pouvoirs publics, a tort ou a raison.
Ainsi la pêche hauturière a annoncé plusieurs fois sa mort prochaine le long des quais. Que de fois les compagnies d'assurances ont failli s'asphyxier a force d'inhaler du sinistre automobile pollué de déficit.

Epuisés


Le dernier cri du condamné vient des entreprises de confection, à qui la CNSS réclame les cotisations, prélevées sur les salaires, mais jamais reversées. Elles réclament même la solidarité des entreprises qui paient pour leurs salariés, à qui elles font de la concurrence déloyale. Passez donc votre chemin, inspecteurs de la CNSS, et laissez travailler ces patrons, qui ne continuent plus que pour leurs ouvriers: n'est-ce pas eux qui font du social.
Bien sûr la menace de fermeture n'est pas plus exécutée que le renvoi de la bonne. D'abord, parce qu'une loi de 1967 soumet la réduction, et donc la suppression d'effectifs à l'autorisation du gouverneur. Il ne la donne jamais, non pas par amour des cheminées d'usine qui fument, mais parce qu'il ne veut pas de chômeurs en plus.
C'est une barrière légale et politique, mais qui ne s'accompagne pas toujours d'écoute, d'attention. Car s'il y a les maîtres-chanteurs avides d'argent faciles et de passes-droit, la plupart des chefs d'entreprise sont de bonne foi. Ils ne menacent de se «suicider» que parce qu'ils sont ignorés, délaissés comme la dame aux bijoux accablés par les lourdeurs administratives, qui subsistent à la base, bien qu'elles soient pourfendues au sommet. Ici, il faut une autorisation de construire qui prend plus de temps que la construction, là une autorisation d'exercer (c'est obligatoire, mais personne ne l'a), ou bien un certificat de naissance pour mettre le chauffeur à la retraite au cas où il ne serait pas encore né, ou encore un certificat de vie pour celui qui le remplace, au cas où il serait mort d'avoir eu son permis.

Tout le monde le sait. Ce genre de futilités épuise les patrons et les cadres plus que le marketing et la finance réunis. C'est tellement lourd et absurde, que certains veulent arrêter l'entreprise.
Mais il y a aussi la difficulté inhérente aux affaires, ou les négligences de management. Certains ont déjà le capital, diversifié la production, et même recruté des compétences nouvelles. D'autres ont été mis à nu par la récession de l'activité, l'ouverture des frontières: équipement dépassé, gestion de patron-propriétaire, sous-capitalisation et fermeture du capital... Bref, le catalogue, vieux de 10 ans, que jamais personne n'a pu renouveler.
Le mari de la dame aux bijoux oublie cela, et n'attribue ses malheurs qu'aux seuls sureffectifs qu'il a lui-même un jour créés. Il ne jure plus que par la flexibilité, cette potion magique qui veut dire liberté de licencier une partie des effectifs. Sinon, il menace de «suicider» toute l'entreprise.
Mais attention, beaucoup de chantages au suicide se terminent mal, par accident. C'est valable pour le monsieur au sureffectif, et la dame aux bijoux.
Il n'y a que la bonne qui n'a rien à craindre.

Khalid BELYAZID

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