×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste



eleconomiste
Vous êtes 203.440 lecteurs à vous connecter sur leconomiste.com chaque jour. Vous consultez 254.995 articles (chiffres relevés le 29/5 sur google analytics)
Economie

Enquête: Que voulons-nous de nos élus? : En province, une volée de bois vert!

Par L'Economiste | Edition N°:255 Le 21/11/1996 | Partager


On ne les aime pas, les élus des villes moyennes et petites. Mais alors pas du tout. Seulement deux personnes sur 200 trouvent du bien à dire sur eux. Plus maigre, on ne fait pas!

Pourtant, les gens contri-buables-électeurs les connaissent bien. Non seulement ils connaissent les noms, mais en plus deux personnes sur trois les connaissent personnel-lement. C'est parfois un voisin, un client, une relation... ou même un ami. Un électeur sur deux voit son élu et un sur cinq le voit régulièrement, au moins une fois par mois. Exit donc le reproche d'absentéisme ou de «parachuté» si souvent fait aux élus. Ce n'est pas là que le bât blesse.

Pas tendres, les électeurs


La présence ne fait pas tout, pourtant. En tout cas elle ne rend pas l'électeur plus indulgent. Au contraire presque. Deux personnes sur trois profitent de la question «Voulez-vous faire un commentaire?», pour dire ce qu'elles ont sur le coeur. Et ce n'est pas tendre:
- «il est n'est pas conscient de ses responsabilités, il est là pour réaliser ses propres projets et atteindre ses propres buts, non ceux de la population» (Ouazzane);
- «il doit tenir ses promesses, ce qui n'est pas le cas» (Ouarzazate).
- «un grand pourcentage ne mérite pas d'être élus» (Meknès);
- «il faut plus de franchise pour qu'il ne perde pas sa crédibilité»; «dites aux élus locaux que nous avons beaucoup de retard, il est temps d'ouvrir les yeux» (Settat);
- «ils doivent être réprimandés, car ce sont des personnes sans scrupules» (Khénifra);
- «il ne tient jamais ses promesses et ne réalise pas ses projets, il faut le contrôler» ; «il faut contrôler l'élu qui achète les voix des citoyens»(El Jadida);
- «manque de sérieux, de nationalisme et de responsabilité», «il ne doit pas changer de chemise une fois qu'il remporte les élections» (Kénitra);
- «ce sont en général des gens qui ne sont ni instruits, ni sérieux, ni responsables» (Larache). Ces «quatre vérités dites», que veulent exactement les contribuables-électeurs? L'en-quête confiée par L'Economiste à Télémark System demandait de classer 5 politiques: lutter contre le chômage, ramasser les ordures, construire une école, créer un dispensaire, veiller à l'éclairage public.

Largement en tête : Le chômage


Surprise, c'est le chômage qui arrive en tête des préoccupations dans les villes petites et moyennes.
La lutte contre le chômage est la première politique que les élus locaux doivent conduire pour 49% des gens interrogés. Plus, elle arrive en tête dans 9 villes. Ailleurs elle est en deuxième position. Seule Berrechid échappe à l'impératif. L'industrialisa-tion aux portes de Casablanca porte peut-être ses fruits.
Le Dr Harrouchi, président de l'Association Afak et père spirituel des deux enquêtes financées par L'Economiste, sera content de la deuxième priorité que les électeurs fixent à leurs élus: 33% des gens pensent que la deuxième action à faire, c'est de ramasser les ordures. En commentaires libres, le ramassage des ordures, mal fait ou pas fait, attire des remarques sévères car il est l'aune à laquelle la compétence ou le sérieux des élus se mesurent. Que cela lui plaise ou non, c'est sur le tas d'ordures que l'électeur-contribuable juge son élu.
En revanche, le Dr Harrouchi, ancien ministre de la Santé publique, sera peut-être déçu d'apprendre que la santé ne fait pas partie des préoccupations premières des contribuables. Elle n'arrive qu'en 4ème position. Elle est très loin du chômage et des ordures avec un score en dessous du seuil significatif de 10%. L'instruction n'est pas mieux lotie, avec son score de 8% et malgré sa position de 3ème. Enfin l'éclairage public ne figure que pour mémoire, sauf à Berrechid et à Khouribga, où il se classe respectivement 1er et 2ème.
Pour être exhaustif dans la liste des revendications, il faut signaler que spontanément les gens citent l'insécurité publique (10 personnes), les accidents de la circulation ou le mauvais état des routes-rues (15 personnes).

La fiche technique

L'ENQUETE sur 14 villes moyennes et petites a été réalisée par téléphone au cours du mois de juillet 1996, par le bureau Télémark System. 200 personnes ont répondu de manière significative, pour 215 contacts pris. Il n'y a eu que 8 refus de réponse motivés par le «caractère politique» des questions. Le fait d'être abonné au téléphone place évidemment les personnes interrogées dans les catégories sociales moyennes et aisées. Les professions représentées sont: médecins, pharmaciens, avocats, directeurs d'agences bancaires, commerçants et agents d'assurance. Les villes sont El Jadida, Safi, Khémisset, Khouribga, Khénifra, Ouarzazate, Ouazzane, Beni Mellal, Larache, Settat, Meknès, Kénitra, Berrechid et Essaouira.
Pour que l'interprétation soit rigoureuse, elle doit être faite globalement, sur les 14 villes et non pas ville par ville: le nombre d'interviewés par ville est trop petit.o

Pourquoi les riches se taisent-ils

Un nouveau paysage social ?

L'Implication des gens dans la vie communautaire n'est pas du tout ce que l'on en dit dans les salons des grandes villes.
Les enquêtes de Sunergia et de Télémark System transcrivent peut-être des évolutions très profondes de la société marocaine. D'abord, dans les catégories aisées des deux capitales, une part significative des gens évitent de répondre. Pour obtenir 410 questionnaires significatifs, Sunergia a dû prendre un peu plus de 600 contacts. Les gens acceptent d'abord de répondre, puis, voyant le sujet des questions, préfèrent arrêter l'entretien. L'explication la plus commune: «Je ne fais pas de politique, donc je préfère ne pas répondre, excusez-moi». Inversement, ces réactions existent très peu chez les personnes moins aisées ou pauvres. Elle n'est pratiquement pas apparue dans les villes moyennes ou petites enquêtées par Télémark System. Au contraire, dans ces villes tout le monde s'est littéralement approprié l'occasion d'exprimer son point de vue, sans le moindre détour. Plus, les gens ont tenu à dire combien ils étaient contents de le faire et qu'ils remerciaient L'Economiste de leur avoir demandé leur avis.
Ce n'était pas le but des enquêtes mais le résultat est là: les réactions dessinent un nouveau paysage social, peut-être même un paysage politique. L'élite des grandes villes marocaines est celle qui a détenu et détient encore le plus de pouvoirs économiques et politiques. C'est elle qui par exemple a valorisé la marocanisation des années 70 et s'est fait le promoteur de la libéralisation dans les années 80 et 90. Certes elle est le premier bénéficiaire des acquis, tant dans le service public que dans la démocratisation. Mais elle n'exerce que parcimonieusement son jugement sur les affaires locales. Ce faisant, elle laisse maintenant le champ libre à d'autres couches sociales pour le faire.
Dans l'Histoire, ce phénomène sociologique n'est pas inconnu. Il est le signe d'une transformation des pouvoirs, qui va en général avec la libéralisation économique. Appliqué au Maroc, le processus donne un élargissement et une dispersion des lieux où se prennent les décisions d'ordre politique. La dispersion vaut géographiquement mais aussi sociologiquement. En tout cas, les deux enquêtes montrent que les comportements des gens ont déjà intégré la nouvelle ordonnance des choses.
La semaine prochaine: un paysage différent, celui des deux capitales. Les résultats de l'enquête conduite par Sunergia réservent d'autres surprises.


N. S.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    abonnement@leconomiste.com
    mareaction@leconomiste.com
    redaction@leconomiste.com
    publicite@leconomiste.com
    communication@leconomiste.com

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc