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Allez donc travailler sur la grève

Par L'Economiste | Edition N°:303 Le 06/11/1997 | Partager

Grève générale de la CDT, sans aucune perturbation. Grève de camionneurs en France, avec des conséquences sur le Maroc. Et pourtant le plus fort des moyens de pression des travailleurs, tabou, même la campagne électorale.


ET si un jour toutes les femmes arrêtaient le travail. Non pas celui de l'usine, du bureau ou de la classe... Celui de la cuisine et de la buanderie! Elles ne feront qu'exercer le droit de grève garanti par la Constitution. Les tâches ménagères sont un vrai travail qui nécessite beaucoup de qualification. Si vous ne le pensez pas, allez donc préparer un couscous aux sept légumes entre trois marmots qui braillent! Et n'oubliez pas la vaisselle. Ou bien, allez recruter une femme de ménage; elle est plus difficile à trouver qu'un ingénieur.
Les femmes travailleuses s'arrêteraient donc de travailler un matin sans préavis. Les maris et les enfants seraient surpris entre la douche et le petit déjeuner. «Il n'y a rien à manger et pas de serviettes pour vous essuyer». Le meilleur jour est encore Aïd Al Adha, quand le mouton est déjà égorgé, les tripes en l'air...

Voilà une situation cocasse et dramatique, comme celle de la France bloquée par ses camions. Les voisins sentiraient la puanteur du mouton, comme l'Espagne ou le Maroc subissent les conséquences des barrages.
Il n'est pas question pour nous de protester contre les Français. Ils sont libres chez eux de jouer à la guerre de 100 ans ou à la pétanque le long des routes. Mais il nous appartient de fixer nos propres règles du jeu. Car, à ce jour, chacun peut jouir du droit de grève, sans limite: les femmes au foyer bien sûr, les boulangers, les médecins des urgences, les fonctionnaires qui se tournent les pouces, les employés de la TV, et ceux de la Régie des Tabacs. Pas de pain, pas de TV, pas de Marlboro... Je vous laisse libre de juger de ce qui sera le plus grave. Aucun service minimum ne serait assuré, car il n'y a aucune loi, qui confirme le droit du gréviste et fixe ses devoirs. Il y a déjà eu des désastres dans les fragiles usines, arrêtées par les coupures intempestives des électriciens mécontents. Parfois des matières ont séché dans des tuyauteries: 3 jours de grève, 3 mois pour réparer les dégâts.

Un thème politique


Il est arrivé que des patrons aient licencié des grévistes au mépris de la loi suprême. Historique, le bras de fer Karim Lamrani-UMT, à la Somadir, avec des importations pour remplacer la production. Or, un pays avancé se reconnaît à ses règles prédéfinies, ses lois qui s'imposent à tous.
Et la loi sur la grève a non seulement le mérite de ne pas exister, mais en plus celui d'empêcher les autres lois sociales d'évoluer.
Le fameux Code du travail devait regrouper et mettre à jour tout cela. On l'attend depuis 20 ans. Il y a eu tout une série de projets, chacun ressemblait au précèdent comme à son frère jumeau, et tous ressemblaient au père; des copies certifiées conformes de l'existant, rédigé par les fonctionnaires du Protectorat, et signé par ses vizirs. Voilà ce qui régit la vie de nos entreprises et nos administrations. La dernière version avait même poussé le vice à établir un code du travail avec droit de grève, et un autre sans droit de grève. C'est comme une invitation au mariage. C'est avec dîner pour les proches, ou sans. On ajoute un petit carton, tout dépend du destinataire. Certains diront que la période électorale est mal choisie pour parler de grève. Ce n'est déjà pas l'avis de la CDT qui en a lancé une à la veille de la campagne. Puisque c'est sensible et "politique", ce devrait être un thème des programmes. Les uns pourraient limiter ce droit de grève sous prétexte que les travailleurs sont privilégiés de ne pas être chômeurs. Les autres pourraient suggérer que les journées de grève soient payées double.

Dans tous les cas, les politiques doivent se pencher sur la grève, car elle n'arrive que lorsque le «dialogue social», le prolongement de la démocratie, dans le monde du travail, est en panne.
La grève est un sujet qui mérite du travail... et pas la grève.
Tout comme les tâches domesti-ques, sous-payées, non déclarées, et des femmes au foyer non syndiquées, brimées, opprimées...

Khalid BELYAZID

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