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Tribune

Netanyahu, mind your own business!
Par le Pr Alain Bentolila

Par L'Economiste | Edition N°:4478 Le 09/03/2015 | Partager

Alain Bentolila est professeur de linguistique à la  Sorbonne. Il a commencé ses recherches dans un domaine rare, celui des langues rares (parlées par de petites communautés) dites aussi «exotiques» car très peu étudiées.  Ce qui lui donne autorité pour comparer la formation des langues

Dans un temps où les Français de confession juive, parce que juifs, sont invités par le Premier ministre israélien à trouver refuge en terre promise, il est urgent d’imposer dans le débat public une distinction fondamentale entre «appartenance» et «identité». A la question «qui suis-je?», je réponds dans un ordre que je veux  pertinent: je suis un homme conscient de lui-même et amoureux de l’Autre; je suis un Français nourri à des principes singuliers de vérité et de beauté ; je suis un juif sépharade porteur d’une histoire et d’une mémoire singulières forgées en Espagne et surtout au Maghreb. On n’est pas un juif, un musulman ou un catholique, on appartient seulement, par un hasard heureux ou non,  à un groupe qui partage certaines croyances, certaines habitudes culturelles, certains rituels. Cette appartenance religieuse ne doit en aucune façon pervertir la liberté intellectuelle de chacun de nous. Elle ne définit pas notre identité. La distinction entre appartenance ( x   E ) et identité (x=E) m’apparaît ainsi  aujourd’hui absolument essentielle . C’est elle en effet qui permet de mener nos  analyses avec rigueur, d’affirmer nos convictions  avec fermeté, et donc  d’exercer notre libre jugement  sans pour autant trahir notre communauté  ou avoir honte de nos racines.  Une appartenance ne se nie pas, mais elle ne nous définit pas
Un citoyen français juif, musulman, catholique ou athée doit analyser avec objectivité, profondeur historique et humanisme quelque situation sociale ou politique que ce soit dans toute sa complexité. Il doit  refuser que quiconque, au nom d’une appartenance religieuse commune, vienne lui  imposer une vision tronquée et stéréotypée. En bref, être  Français n’interdit pas une appartenance culturelle ou religieuse à la condition non négociable qu’elle n’entrave pas notre liberté de penser avec objectivité et rigueur, d’apprendre avec curiosité et  vigilance, de questionner avec audace et respect.
J’appartiens donc à la communauté juive sépharade et j’ai encore le souvenir de mon grand-père concluant sa prière de Pessah par ces mots: «L’année prochaine à Jérusalem!». Faut-il voir dans cette promesse chaque année renouvelée, et jamais tenue, un engagement à quitter un pays qui a fait ce que je suis, pour  émigrer dans un pays qui n’est pas le mien? Un pays dont je n’approuve d’ailleurs  pas certaines décisions politiques tout en défendant sans réserve son droit d’exister dans la paix et la cohabitation régionale. Mon appartenance communautaire devrait-elle décider  de mon lieu de vie et de mon engagement idéologique ou politique? Non, mille fois non! C’est pourquoi l’invitation du Premier ministre israélien m’a profondément choqué. Car, franchement, de quoi donc se mêle ce monsieur? Comment ose-t-il nous inciter à émigrer en Israël en prenant prétexte que des salopards menacent la vie de citoyens français, juifs et non juifs. Cette proposition est indécente! Bien sûr, il n’est pas question de nier le caractère antisémite de certaines incivilités, de certaines agressions et de certains meurtres perpétrés en France et ailleurs. Bien sûr ces attentats ont une résonance particulière dans une communauté qui a subi un holocauste dont la froide organisation, le systématisme, l’ampleur sont encore aujourd’hui dans les mémoires des juifs et j’espère aussi des non juifs. Mais y a-t-il dans notre  pays promulgation de lois excluant les juifs de certaines professions? En dehors de certains membres du Front National, a-t-on entendu en France insultes ou menaces du monde politique? En dehors de quelques négationnistes et humoristes égarés, les intellectuels français se sont-ils laissés embarquer dans une croisade anti-juive? La population française toutes confessions et toutes origines confondues est-elle devenue dans sa majorité antisémite? A toutes ces questions, la réponse est non , non et non! Loin de moi l’idée d’édulcorer l’horreur de la tuerie des juifs du supermarché Cascher; mais vaut-elle plus sur l’échelle de l’indignation que celle des caricaturistes? Non bien sûr! La communauté française, juive et non juive, pleure avec  les mêmes sanglots les caricaturistes de Charlie Hebdo et les clients de Super Cascher car nous reconnaissons qu’ils sont  victimes pour les mêmes raisons de la barbarie terroriste. Dans ces conditions, le temps est à la résistance nationale et non pas à la fuite et à la désertion communautaire.

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