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Tribune

Industrie: La triple opportunité de la chaussure marocaine
Par Abdelmalek Alaoui

Par L'Economiste | Edition N°:4478 Le 09/03/2015 | Partager

Parmi les secteurs à fort potentiel pouvant connaître une dynamique de croissance importante,

Auteur et éditorialiste, Abdelmalek Alaoui est le CEO de Guepard Conseil Group (www.guepardgroup.com), une société de conseil spécialisée en communication d’influence. Il conseille également le  comité exécutif du groupe Mazars Audit & Conseil sur les métiers de la Business Intelligence. Depuis 2012, il préside le think tank AMIE Center (www.amiecenter.org)

l’industrie de la chaussure au Maroc est souvent évoquée -notamment au sein des plans sectoriels-  mais n’a pourtant jamais connu le décollage qui lui était promis afin d’atteindre  l’«âge d’or» que beaucoup lui promettaient.
Un ensemble de raisons endogènes et exogènes expliquent cette sous-performance, parmi lesquelles l’éparpillement des acteurs et le sous-investissement sont le plus souvent avancés. Mais l’on pourrait également citer des facteurs concurrentiels comme le positionnement agressif des économies du sud-est asiatique sur ce secteur depuis le début des années 90.
Or, pour la chaussure marocaine, une bonne nouvelle pour le Maroc est précisément en train d’arriver de Chine. Cette dernière est progressivement en train de délocaliser son industrie de la chaussure du fait du renchérissement du coût du travail de près de 15% par an, dicté par la volonté des pouvoirs publics chinois de créer un marché intérieur  plus vaste et de réduire les inégalités.
A ce titre, plusieurs dizaines de millions d’emplois chinois dans la chaussure seront vraisemblablement délocalisés dans les dix années à venir.
En effet, l’industrie mondiale de la chaussure est l’une de celles qui requièrent le plus de travail manuel, et donc de travailleurs, elle est donc «Labour Intensive», pour emprunter un terme anglo-saxon.
Au fil des années, elle s’est déplacée d’Italie dans les années 60 vers l’Espagne et le Portugal la décennie suivante, avant de se fixer au Brésil, puis inévitablement en Chine, suivant ainsi les salaires les plus bas qu’il lui était donné de trouver.
Or, bien que le coût du travail au Maroc soit aujourd’hui suffisamment bas pour être attractif pour cette industrie, il ne  constitue pas un facteur incitatif suffisant pour générer un flux d’investissement substantiel dans la chaussure et le cuir.
En réalité, le triple atout du Maroc se trouve dans la combinaison de trois facteurs.
Le premier d’entre eux est la proximité avec l’Italie, où se trouve la meilleure expertise mondiale en matière de design et de production de chaussure.
Or, les Italiens comptent parmi les peuples de la planète qui sont  les moins mobiles en matière de travail, selon des statistiques de l’OCDE. Beaucoup d’entre eux ont donc rechigné, voire refusé d’aller travailler en Chine.
Venir au Maroc, à près de trois heures d’avion de leur pays, est une toute autre histoire. Un axe d’expertise avec l’Italie est donc à construire et le Maroc dispose pour cela de tous les atouts nécessaires. Faut-il ici rappeler que l’actuel ambassadeur du Maroc à Rome, Hassan Abouyoub,  est un ancien ministre de l’Industrie et du Commerce, et qu’il possède donc, à ce titre, toutes les qualités requises et la crédibilité nécessaire pour amorcer un tel partenariat?

Plusieurs dizaines de millions d’emplois chinois dans la chaussure seront vraisemblablement délocalisés dans les dix années à venir. Une opportunité pour le Maroc?

Le second atout réside dans la volonté affichée de l’Etat marocain de faire du Royaume le réceptacle des investissements industriels chinois en Afrique du Nord et de l’Ouest,  comme le prévoit le Plan d’accélération industriel (PAI) dévoilé au printemps dernier par le ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique, Moulay Hafid Elalamy.
Outre la création d’un fonds de développement industriel doté de 3 milliards de dirhams par an,  le PAI prévoit en effet le déploiement de zones industrielles dédiées pour les investisseurs chinois et constitue donc le véhicule idoine pour le développement d’une industrie de la chaussure sino-italienne, pour peu que l’on puisse articuler un axe industriel Maroc-Chine-Italie.
Le troisième atout est bien entendu le potentiel important dont dispose le  Maroc en matière de disponibilité de  l’amont de l’industrie de la chaussure, à savoir la matière première indispensable qu’est le cuir. Dans ce domaine, beaucoup peut être fait car la déperdition est immense. Fait amusant s’il n’était pas regrettable:  les peaux de bêtes issues du sacrifice de l’Aïd El Kébir, à elles seules, constitueraient près de 40% de la consommation annuelle de cuir au Maroc, si elles venaient à faire l’objet d’une collecte professionnelle par des entreprises spécialisées…
Du point de vue de la profondeur du marché, l’on peut également ajouter que le projet économique du Maroc en Afrique constitue à lui tout seul un prétexte suffisant pour ouvrir sans attendre cette brèche et mettre le secteur sur le chemin de la croissance rapide.
Pour saisir cette triple opportunité, il est enfin nécessaire qu’un plan spécifique soit mis en place à court terme, si l’on souhaite que l’industrie de la chaussure marocaine puisse, enfin… marcher sur ses deux pieds.

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