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Santé: L’inquiétant diagnostic du CESE

Par L'Economiste | Edition N°:4168 Le 10/12/2013 | Partager
Un rapport élaboré suite à une demande d’avis du chef du gouvernement
L’omniprésence de l’Etat, les problèmes de gouvernance et les inégalités liées au genre, pointés du doigt
Hakima Himmich: «La marge des pharmaciens au Maroc est l’une des plus élevées au monde»!

Suite à une demande d’avis du chef du gouvernement, le Conseil économique, social et environnemental (CESE), s’est penché sur la situation d’accès des citoyens aux services de santé.
L’objectif est de «déterminer les leviers sur lesquels agir pour tendre vers l’objectif de la santé pour tous», comme l’a souligné Nizar Baraka, président du Conseil, hier lors d’une conférence de presse. D’autant plus que le droit à la santé figure parmi les droits fondamentaux prévus par la Constitution. L’originalité de l’approche du CESE tient au fait que le rapport élaboré place la problématique de l’accès à la santé dans une dimension économique et sociale. Car, «la santé d’une personne est fortement liée à sa condition socio-économique», a souligné Hakima Himmich, membre de la commission des affaires sociales, qui a planché sur ce rapport. Globalement, il ressort du diagnostic effectué par le CESE que «le secteur public est prédominant dans l’organisation de l’offre des soins de santé de base», a expliqué Himmich. En effet, «l’Etat se situe au cœur de ce système, cumulant les fonctions de financement, de prestation des soins et d’administration», a-t-elle indiqué.
Les experts du Conseil de Baraka ont estimé que «ce système a atteint ses limites. Car, la logique d’intervention de l’Etat, fondée sur la construction d’établissements dans quasiment toutes les communes rurales, sans tenir compte du manque des ressources humaines et matérielles, couplé à l’absence d’une carte sanitaire nationale, a conduit à la situation actuelle. Celle-ci est marquée par la fermeture de 143 centres de santé, qui s’ajoutent à d’autres très peu fréquentés». Le rapport du CESE souligne le développement de l’offre privée mais déplore que l’essentiel soit concentré dans les grandes villes. Les experts du Conseil ont également relevé une série de maux, qui plombent l’efficacité du secteur. Il s’agit notamment de la pénurie en personnel soignant couplée à une grande disparité dans sa répartition. Ce qui se traduit par «la difficulté d’accès aux soins de base pour près de 24% de la population, d’un point de vue géographique». Des critiques ont également porté sur la gestion du Ramed, qui n’arrive pas encore à réaliser les objectifs escomptés. D’autant plus que la nécessité d’un certificat de résidence pour obtenir la carte du Ramed prive certaines catégories vulnérables, comme les sans domicile fixe, d’accéder aux soins de santé.
Hakima Himmich a aussi rappelé que beaucoup de médecins refusent de travailler dans des zones reculées. D’où «la nécessité de mettre en place une approche régionalisée de la gestion des ressources humaines». Selon elle, «les séances d’écoute des professionnels ont montré que le personnel le plus dévoué est généralement originaire de la même région». Un constat confirmé par Jawad Chouaib, membre de la commission des affaires sociales, qui a mis l’accent sur «la motivation et la qualité du personnel». Cela renvoie à la problématique de la gouvernance du système de santé de base, qui reste fortement centralisée. «La création de directions régionales, ayant un rôle de coordination et de planification stratégique, ne s’est pas accompagnée d’un transfert des moyens et des compétences», est-il indiqué.
Parallèlement, «la collaboration intersectorielle, qui est indispensable pour agir sur les déterminants sociaux de la santé, souffre d’un manque de coordination des politiques publiques». D’autant plus que le déploiement efficace de certains plans sectoriels peut favoriser la réduction des phénomènes médicaux. C’est le cas notamment des inégalités liées au genre. Ainsi, «les grossesses chez les adolescentes, principale cause de décès chez les filles de 15 à 19 ans, et les avortements en milieu non médicalisé sont des facteurs importants de mortalité maternelle», a expliqué Himmich, qui a appelé à un débat national autour de la problématique d’avortement.
Par ailleurs, si les experts du CESE ont salué les efforts menés pour l’éradication des maladies transmissibles, ils ont néanmoins déploré l’augmentation des cas des maladies chroniques comme le diabète, l’obésité, les pathologies cardiovasculaires… qui constituent 75% des causes de décès. Et puisqu’il n’y a pas d’accès généralisé à la santé, sans une baisse des prix des médicaments, le rapport du CESE a insisté sur la nécessité d’une réforme globale du système. Hakima Himmich a estimé que «la marge des pharmaciens est l’une des plus élevées au monde».

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Si le CESE reconnaît «la difficulté d’accès équitable à des soins de base de qualité, en raison des nombreuses contraintes qui pèsent sur le secteur», comme l’a noté Jawad Chouaib, le rapport adressé au chef du gouvernement propose quelques pistes de réforme. Celles-ci «doivent être prises dans leur globalité, dans la mesure où les problèmes sont fortement reliés», a indiqué Chouaib. Il s’agit notamment de l’amélioration de l’accès aux soins de base, à travers la réorganisation du réseau des centres de santé. Cela devra passer par la mise en place d’une carte sanitaire nationale, prévue par la loi 34-09. A cela s’ajoute le renforcement de la couverture, via une stratégie sanitaire mobile, adaptée aux spécificités géographiques locales.
Parallèlement, le Conseil a recommandé l’amélioration de l’accès aux médicaments, à travers une nouvelle politique globale, et l’encouragement des génériques. Il s’agit également d’investir massivement dans le développement des RH, et dans la lutte contre la corruption, très élevée dans le secteur.

Mohamed Ali MRABI

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