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Culture

«Les amants de Fès«
27e et dernier épisode: Une union désavouée

Par L'Economiste | Edition N°:2360 Le 13/09/2006 | Partager

Résumé: Soussane Benabed apprend qu’elle a hérité d’une maison à Lyon de son grand-père décédé, François Duvet. Mais elle ne lui pardonne pas de l’avoir abandonnée lorsqu’elle était enfant. Elle refuse donc l’héritage et préfère en faire don à son oncle Abdelmalek plus dans le besoin. Jaâfar toujours à Tanger commence à se sentir un peu seul.Après plusieurs mois d’études, Jaâfar n’arrivait toujours pas à se faire à sa solitude à Tanger. Il avait quitté famille et amis pour se réfugier dans l’apprentissage du français. Certes, il avait fait des progrès remarquables, mais la vie familiale lui manquait même s’il recevait des nouvelles de ses parents régulièrement. Il se retrouvait souvent seul dans sa chambre et finissait presque toujours ses soirées enfoui dans ses livres. Il lui arrivait même de dormir sur ses cahiers ouverts jusqu’au matin.Il fit la connaissance d’Abraham, le frère de Si Abdallah, qui était venu d’Espagne après avoir appris la conversion à l’islam de ce dernier. Il voulait s’assurer de la véracité de l’information.Jeune homme, Abraham avait quitté le Maroc pour s’installer en Espagne à Cordoue chez un cousin dont il épousa la fille. Il était professeur de mathématiques à l’université et jouissait d’une grande réputation dans les cercles d’hommes cultivés. Après s’être pris de sympathie l’un pour l’autre, Abraham invita Jaâfar à Cordoue pour y faire un séjour culturel. Il lui parla de l’Espagne musulmane du VIIIe au XVe siècles où la renommée scientifique des musulmans s’était répandue en Occident et attirait les esprits d’élite vers l’Andalousie. Cordoue avait donné d’illustres représentants à la magistrature et à la théologie comme la famille lbn Rochd.. Coup de bâtonJaâfar écoutait Abraham avec émoi, rêvant de cette effervescence culturelle, où la course au savoir fit de cette époque une des plus glorieuses de l’histoire de la civilisation musulmane.Un soir, Si Abdallah invita Jaâfar à partager son repas, une skkina qu’avait soigneusement préparée sa femme. Abraham avait reporté son voyage à Cordoue, car il voulait rester encore un peu au Maroc. Il trouvait le temps agréable en ce début d’été, et certainement était-il mélancolique à l’idée de repartir en Espagne et quitter son frère pour on ne sait combien de temps. Le repas était copieux et Abraham proposa de faire goûter à Jaâfar un peu d’eau-de-vie préparée par ses soins. D’abord ce dernier refusa, puis accepta devant l’insistance d’Abraham lorsque Si Abdallah quitta le salon.Après le dîner, les deux frères se proposèrent de raccompagner un bout de chemin leur hôte, afin de se dégourdir les jambes. Mais celui-ci refusa en les remerciant et préféra rentrer seul. Depuis le temps qu’il empruntait ces venelles de la médina, il croyait qu’il n’avait rien à craindre. Il marchait tranquillement lorsqu’à hauteur de la maison de Si Abdelhamid, il fut victime d’une agression. Deux hommes, qui après l’avoir assommé d’un coup de bâton, le dépouillèrent de ses affaires et le laissèrent étendu par terre avec son saroual pour seul vêtement.Quelques minutes plus tard, Jaâfar se releva en titubant, essuya d’un revers de main le sang qui coulait sur son front et alla frapper à la porte de Si Abdelhamid. Ce dernier s’apprêtait à dormir quand on vint le prévenir.Il était vraiment désolé et lui prodigua les soins nécessaires tout en lui conseillant de ne plus s’attarder la nuit. Ce soir-là, Jaâfar était mis en gaieté par l’eau-de-vie que lui a offerte Abraham et riait de ce qui venait de lui arriver. Si Abdelhamid l’avait remarqué et profita pour lui conseiller de se marier afin d’éviter les mauvaises fréquentations.- Ne m’en voulez pas si je me suis permis de vous parler ainsi, dit-il, car je vous considère comme mon propre fils.Il finit de lui poser un bandage sur le front, et reprit:-Vous dormirez ici, et n’essayez pas de vous sauver, hein! On vous apportera un vêtement propre.- Merci Si Abdelhamid, je ne saurais comment vous remercier, dit Jaâfar confus- Non ne me remerciez pas, heureusement que la blessure n’est pas profonde. Remerciez plutôt le bon Dieu. Allez, passez une bonne nuit! - Nous prendrons le petit-déjeuner ensemble demain matin inchae Allah!. Plus belle nuit de sa vieQuelques instants plus tard, il lui fit porter une farajia par Yacout, la fille de sa vieille esclave noire Damia. Quand elle entra dans la kobba, le vêtement sur le bras, Jaâfar était encore assis torse nu. Il posa son regard sur la jeune fille dont le visage aux traits parfaitement dessinés s’éclaircit sous la lumière des bougies. Son corps bien moulé, sa peau et sa chevelure d’un noir ébène ne le laissèrent pas indifférent.Elle lui tendit la farajia en s’agenouillant avec un sourire et s’apprêta à se relever quand Jaâfar, sans s’en rendre compte, lui prit la main et l’invita à s’asseoir auprès de lui. Cela faisait longtemps qu’il ne s’était pas intéressé à une femme. La conjonction de plusieurs facteurs l’avait rendu vulnérable et il succomba rapidement à ses charmes et la désira de tout son être. Du côté de Yacout, il ne rencontra aucune résistance et passa la plus belle nuit de sa vie.Avant l’aube, quand Yacout se leva pour quitter la chambre, Jaâfar était déjà réveillé et passait en revue les événements de la veille, méprisant son comportement, car il se sentait coupable d’avoir abusé d’elle. Bientôt l’idée de se racheter hanta son esprit. Il se rendit compte qu’il avait besoin d’une femme et pourquoi ne pas faire les choses dans les règles. Il pensa donc à ce que lui avait dit Si Abdehamid.- Oui, pourquoi pas elle? se disait-il. Il demanderait sa main le lendemain.Quand Si Abdelhamid apprit que Jaâfar voulait épouser Yacout, il n’en revenait pas. Il était vraiment surpris. Certes, le jeune homme avait suivi son conseil de la veille, mais son choix l’avait offusqué. Il aurait pu quand même choisir d’épouser une de ses petites-filles, se disait-il. C’était un jeune homme qu’il appréciait particulièrement et il était vraiment embarrassé par cette demande en mariage.- Mais, qu’en penserait votre père? demanda Si Abdelhamid un peu vexé.- Oh, je crois qu’il n’apprécierait guère, mais vous aviez raison la vie en solitaire est très pénible. Heureusement que vous me l’avez rappelé car le mariage, je l’avais presque oublié. DilemmeSi Abdelhamid avait peur de compromettre son amitié avec I’hadj Mekki. Jaâfar le plaça devant un dilemme, mais il promit d’y réfléchir. Il prit tout son temps et décida finalement de donner à Yacout sa chance. Jaâfar était impatient de connaître la réponse, quand Si Abdelhamid le fit appeler chez lui. Après deux semaines d’attente, leurs noces furent célébrées dans la plus stricte intimité.Le petit ventre de Yacout gonflait au fur et à mesure que les mois passaient. Jaâfar se faisait de plus en plus pressant pour obtenir plus d’argent de son père qui se doutait de quelque chose. L’hadj Mekki décida alors de se rendre à Tanger voir son fils et, en même temps, s’occuper de l’héritage de Soussane.Jaâfar était heureux de revoir son père après une longue absence. Mais il redoutait sa réaction quant à son mariage. La politique du fait accompli, ce n’est pas ce qu’il appréciait.- Bienvenue! J’espère que tu as prévu de rester quelques semaines avec nous, s’exclama Jaâfar en accueillant son père.- J’aimerais bien me reposer moi aussi, mais les responsabilités ne vous laissent pas souffler. Il regarda autour de lui et scruta des yeux le Riad qu’avait acheté feu son père I’hadj Abed.- Oh, que de souvenirs dans ces lieux! C’était son nid d’amour. Que Dieu ait son âme, soupira-t-il.- Nous étions inquiets à ton sujet, reprit Jaâfar, car nous t’attendions déjà hier.- Oui effectivement, je suis arrivé hier. j’ai rendu visite à Si Abdelhamid qui m’a retenu pour la nuit. Nous n’avons pas fermé l’œil, évoquant nos vieux souvenirs. Nous étions heureux de nous retrouver après une si longue absence. Il m’a parlé de ses enfants et en particulier de sa petite-fille Kenza qu’il affectionne beaucoup.Il se tut un instant afin de reprendre son souffle. Il ajouta:- Dis-moi, n’as-tu pas assez de vivre en solitaire dans cette grande maison Il va falloir penser à enterrer ta vie de célibataire, qu’en penses-tu?Jaâfar était sûr que son père ignorait son mariage avec Yacout. Si Abdelhamid en homme discret ne lui avait rien dit. Alors, sans plus tarder, il saisit l’occasion pour l’informer le premier.- Eh bien... je ne te l’avais pas encore dit, mais ça y est, je me suis marié. Je voulais te faire la surprise.- Marié? s’exclama l’hadj, les yeux écarquillés.Il était déçu. Son fils aurait pu quand même le prévenir, se dit-il.Quand sa bru lui fut présentée, il ne se rendit pas compte que cette dernière était enceinte. Il la salua en essayant de cacher son malaise, puis proposa à Jaâfar de l’accompagner dans la kobba pour s’asseoir, prétextant la fatigue du voyage.Quand ils furent loin de Yacout, l’hadj Mekki lança avec un rire nerveux.- Alors c’est ça ta surprise, ç’en est une grosse effectivement!Jaâfar se tut, l’hadj continua- Si tu souhaitais te marier, pourquoi ne m’en avais-tu pas parlé? Je t’aurais choisi au moins une fille de ton rang. J’ai vraiment honte de ton comportement! Que diront les gens? Après un moment de silence, je n’accepterais pas le fait accompli, aussi je te demande de la répudier et personne n’en saura jamais rien.- La répudier dit Jaâfar hors de lui! Mais pourquoi? Qu’as-tu à lui reprocher, sa couleur, son rang?- Oui, précisément, dit-il en se levant et en se dirigeant vers la porte.- Mais où va-tu père, dit Jaâfar en essayant de le retenir.- Tiens, dit-il en se retournant vers son fils, j’ai une idée, je vais t’aider à réparer ton acte irréfléchi. Rejoins-moi chez Si Abdelhamid cet après-midi. Deux adouls écriront l’acte de répudiation de Yacout. Nous discuterons des formalités de ton futur mariage avec Kenza. Je vais de ce pas en parler à son grand-père. Il ne te refusera pas la main de sa petite-fille.- D’accord !... que feras-tu de ton petit-fils?- Quoi mon petit-fils?- Ou ta petite-fille qui va naître, car Yacout est sur le point d’accoucher.- Accoucher?

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