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Israël: Entre peur et puissance militaire
Par Lahouari ADDI

Par L'Economiste | Edition N°:2360 Le 13/09/2006 | Partager

Lahouari Addi est professeur de sociologie à l’Institut d’études politiques de LyonQu’est-ce qui a poussé Israël à déclencher une guerre aussi atroce contre le Liban, n’hésitant pas à bombarder des populations civiles et à détruire des infrastructures à une si grande échelle? La libération des deux soldats enlevés par le Hezbollah était-elle la cause réelle de cette agression, dans une région où l’échange de prisonniers est une coutume? . Question gênanteL’armée israélienne a perdu beaucoup d’hommes, comme jamais auparavant, elle qui était habituée à remporter des victoires avec le minimum de pertes. Certes, les dirigeants israéliens pourraient dire, pour se disculper, qu’ils ne s’attendaient pas à un tel degré de combativité de la part des militants du Hezbollah. A cette objection, les journaux de Tel-Aviv opposent une question gênante: à quoi servent les services de renseignement militaires, s’ils sont incapables de renseigner sur les capacités offensives et défensives de l’adversaire? Mais cette guerre ne s’explique pas par une mauvaise appréciation du rapport de force ou par une erreur stratégique de généraux trop confiants en leurs troupes. L’agression contre le Liban a répondu à une inquiétude profonde, à une angoisse existentielle suite aux changements géopolitiques dans la région. Jusqu’à présent, Israël a assuré sa sécurité grâce à la supériorité de son armée qui a toujours défait les pays arabes voisins, avec l’idée que si jamais la guerre classique tourne en sa défaveur, il fera recours à l’arme nucléaire. La sécurité de l’Etat hébreu était assurée à un double niveau: la supériorité de son armée conventionnelle d’une part, et la dissuasion nucléaire d’autre part. Les stratèges laissaient entendre que si les armées arabes prenaient l’avantage avec les armes conventionnelles, ils utiliseraient la bombe nucléaire. C’est ce qui a fait plier l’Egypte qui, estimant impossible une victoire militaire, a engagé des pourparlers de paix pour arracher ce que les Israéliens accepteront de donner. Convaincu de l’impossibilité d’une victoire militaire, Anouar el-Sadate avait capitulé à Camp David, exigeant seulement la restitution du Sinaï, alors qu’il aurait pu arracher par la négociation la création d’un Etat palestinien. En contrepartie de sa modération extrême, les Américains versent à l’Egypte une rente annuelle de trois milliards de dollars. L’irruption de l’Iran, se déclarant partie prenante du conflit en soutenant publiquement les Palestiniens et la résistance libanaise, va changer l’équilibre géopolitique en ramenant Israël à sa peur existentielle des années 1950 quand le nationalisme arabe était à son apogée. C’est que l’Iran ne remplace pas seulement la défection de l’Egypte; elle a la prétention de mettre fin au monopole nucléaire israélien dans la région. Si la république islamique accède au club fermé des puissances nucléaires, les guerres classiques qui ont jusque-là assuré l’existence d’Israël prendront fin. De par ses spécificités et ses conséquences incalculables, le nucléaire rend en effet obsolètes les conflits avec des armes conventionnelles. Les puissances nucléaires sont obligées de ne pas recourir à la guerre, sinon ce serait pour la dernière fois. Il ne leur reste que la guerre froide, car comme l’a bien vu Raymond Aron, avec l’arme atomique, la paix est impossible et la guerre improbable. Or Israël ne survivrait pas à cette situation car, pour exister, ce pays a besoin de montrer sa force et de l’utiliser. . Phobie existentielleN’ayant pas réussi à entraîner les USA à envahir l’Iran -l’amitié a ses limites-, Israël s’est alors appliqué à punir le Liban pour neutraliser définitivement ce qu’il considère être une organisation militaire iranienne à sa frontière. L’objectif était de faire peur aux populations civiles pour les inciter à rejeter le Hezbollah et à le faire disparaître du champ politique libanais. Et surtout de couper le Liban de l’Iran, devenu un vrai cauchemar pour Israël. Evidemment, les dirigeants israéliens savent que l’Iran n’utiliserait pas l’arme nucléaire en solidarité avec le Hezbollah. Ce qui les inquiète plutôt, c’est que l’Arabie saoudite, en compétition idéologique avec Téhéran, cherchera à se doter de l’arme nucléaire, ouvrant la voie à l’Egypte. Ces pays reconnaissent certes le droit à Israël d’exister, mais ils ne sont pas à l’abri de coups d’Etat qui porteraient au pouvoir des militaires en accord avec les opinions publiques arabes. Israël est un Etat fragile malgré le soutien de l’Occident, et sa fragilité s’exprime dans la peur existentielle de sa population, rongée par le doute sur le bien-fondé du projet sioniste. Son origine coloniale le pousse à assurer son existence par la répression et à coller aux rapports de force mondiaux. C’est un Etat qui essaye de surmonter sa peur par un excès de puissance militaire qui deviendra bientôt inutile avec la prolifération nucléaire dans la région. L’Etat hébreu a raté le coche avec les accords d’Oslo qui lui assuraient une coexistence avec ses voisins. Ses dirigeants ont préféré s’appuyer sur les Etats-Unis pour semer la terreur parmi les Palestiniens et les Libanais. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est le soutien inconditionnel de l’Amérique qui fragilise Israël dont le futur à long terme est sérieusement compromis.


Oslo, pour quoi faire exactement?

La position du Caire avait fini par être acceptée par les Palestiniens qui s’étaient engagés eux aussi à reconnaître Israël lors des accords d’Oslo. Ils signifient que, pour la première fois dans sa courte histoire, Israël était reconnu comme Etat par ses adversaires de toujours, lesquels renonçaient officiellement à sa destruction. Au lieu de renforcer la paix, les accords d’Oslo ont excité les courants belliqueux israéliens qui n’en voulaient pas, s’adonnant à la surenchère et trouvant chez les néoconservateurs américains un soutien inconditionnel. Depuis l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, le conflit israélo-palestinien est marqué par l’intransigeance de l’Etat hébreu qui refuse la formule «les territoires en échange de la paix». Des Arabes désunis, affaiblis par des régimes corrompus et menacés par des contestations internes, tel est le contexte dans lequel les courants de droite et d’extrême droite se font de la surenchère en humiliant toujours plus des Palestiniens qui avaient pourtant accepté de coexister avec leurs adversaires de toujours.

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