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Gouvernement-diplômés chômeurs
Un accord «révolution»?!
Par Farid ELBACHA, professeur universitaire

Par L'Economiste | Edition N°:2360 Le 13/09/2006 | Partager

UN accord a été récemment signé entre le gouvernement et les représentants de groupes de diplômés chômeurs. Les termes de cet accord, tels que rapportés par la presse, semblent clairs: le gouvernement s’engage à intégrer 865 diplômés chômeurs, qui, de leur côté, s’engagent à «mettre fin à toute forme de protestation ou de manifestation». C’est le premier accord du genre dans l’histoire sociale et politique du Maroc et un accord probablement unique en son genre à travers le monde. Un gouvernement promet un traitement privilégié d’une catégorie de la population en quête d’emploi et exige d’elle, en contrepartie, des limitations à sa liberté d’expression. On a pu voir, dans cet accord inédit, une tentative de l’Etat de «couper l’herbe sous le pied des formations politiques et de régler un problème qui risquait d’être récupéré par certains partis et syndicats à l’approche des élections». On peut y voir une atteinte au droit constitutionnel garantissant l’égal accès de tous les citoyens, dans les mêmes conditions, aux fonctions et emplois publics. Un accord bilatéral ne pouvant apporter de limitations au principe d’égalité, consacré par la Loi suprême. Ce qu’une loi a pu faire, seule une autre loi peut le défaire! Sur quel fondement juridique procéder a-t-on à cette «intégration dans la fonction publique… suivant une approche préférentielle pour les diplômés chômeurs» ?!Pourquoi privilégier certains demandeurs d’emploi au détriment d’autres? Que répondre aux nouveaux venus sur le marché du travail? On peut y voir de même un accord déséquilibré, exploitant la situation d’une population de chômeurs affaiblie par des années d’isolement, de répression, de frustrations, de promesses non tenues… Beaucoup ne comprendront pas comment un gouvernement, qui ne cesse d’afficher haut et fort son attachement aux droits de l’Homme et aux libertés collectives, espère et souhaite une paix sociale au détriment de la liberté d’expression reconnue, sous toutes ses formes, par la Constitution du Royaume…La convention peut également être perçue comme un accord porteur de grands dangers, rien ne garantissant les engagements du gouvernement qui dépendent en partie de l’implication du secteur privé et des milieux patronaux. Ces derniers ont toujours marqué une large indifférence à l’égard de l’insertion des jeunes, accordant la priorité aux gains de productivité et à la recherche de profits. Des engagements également tributaires d’un système d’intermédiation (Anapec) peu performant… Les possibilités d’auto-insertion sont, quant à elles, grandement limitées, tant demeurent nombreuses les entraves à la liberté d’entreprendre et à la création d’entreprise! La volonté du gouvernement est nécessaire mais insuffisante…Qualifiant l’évènement de véritable «révolution», certains y ont vu un signe de maturité des diplômés chômeurs qui ont finalement compris que l’on ne pouvait pas éternellement se contenter de revendiquer l’emploi dans la seule fonction publique…Maturité des diplômés chômeurs, peut-être... Maturité du gouvernement, aussi. Depuis le début des années 1990, se cantonnant dans une position sécuritaire, le gouvernement a toujours répondu par l’indifférence et par des formes souvent brutales de dispersion du mouvement des diplômés chômeurs… A quelques exceptions près, les syndicats et les partis se sont également toujours cantonnés à une «solidarité de principe». En s’engageant aujourd’hui solennellement avec les groupes des représentants des diplômés chômeurs et en allant jusqu’à s’engager dans des accords largement médiatisés, le gouvernement affiche sa volonté de rompre avec la logique répressive, sécuritaire et de défiance au profit d’une logique de confiance, de dialogue et de reconnaissance... C’est probablement l’une des grandes avancées du dossier.Les chômeurs doivent en effet être accompagnés dans leurs initiatives vers l’emploi. Les chômeurs ne doivent ni rester seuls -car la solitude éloigne de l’emploi et aggrave le chômage-, ni constituer des structures informelles -où, comme on a malheureusement pu le constater, toutes les dérives sont possibles- mais plutôt participer en tant qu’acteurs à leur réintégration dans la vie économique et sociale. Dans cet esprit, Il est impératif que les chômeurs aient de plus grandes possibilités d’expression. Il faut rompre l’isolement et le silence. Dépendants d’un service public de l’emploi en crise, ils n’ont pas, en tant que salariés, de procédés institutionnalisés d’expression. Il faut trouver un relais, une forme de globalisation de l’expression, bref: un ou des mécanismes appropriés de représentation des demandeurs d’emploi dans la société. Toute solution, qui viserait à réduire les demandeurs d’emploi au silence ou à entraver ou limiter les formes d’expression légitimes, risque de conduire à des dérives. C’est la nature de la démocratie moderne ainsi que le rôle de l’Etat qui sont en jeu. Comment faire en sorte que les minorités ne soient pas oubliées par la majorité?...Le «droit au travail», fondement de la revendication des diplômés chômeurs et qui a abouti à la conclusion de l’accord, en sort également renforcé. Nombreux sont ceux qui pensaient -et pensent peut-être encore- que le droit au travail, appartenant à la catégorie des droits humains de la deuxième génération, -droits économiques et sociaux- ne constitue pas un «droit de l’Homme authentique». Que les Constitutions ou les Déclarations proclament le droit au travail, des millions de chômeurs n’en sont pas plus avancés. Il s’agit davantage de bonnes intentions, de vœux pieux que de véritables obligations pesant sur l’Etat.Ainsi, malgré la consécration du droit au travail, le chômage n’est pas perçu comme une violation des droits de l’Homme, de sorte que, lorsqu’on parle de violation des droits humains, il s’agit toujours d’atteintes aux libertés fondamentales et non pas du non-respect des droits économiques et sociaux. Cette approche est aujourd’hui largement dépassée. Elle montre que la conception initiale exclusivement attachée aux libertés fondamentales et aux droits civils et politiques continue de dominer la représentation sociale des droits de l’Homme. Quelle que soit la génération à laquelle ils appartiennent, les droits de l’Homme sont indivisibles.En s’obligeant sur la base de revendications fondées sur le «droit au travail», le gouvernement confirme l’importance de ce droit comme source légitime et légale de revendication impliquant des obligations concrètes à la charge de l’Etat.

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