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Culture

Fouad Bellamine: De la monumentalité du geste à la lumière apaisante

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5894 Le 30/11/2020 | Partager
Première rétrospective d’un artiste vivant au MM6
50 ans de carrière, restituant l’intégralité de son parcours artistique, jusqu’aux œuvres les plus récentes
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Une gestuelle nerveuse, traçant arcs, arches et cambrures laissant percevoir des percées de lumières, évoquant encore une fois, la ville natale de l’artiste (Ph. FNM)

S'offrir une rétrospective dans un musée national est pour un artiste vivant, un honneur rare, réservé aux plus grands. Un hasard de calendrier a voulu que celle que consacre le Musée d’art moderne et contemporain Mohammed VI (MM6) à l’artiste peintre Fouad Bellamine, coïncide avec une autre exposition dédiée au premier peintre à avoir libéré le geste pictural en osant l'abstraction, Jilali Gharbaoui. Un artiste dont Bellamine est un fin connaisseur et grand admirateur et auquel il rend hommage par un magnifique diptyque reprenant la stèle dédiée à l’artiste, dont la tombe a été récemment identifiée.

Retraçant 50 ans de création, la rétrospective «Entrée en matière» regroupe une centaine d’œuvres essentielles provenant de musées internationaux et de collections particulières restituant l’intégralité de son parcours artistique, jusqu’aux œuvres les plus récentes. Un circuit chronologique, en six sections, permet au visiteur de parcourir les différentes étapes de création à travers un cheminement où l’on peut croiser les sentiers de traverse empruntés par l’artiste, ses digressions, les tableaux charnières des périodes constitutives de sa trajectoire.

La scénographie, enchevêtrée et dédaléenne évoque sans conteste la médina de Fès, ville natale de l’artiste, pour aboutir à une installation immersive où le spectateur se retrouve dans une chapelle où le gris omniprésent et lumineux laisse place à de sublimes nuances de rose irradiant. Nous passerons rapidement sur les œuvres de jeunesse, réalisées par l’artiste dans les années 70 caractérisées par des petits et moyens formats à la gestuelle discrète et à l’expression minimaliste pour nous attarder sur sa période parisienne dans les années 80, où l’expression architecturale prend sens. 

Une gestuelle nerveuse, traçant arcs, arches et cambrures laissant percevoir des percées de lumières, évoquant encore une fois, la ville natale de l’artiste. Des formes d’architecture qui donneront plus tard, chez Bellamine la courbe qu’il va décliner sous toutes les coutures, du croissant jusqu’au dôme. Associés au parallélépipède, apparu dans les années 90, avec les «Tables de Dieu», ces mêmes éléments vont donner cette forme architecturale que les critiques vont s’empresser de qualifier de «marabout».

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«Quand je peins je ne pense pas au marabout, sinon je mettrais un petit palmier et le cactus qui va avec !»  confie l’artiste, à Latifa Serghini dans le livre d’entretien qui accompagne la rétrospective, paru aux éditions Studiolo. (Ph. FNM)

Pourtant le motif qui ne fait partie d’aucune aventure figurative ni symbolique, bien que reflétant pour l’artiste une quête d’élévation, de silence et de lumière, n’est que prétexte à la peinture qui convoque la spiritualité de l’artiste. «Quand je peins je ne pense pas au marabout, sinon je mettrais un petit palmier et le cactus qui va avec!»  confie l’artiste, non sans humour, à Latifa Serghini dans le livre d’entretien qui accompagne la rétrospective.

«En fait, c’est une marque picturale, un motif, et non une aspérité identitaire de ma culture d’origine. Ce motif est né d’une progression qui a duré des années» précise Bellamine. Après une période «d’impressionnisme fougueux» Fouad Bellamine rentre à partir de 2007 dans une phase d’apaisement donnant naissance à une série d’œuvres minimales sous forme de monochromes à peine compromise, d’où se devine des «paysages abstraits», comme il le défini lui-même. Préférant parler de «non-figuration» plutôt que d’abstraction, l’artiste se joue des formes pour atteindre l’immatérialité comme un gage d’une spiritualité très perceptible.

De ses travaux récents, la maîtrise de la lumière est magistrale. «De ses peintures et photo/peintures, il procède par accumulation, superposition et recouvrement qui cernent au fur et à mesure le «vide» central, il étale la peinture couches sur couches, voile et re-voile par des «textures liquides», il dit forcer «la réversibilité du temps et de l’espace»: construire «un espace avec du temps par la peinture» expliquera Pascale Le Thorel dans le livre qu’il a consacré à Bellamine aux éditions Skira (2013).

                                                                        

Plongée dans une conversation intime

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C'est à une intrusion, bien volontaire, chargée de souvenirs, d’émotions et de vérité, dans l’univers d’un des artistes les plus respectés de la scène marocaine que nous convie l’écrivaine Latifa Serghini. Dans «Entretiens» son dernier ouvrage, paru aux éditions Studiolo, Serghini a recueilli sur une période de deux ans, les confidences de Fouad Bellamine. Un jeu de questions/réponses qui amène l’artiste à s’abandonner en toute sincérité et à nous livrer son histoire, ses rencontres, son parcours, ses émois…L’autrice a tenu à «restituer la parole au peintre», dit-elle, tant la bibliographie «riche sur l’artiste, émanant de critiques prestigieux et de journalistes,… peut nous donner l’illusion d’accéder à une certaine compréhension de l’artiste et de son œuvre». Du propre aveu de Latifa Serghini, l’ordre des questions et des réponses a été volontairement modifié pour favoriser la fluidité et l’intelligibilité des propos. Des propos, qui dévoilent au fil de l’entretien, une personnalité singulière, complexe. Un personnage, qui bien qu’enfermé dans une image, un cliché, reste très ouvert sur le monde, extrêmement généreux dans sa peinture, passionné par la transmission tout en restant sans complaisance vis-à-vis de ses pairs. Le livret, de quelque 150 pages, se lit d’un trait, comme un accès privilégié, à une conversation intime.

                                                                        

Artiste, critique, curateur, passeur… une carrière multiple

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Fouad Bellamine est né en 1950 à Fès. En 1967, il intègre l'École des Arts Appliqués de Casablanca. Il expose pour la première fois en 1972 à la galerie «la Découverte» à Rabat tout en enseignant les arts plastiques. Sa première exposition à Paris en 1980 est saluée par les critiques d'art. En 1982, il est invité à la 12ème Biennale de Paris. Il s’installe dans la capitale française, obtient un DEA en arts plastiques à l’université de Paris VIII et prépare une thèse sur le concept de muralité dans la peinture contemporaine. En 1987, il est chargé de cours à Paris VIII, parallèlement à sa fonction, il expose en France (dans la galerie Nikki Marquardt à Paris) et à l’étranger. A son retour à Rabat, en 1989, après avoir enseigné au Centre pédagogique régional, il se consacre à la peinture et organise en tant que commissaire plusieurs expositions d’art contemporain. Il a participé à de nombreuses expositions collectives, tandis que son travail a fait l’objet de nombreuses publications et expositions personnelles à travers le monde. Ses œuvres sont également présentes dans de nombreuses collections institutionnelles et privées, dont l’Institut du Monde Arabe, Paris, le Parlement Marocain, Rabat, le Fonds National d’Art Contemporain, Paris ; le ministère de la Culture du Maroc. Il vit et travaille à Paris et Rabat.

Amine Boushaba

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