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International

A la veille du référendum constitutionnel: Un état des lieux multi-critères

Par Nadia SALAH | Edition N°:5875 Le 30/10/2020 | Partager
Les facteurs de légitimité politique sont peu ancrés
Les moyens financiers restent très importants
Les ambitions régionales et africaines sont de retour

Le 1er novembre, les Algériens sont appelés aux urnes pour dire s’ils approuvent ou non les changements introduits dans la Constitution. Le choix de la date n’est pas fortuit : il correspond à la date fixée pour le démarrage de la guerre d’Indépendance, le 1er novembre 1954. Ce qui est souvent reproché au président Tebboune (qui vient d’être hospitalisé). Il utilise les symboles révolutionnaires pour servir ses intérêts politiques.

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L’omniprésence du drapeau algérien dit que les manifestants se sentent dépositaires de la légitimité nationale et la refusent aux gouvernants. Le 19 février 2020, le président Tebboune a décidé que chaque 20 février (date du démarrage du «Hirak béni») devra «immortaliser le sursaut historique du peuple survenu le 22 février 2019. Ce sera la «Journée nationale de la fraternité et de la cohésion entre le peuple et son armée pour la démocratie». La présence d’un drapeau kabyle vaut à son porteur quelques années de prison (Ph. DR)

Contradiction douloureuse

L’argument porte. D’un côté nos voisins ont besoin de peupler le calendrier de célébrations capables de soutenir un sentiment national. De l’autre, les Algériens ne sont pas naïfs: ils comprennent que souvent le sentiment national accompagne l’accaparement des ressources de leur pays. C’est une contradiction douloureuse, qu’on ne comprend pas toujours à sa juste valeur, au Maroc, vieil empire depuis plus de 1.500 ans. Les deux «génétiques nationales» ne se ressemblent pas du tout. Les principes de souveraineté légitimes ne se ressemblent pas davantage.
L’issue du vote ne fait pas de doute le 1er novembre: seuls les cinq partis se revendiquant clairement comme islamistes marquent leur opposition, par un «non» ou par un boycott.
Pour deux d’entre eux, il est inadmissible que le Tamazight soit une langue nationale, car «elle nuirait à la présence de l’arabe». C’est aussi grave à leurs yeux que la survivance du français.
D’autres partis sont plus embarrassés à donner des consignes de vote. Les commentaires des citoyens sont féroces: les hommes des partis hésitants ne veulent pas perdre leur chance d’être au pouvoir. Phénomène connu aussi de ce côté-ci de la frontière.
De vilaines affaires rendent la vie des politiciens difficiles. Plusieurs hauts dignitaires auraient vendu à leurs propres partisans, les bonnes places sur les listes de candidats. Les juges marocains n’ont pas eu à traiter ce sujet, pourtant finement décrit dans le livre d’Anouar Zyne «Changer le Maroc».
En fait, si le passage du texte constitutionnel ne fait de doute pour personne, le niveau de participation reste l’indicateur de l’intérêt des Algériens pour la vie politique officielle.

Effets incertains

Il n’est pas certain que l’installation d’une nouvelle constitution règle la multitude de conflits politiques entre les partis, au sein des partis et entre les partis et la société civile… Par exemple, au Maroc en 2011, le «Mouvement du 20 février», moderniste au début, puis de plus en plus islamiste, s’est étonnamment dissous. Il s’est trouvé d’une part face à la puissance de la Tarika Boutchichiya et, d’autre part, face à une nouvelle constitution, proposée par le Roi, une constitution si nouvelle qu’elle n’est pas encore complètement occupée par les Marocains.
Chez nos voisins, il n’est pas certain que les deux plus grandes figures politiques du moment, le président et le chef d’état-major, puissent porter sans trop de contestations le nouveau texte. Et parvenir à une nouvelle et surtout légitime distribution des cartes. Or ils sont quasiment les seuls à porter une vision pour l’avenir.
Il est et sera sans doute nécessaire que la répression s’en mêle, comme elle a commencé à le faire.

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L’écart entre le Maroc et l’Algérie, dans l’indice de développement humain, reste très important. La guerre civile de 1992 à 2002 n’a pas ralenti les progrès en matière de santé, d’éducation… Le PIB par tête algérien est de 4.345 dollars, celui du Maroc de 3.077 dollars.  L’écart entre les PIB/tête se resserre lorsque le prix des hydrocarbures baisse. (Sherbrooke University)

Concept kidnappé

Un nouveau concept politique a été fabriqué par Abdelmadjid Tebboune, le «Hirak béni», mêlant la contestation avec la religion. Elu en décembre 2019, juste avant la mort de l’ancien chef d’état-major, le président algérien utilise fréquemment le terme, faisant même une distinction entre le Hirak béni, d’avant son élection, et l’autre mouvement, sous-entendu le mauvais Hirak, après.
Pourtant, l’idée a du mal à prendre racine. Mêmes des journaux du clan présidentiel, l’utilisent peu. Le président a néanmoins décidé que chaque 22 février sera la «Journée nationale de la fraternité et de la cohésion entre le peuple et son armée pour la démocratie». Trois piliers du rêve de légitimité politique seraient ainsi réunis: l’armée, le peuple et l’islam.
La scène politique populaire est occupée par d’autres représentations, parfois à l’opposé de la proposition officielle. En particulier l’élection présidentielle de décembre 2019, où seulement 40% des électeurs s’étaient déplacés. Ce qui nuit à la légitimité de la politique présidentielle.
De même, pour l’opinion publique, en dépit de l’interdiction de manifester, les marches contestataires restent des actions légitimes.
Sur le fond, il y a une certaine ressemblance les premiers jours de l’indépendance algérienne. On sait ce contre quoi on mène le combat. Mais il n’y avait aucune vision partagée une fois la victoire acquise. D’où une succession de trois coups d’Etat. Celui de Boumediene fut baptisé «redressement révolutionnaire». L’expression existe dans les livres scolaires, mais est peu utilisée par les gens.
La scène politique, officielle ou non, a donc beaucoup de difficultés à proposer une vision d’avenir, avec des représentations assez légitimes pour réunir une partie suffisante des Algériens.
Pour se faire une idée des difficultés que cela représente, il faut se souvenir (quand on en a l’âge) des premières années de l’Indépendance. Il existait des rivalités partisanes et personnelles. Elles ont été écrasées dans les «années de plomb» et surtout par l’absence de ressources naturelles.
En multipliant le tout par cent ou mille en ce qui concerne  l’Algérie.

Plusieurs Constitutions et Chartes

La dernière révision constitutionnelle algérienne date de mars 2016. Depuis l’indépendance il y a eu 4 constitutions depuis 1963, et un grand nombre de révisions, dont une «Charte», en 1976. Cette Charte voulue par le Président Houari Boumediene voulait «éliminer l’identité kabyle (…) facteur de tensions» avec les «responsables nationaux».
Il y eut plusieurs remaniements de la Charte. Les constantes sont la langue arabe; l’économie socialiste (en réalité, l’économie étatisée); l’armée soutien de la révolution (le concept n’est pas défini); le FLN, parti unique avec son appellation guerrière de «Front» de libération nationale… De révision en révision, l’islamisme se fait plus pesant: on change les dates de la fin de semaine, des pressions s’exercent contre les femmes, dont les agressions sont rarement punies, les jeunes chômeurs diplômés (qui «tiennent les murs») sont mobilisés...
Le contrôle bureaucratique se fait aussi très pesant, mais avec des passe-droits qui finissent par irriter les jeunes, comme on le verra au moment du Hirak.

                                                                 

Armée et politique étrangère

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Abdelmadjid Tebboune, président et ministre de la défense, en visite au ministère de la Défense à Alger, le 10 octobre 2020. C’était la 3e visite (Ph. 360algérie)

De manière surprenante, il a été donné un retentissement tout à fait spécial à la visite du président-ministre de la défense dans son propre département ministériel. Entouré de militaires, Tebboune y a traité de sa politique étrangère. Et seulement de politique étrangère.
Alger veut retrouver la grandeur et le poids qui étaient les siens au début de l’indépendance, sous le ministère d’Abdelaziz Bouteflika. Ses axes de promotion sont la lutte contre les impérialismes en Afrique, la reprise de son influence sur ce même continent.
La lutte contre l’influence du Makhzen (c’est à dire le pouvoir au Maroc), peu présente dans le discours, a été très commentée par les médias et cercles de discussion. Et ce de façon peu aimable. Mais rares furent les analystes qui traitèrent de l’influence religieuse ou de l’influence africaine.
On notera enfin que le président a gardé pour la clôture de la cérémonie, le «soutien indéfectible» aux Sahraoui et au Front Polisario. Fait intéressant, ce thème a été applaudi deux fois, sans qu’apparemment il y ait eu une claque organisée.
Les décisions de politique étrangère sont prises à la présidence et dans le cabinet de Tebboune. Ce qui donne quelques couacs avec le ministre en charge, Sabri Boukadoun.
Le président a des projets structurants pour sa politique étrangère. A commencer par les transformations de l’aéroport de Tamanrasset en hub gérant pour couvrir toute l’Afrique jusqu’au niveau du Golfe de Guinée, au civil comme au militaire.

                                                                 

Langage spécial

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Le général de corps d’armée et chef d’état-major, Saïd Chanegriha passe en revue les militaires participant à un exercice à balles réelles tout près des frontières marocaines, en mai 2020. Cette démonstration a été vue comme une provocation par Rabat. A cette occasion, un «changement important dans les attributions de l’armée» algérienne a été annoncé. Dans la nouvelle constitution, l’armée pourra intervenir hors des frontières, ce qu’elle a déjà fait à de multiples occasions, sans explicite autorisation des constitutions précédentes (Ph. DR)

Depuis Béchar, dans la 3e région militaire algérienne, le général de corps d'armée Saïd Chanegriha, chef d'état-major de l'Armée nationale populaire (ANP) a invité les soldats à voter en faveur de la nouvelle constitution, le 1er novembre 2020:
«Autant que nous considérons le prochain référendum populaire sur le projet de révision de la Constitution, dont la préparation, matérielle et morale, s'effectue de manière assidue, compte tenu qu'il constitue une des étapes importantes que le peuple algérien continuera à franchir, avec résolution et détermination, sur la voie de l'édification de l'Algérie nouvelle et concrétiser sa prospérité économique et son essor socioculturel, nous estimons, dans l'Armée nationale populaire, que la réalisation de tous ces nobles objectifs passe impérativement par l'instauration de la paix et la stabilité», a soutenu le général de corps d'armée lors d'une réunion d'orientation avec les cadres et les personnels de la Région au siège du Commandement de la Région. (La citation est reprise de l’agence officielle de presse algérienne, APS).
D’ordinaire, ce genre d’expression emberlificotée dit que l’auteur n’est pas sûr de sa propre pensée.

N.S.

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