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Economie

Les élus passent inaperçus durant la pandémie!

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5781 Le 12/06/2020 | Partager
Leurs actions marginalisées par les médias publics, reprochent le PPS et le PJD
Des maires absents, pas de propositions pour la relance économique de leur commune, selon le RNI et le PAM
Alors qu’en Europe, les maires, aux pouvoirs élargis, ont occupé le terrain

La gestion de l’épidémie sur le terrain a été marquée par une forte présence des autorités au point de faire de l’ombre aux élus, alors que les maires dans les pays occidentaux ont occupé le devant de la scène.

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Comment expliquer une telle situation? Incapacité des collectivités territoriales et absence de proximité avec les citoyens? Ou manque de moyens et d’audace? Des questions qui suscitent un large débat entre les acteurs politiques avec des positions divergentes. Le sujet a été soulevé par Nabil Benabdellah, SG du PPS, lors d’une récente rencontre organisée par la jeunesse du PJD avec la participation de son SG, Saâdeddine El Othmani, et celui du parti de l’Istiqlal, Nizar Baraka.

Pour Benabdellah, les collectivités locales se sont bel et bien mobilisées depuis le déclenchement de l’épidémie au Maroc en réalisant plusieurs actions qui n’ont toutefois pas été mises en valeur par les médias publics.

«L’Etat a adopté une approche centralisée pour la gestion de l’épidémie, ce qui a conduit à la marginalisation des élus dans les médias, notamment publics, et impacté leur image auprès du public. Les collectivités territoriales n’ont pas, non plus, été invitées au sein du comité de veille économique où pouvait siéger le président de l’association des présidents des régions», indique de son côté Said Khairoun, membre du PJD, 1er vice-président de la région Tanger Tétouan Al Hoceima. Il souligne néanmoins que de nombreuses communes se sont mobilisées pour des opérations de stérilisation des espaces publics, et ont contribué au fonds spécial Covid avec les régions à hauteur de 1,5 milliard de DH.

D’ailleurs, «pour les futurs comités de veille économique régionaux, nous recommandons la présence des présidents de régions pour leur permettre de contribuer à la relance économique de leur territoire», selon Said Khairoun, membre du PJD, 1er vice-président de la région Tanger Tétouan Al Hoceima.    

Un avis partagé par Aziz Rebbah, maire de la ville de Kénitra et président de la fondation des présidents des communes appartenant au PJD qui a tenté de faire le point sur les efforts déployés par les communes au cours de la crise sanitaire. Il rappelle ainsi, qu’en plus des services administratifs, elles ont aussi assuré une continuité dans les missions qui relèvent de leur compétence: eau potable, électricité, transport urbain, collecte des déchets….

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«D’autres actions ont été menées sous la coordination des walis ou des gouverneurs concernant particulièrement la sensibilisation, le soutien des familles défavorisées et la prise en charge des personnes sans domicile fixe», ajoute Rebbah qui ne cache pas sa satisfaction quant à l’esprit de solidarité dont a fait montre l’ensemble des acteurs mobilisés sous la coordination des autorités locales.

Une vision qui ne fait pas l’unanimité auprès d’autres élus. «L’efficacité d’une commune dépend notamment de la maturité politique de ses élus et l’harmonie au sein de sa majorité ainsi que sa force de proposition confirmée, hélas, très timide lors de cette crise», indique Rachid Al Abdi, président du groupe du PAM à la Chambre des représentants. D’ailleurs, personne ne les a empêchés de continuer à assurer leurs compétences prévues par la loi, ajoute-t-il. 

«Durant cette pandémie, il y a des communes qui ont fait des efforts, alors que d’autres ont brillé par leur absence en laissant les autorités et le personnel du corps médical seuls en action sur le terrain», fait observer pour sa part Badr Tahiri, président de la CCIS de la région Fès-Meknès et membre du bureau politique du RNI. Dans les grandes villes, on enregistre l’absence de propositions et d’initiatives de la part de leur président en vue de contribuer à la relance de l’activité économique au profit, par exemple, des cafés et des commerçants ainsi que certains secteurs comme le tourisme et l’industrie, souligne-t-il.

Et plus grave, selon lui, serait la récupération politique. «Nous avons constaté que certains élus ont cherché à profiter de cette crise sanitaire, à travers des opérations de soutien et de proximité, en vue de redorer leur blason surtout que l’on s’approche de la fin du mandat de leur conseil», martèle Tahiri.

Dans une réunion récente avec le chef du gouvernement, des propositions ont été faites pour l’implication des communes dans l’atténuation de l’impact de la crise sur certains professionnels économiques. Il s’agit à titre d’exemple de l’annulation des impôts locaux au titre de cette année et de même pour le loyer des locaux communaux exploités par certains professionnels: commerçants, artisans… Des propositions rejetées par El Othmani, sous prétexte que les communes ont des charges à honorer à commencer par les salaires de ses fonctionnaires.

Défis futurs

L’implication à la relance économique de leur territoire après cette crise reste incontestablement le principal défi à relever par les collectivités territoriales. Mais il y en a d’autres, selon Tarik Zair, professeur à l’université Ibn Tofail à Kénitra. Pour ce dernier, l’état d’urgence sanitaire est l’occasion de revoir leurs rapports avec les citoyens pour une plus large gouvernance numérique. L’ère de l’administration électronique s’impose dans des domaines variés comme la gestion des marchés publics, l’accès à l’information, la conduite du service de l’état civil, la gestion des autorisations de l’urbanisme…

                                                                              

Plus de compétences

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La gestion de la pandémie Covid-19 en Europe a montré la forte implication et présence des maires sur le terrain. Une tendance très forte en France aussi, alors que le processus de décentralisation reste encore en retard en comparaison avec ses voisins comme l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie.

Dans ces pays, les maires disposent des compétences qui leur ont permis d’avoir leur mot à dire sur certaines dispositions prises après le déconfinement comme le port du masque, l’ouverture des écoles primaires et l’accès aux plages et parcs.

«Lors de cette pandémie, j’ai participé à la distribution des bavettes aux citoyens», souligne le marocain, Omar El Mourabet, adjoint du maire de la ville Athis-Mons, proche de Paris. Ce dernier rappelle qu’en France, les élus gardent, le long de leur mandat, un contact permanent avec la population en vue d’accueillir leurs doléances et essayer d’y trouver éventuellement des solutions.

«Dans le cas du Maroc, il est fondamental de prendre en considération le partage des compétences au niveau local», tient à rappeler Tarik Zair, professeur à l’université Ibn Tofail à Kénitra. L’article 110 de la loi organique 113-14 relative aux communes réserve aux gouverneurs des pouvoirs en matière de police administrative importants, notamment ceux touchant au maintien de l’ordre et de la sécurité publics que l’état d’urgence sanitaire n’a pas vocation à compromettre, explique-t-il. Plus largement, l’article 5 du décret-loi du 23 mars 2020 portant sur l’état d’urgence sanitaire accorde au gouvernement le pouvoir de prendre toutes les mesures pour faire face à la situation d’urgence sanitaire.

«En plus du manque de moyens financiers et logistiques, les compétences de nos communes restent très limitées en matière de santé et de lutte contre les épidémies», ajoute pour sa part Abdelhafid Edmino, professeur de droit des collectivités territoriales à la faculté de Souissi-Rabat.

Noureddine EL AISSI     

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