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    Economie

    Guerre commerciale: «Un compromis est possible, mais pas à n’importe quel prix»

    Par Franck FAGNON | Edition N°:5577 Le 23/08/2019 | Partager
    Pour l’ambassadeur de Chine, son pays ne cèdera jamais sur les sujets de souveraineté
    Les mouvements récents de la monnaie sont une résultante du marché
    Les opérateurs marocains doivent prendre plus de risque sur le marché chinois
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    Li Li, ambassadeur de la République Populaire de Chine: «Des entreprises marocaines sont certes habituées à travailler avec leurs partenaires traditionnels mais elles ne connaissent pas ou ne sont pas très motivées à prospecter le marché chinois... Avec le changement du modèle de croissance chinois axé désormais sur la demande interne, des débouchés vont s’ouvrir pour les exportations marocaines. Il est très important de creuser ces pistes» (Ph. Bziouat)

    La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine affecte les deux économies mais elle a surtout des effets néfastes sur le reste du monde. Aujourd’hui, nul ne peut prévoir l’is­sue de ce conflit tant les réactions du président Trump sont imprévisibles. A la surtaxe de 10% sur 300 milliards de dollars de marchandises chinoises, Pékin a répondu en laissant filer le yuan.

    Toutefois, les autorités chinoises se défendent de toute manipulation de leur monnaie et attribuent les mouve­ments récents à l’évolution du contexte économique mondial. Mais la coïnci­dence est frappante. Ambassadeur de Chine au Maroc, Li Li analyse les rapports actuels entre les deux premières économies de la planète. Il revient aussi sur la relation sino-marocaine.

    Une grande partie du déficit commercial du Maroc provient des échanges avec la Chine. Il y a des efforts des deux côtés pour rééquili­brer la balance. Cela dit, les opérateurs marocains doivent surmonter leurs ap­préhensions et prospecter davantage en Chine, conseille Li Li.

    - L’Economiste: Les barrières tarifaires amé­ricaines sont-elles la seule cause de la dévaluation du yuan?
    - Li Li:
    Je ne suis pas d’accord avec le terme déva­luation parce que cela sup­pose qu’il y a eu une mani­pulation du taux de change. Je considère le franchisse­ment du seuil des 7 yuans pour 1 dollar comme une résultante du marché. La dépréciation de la monnaie est d’abord la conséquence d’un changement de l’envi­ronnement économique et commercial mondial. La dé­cision des Etats-Unis d’im­poser une surtaxe de 10% sur 300 milliards de dollars de marchandises chinoises y a contribué. Par ailleurs, la Chine a déployé des efforts pour promouvoir activement l’internationalisation de sa monnaie. Nous préférons avoir une tolérance de plus en plus importante sur la bande de fluctua­tion de la devise.
    - Même si la Chine se défend de toute manipulation du taux de change, le timing du mouvement brusque du yuan peut semer des doutes.
    - Nous sommes dans une économie de marché et le gouvernement chinois a déjà  pris beaucoup de précaution pour ne pas intervenir sur le yuan. Quant aux mesures prises par l’administration américaine contre des produits chinois, mon gou­vernement est jusqu’ici bien mesuré, en restant ouvert à la discussion pour trouver des solutions visant à avoir un réajuste­ment raisonnable des relations entre les deux pays. Mais la Chine n’acceptera pas n’importe quoi pour aboutir à un accord et elle n’a pas peur de prendre des contre-mesures énergiques si besoin est.

    - A quel niveau se situent les blo­cages dans les discussions?
    - La partie chinoise insiste sur les sujets économiques et commerciaux. Du côté américain, certaines suggestions vont dans le sens de la transformation de la structure de l’économie chinoise et d’autres portent sur des questions de sou­veraineté. Il n’est pas exclu que derrière l’attitude américaine, il y a des desseins inavouables qui sont liés aux prochaines échéances électorales. Que les choses soient claires: sur les sujets de souverai­neté, la Chine ne cédera jamais.

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    - Qu’est-ce qui pourrait ramener de la sérénité dans la relation sino-améri­caine?
    - Depuis le début de leur offen­sive commerciale contre la Chine, les Etats-Unis n’arrêtent pas de jouer la surenchère, ce qui nuit non seulement aux intérêts des deux pays, mais aussi à l’économie mondiale. Alors qu’au­jourd’hui, la relation sino-américaine est déjà passée au-delà du bilatéral pour être responsable devant le monde entier. Le retour au calme nécessite une volonté américaine. Il n’y a pas d’autres voies que celle de la coopération. Nous espé­rons que les hommes politiques, quels qu’ils soient, pourront aller dans le même sens avec la Chine dans un esprit de res­pect, d’égalité et de bénéfice mutuel, de sorte que la relation économique et commerciale sino-américaine remporte des résultats qui profitent tant à nos deux pays et au reste du monde.

    - Estimez-vous que les critiques du président Trump soient totalement in­fondées? Dans plusieurs secteurs par exemple, la Chine reste un marché très fermé…
    - Chacun est bon juge de sa propre cause. Les entreprises installées en Chine sont les mieux placées pour en parler. Au cours des vingt dernières années, la présence des entreprises américaines en Chine s’est renforcée. Elles interviennent dans de multiples secteurs dont l’indus­trie, la pharmacie et les technologies et réalisent des bénéfices dépassant large­ment la moyenne de leurs résultats dans le monde. En 2017, elles ont enregistré sur le marché chinois un chiffre d’affaires de 700 milliards de dollars pour un profit net supérieur à 50 milliards de dollars.
    En revanche, ces deux dernières an­nées, en recourant à leur loi sur la sécu­rité de l’investissement, les Etats-Unis ont imposé beaucoup de restrictions sur l’im­plantation d’entreprises chinoises sur leur territoire. Le montant des investissements chinois y est passé de 46,5 milliards de dollars en 2016 à 29,6 milliards de dollars en 2017 puis 5,4 milliards de dollars en 2018. Vous jugerez par vous-même lequel des deux pays est le plus fermé.

    - La Chine investit massivement en Afrique, mais peu de ces flux passent par le Maroc. A quoi imputez-vous cela?
    - Je crois que le plus important est d’avoir une confiance mutuelle entre les opérateurs des deux pays. Il y a une  connaissance des uns et des autres à ap­profondir. La Chine a réalisé d’importants investissements ailleurs sur le continent et a développé une certaine façon de travailler avec ces pays. Au Maroc, ces méthodes ne fonctionnent pas parce que le contexte y est différent. Il faudra amé­liorer la visibilité de chacune des parties. Dans la coopération entre la Chine et le Maroc, il faut avoir une synergie entre les atouts des deux pays. C’est la condition préalable pour la réussite.

    - Que devient le projet de la cité in­dustrielle Mohammed VI Tanger Tech?
    - D’abord, ce projet a toujours fait l’objet d’un soutien des deux pays. En­suite, sa réalisation relève d’opérateurs économiques. Et donc, il faut leur laisser le temps d’avancer. BMCE Bank of Afri­ca a un nouveau partenaire chinois qui a une volonté forte de faire aboutir ce pro­jet. Bien sûr, il y a des efforts inlassables pour concrétiser ce projet.

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    Face au géant asiatique, les opérateurs marocains sont timorés

    - Au Maroc, le gros du déficit com­mercial provient des échanges avec la Chine. Quels sont les codes pour percer sur ce marché?
    - Le déficit commercial entre les deux pays est un fait, mais il faut avoir une vue globale de la situation. Certes, le gap au niveau des échanges de marchandises est important. Mais d’un autre côté, le Maroc accueille par exemple 200.000 touristes chinois par an et ce sont des voyageurs dépensiers. Il y a aussi un renforcement de la coopération entre les banques.
    Il convient de constater que l’équilibre des relations commerciales ne peut être réalisé que dans le développement partagé. Dans le cas du Maroc, je pense à l’expor­tation davantage de produits agricoles, l’amélioration de la structure des expor­tations au fur et à mesure de son industria­lisation et une coopération renforcée dans le secteur des services comme le tourisme et la finance. Des entreprises marocaines sont certes habituées à travailler avec leurs partenaires traditionnels mais elles ne connaissent pas ou ne sont pas très moti­vées à prospecter le marché chinois. Il y a des possibilités de créer des plateformes pour introduire des entreprises chinoises auprès des marocaines pour renforcer les exportations. Avec le changement du mo­dèle de croissance chinois axé désormais sur la demande interne, des débouchés vont s’ouvrir pour les exportations maro­caines. Il est très important de creuser ces pistes.

    - Un accord de libre-échange vous semble-t-il une piste efficace?
    - Dans le cadre de la construction de «la Ceinture et la Route», la Chine promeut ce genre d’initiatives. Un accord de cette na­ture suppose aussi qu’il y ait un intérêt de la part du partenaire. En tout cas nous restons ouverts sur le sujet. La Chine mesure son poids économique et, dans certains secteurs clés, elle veillera dans les négociations à prendre les mesures adéquates pour ne pas pénaliser le partenaire. L’objectif n’est pas de l’écraser, au contraire.

    Propos recueillis par Franck FAGNON

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