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    Enseignement: Les élèves condamnés à subir leur héritage social

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5542 Le 25/06/2019 | Partager
    Au lieu d’effacer les inégalités d’origine, l’école les reproduit
    Les enfants évoluent dans des mondes éducatifs parallèles
    Les ruraux et les enfants handicapés, les plus discriminés
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    A peine 8% des élèves marocains sont scolarisés dans des écoles en équilibre social, alors que la moyenne internationale est de 33%. La mixité sociale est en recul permanent dans les établissements. Les enfants de milieux défavorisés, majoritaires, se retrouvent entre eux dans une école publique à faible rendement. Ceux de parents aisés se retrouvent aussi entre eux, dans des systèmes privés, plus divers et plus performants   

    A l’école publique, l’appartenance sociale pèse bien trop lourd dans le parcours scolaire des élèves. Or, le rôle de l’école est, justement, de  gommer les inégalités de départ et de permettre aux enfants d’évoluer, peu importe leur origine sociale. Au lieu d’octroyer les mêmes chances à ses usagers, à travers un enseignement de qualité ouvert à tous, d’être un ascenseur… elle s’est transformée en machine à reproduction sociale. Ce qui y détermine la réussite ce n’est pas le mérite, ce sont les conditions matérielles des parents.
    Plusieurs études ont démontré que l’école marocaine figure parmi les plus inégalitaires au monde. «Les jeunes Marocains vivent désormais dans des mondes éducatifs parallèles, délimités par la capacité financière de leur famille», relève la Banque mondiale, dans son mémorandum sur le Maroc, publié en 2017. Dans les enquêtes internationales évaluant les acquis des enfants en maths et sciences, lecture et compréhension, TIMSS et PIRLS, les disparités sont patentes. Le groupe des 10% des meilleurs décrochent des scores 2,5 fois supérieurs à ceux des 10% les moins performants, alors que la moyenne internationale est de 1,5 fois seulement. Le gap entre les deux est trop important. Généralement, ceux qui s’en sortent le mieux sont issus de familles aisées et instruites. Ils bénéficient d’un soutien scolaire, d’outils informatiques, d’un transport scolaire, d’une bibliothèque à la maison… Sont exposés à des langues étrangères au quotidien, pratiquent des activités parascolaires… Contrairement à leurs camarades appartenant à des couches défavorisées.     
    Les résultats de la dernière enquête TIMSS (2016) prouve bien que l’origine sociale des élèves est déterminante dans les écoles marocaines. Les enfants de 4e année du primaire scolarisés dans des établissements où les classes aisées sont dominantes réalisent des scores supérieurs de 77 points en mathématiques et de 100 points en sciences. Et plus le grade professionnel du père est élevé, plus les résultats sont importants. 
    Les inégalités sont, également, par milieu de résidence et par sexe. Dans son enquête sur les acquis des élèves (PNEA), le Conseil supérieur de l’éducation relève le gouffre entre les mondes urbain et rural. Les urbains de 15 ans et plus restent à l’école en moyenne 7,13 années, contre seulement 3,24 ans pour leurs homologues ruraux. Pour les garçons, la moyenne est de 6,52 ans. Elle chute à 4,8 ans pour les filles. Les enfants handicapés sont encore plus discriminés. Leur taux de scolarisation en ville est de seulement 49,5%, contre 32,9% en milieu rural. Les petites filles handicapées sont quasi exclues, avec un taux de scolarisation d’à peine 29,1%.  
    Trop d’injustices au sein de l’école marocaine. «L’école, dont la mission est précisément de favoriser la promotion sociale de l’individu, reproduit les inégalités à travers une éducation non inclusive et non équitable», déplore le Conseil supérieur de l’éducation, dans son rapport: «Une école de justice sociale». Le système est désormais scindé en deux: un, gratuit et totalement défaillant, et un deuxième payant et plus avantageux. 
    Le projet avorté d’établissements d’excellence (voir article précédent), prôné par le Plan d’urgence, aurait pu permettre à quelques élèves méritants issus de milieux démunis d’accéder à une offre de qualité gratuite. Une offre leur permettant de s’en sortir mieux que leurs parents et d’améliorer leur condition, en attendant une réforme globale qui peine à se concrétiser. 

    Gaspillage de capital humain   

    Impuissante devant ses défaillances, l’école marocaine «se régule par le rejet», selon le Conseil supérieur de l’éducation. Chaque année, des centaines de milliers d’élèves la quittent. De 2000 à 2018, plus de 6 millions d’enfants l’ont abandonnée. Un énorme gâchis. L’indice du capital humain de la Banque mondiale, dévoilé en octobre dernier, a évalué la perte de capital humain au Maroc, en raison d’insuffisances en matière d’éducation et de santé. Le déficit est de 50%. En d’autres termes, un enfant né aujourd’hui se voit privé de la moitié de son capital humain à l’âge adulte. De son côté, le Pnud, estime le potentiel gaspillé à cause des inégalités en éducation au Maroc à 45,8%.

     

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