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    Société

    L’AMO perd l’un de ses architectes

    Par Mohamed BENABID | Edition N°:5535 Le 14/06/2019 | Partager
    Le Dr Abdeljalil Greft-Alami est décédé
    L’un des rares médecins à avoir compris très tôt les enjeux de l’économie de la santé
    Retour sur un parcours singulier

    Il a fait partie d’une génération de médecins, que les moins de 20 ans, comme dirait la chanson, ne peuvent pas connaître. Ceux de profils qui ont su faire preuve d’une grande ouverture d’esprit et culture, souvent en quittant les rentes de statuts et le confort des formations initiales. Des qualités qui ne semblent plus indispensables à l’aune de la puérilité du débat actuel, tant de la santé privée que publique.

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    Abdeljalil Greft-Alami aura été l’un des principaux artisans de l’assurance maladie obligatoire au Maroc. Visionnaire et conscient des enjeux de l’économie de la santé, il en a fait très tôt son cheval de bataille (Ph. L’Economiste)

    Economiste de la santé de haut vol, le Dr Abdeljalil Greft-Alami, qui vient de décéder, restera avant tout l’un des principaux artisans de l’assurance maladie obligatoire qu’il aura défendue vigoureusement à des moments décisifs. Remontons le temps. Nous sommes à la fin des années 90.

    Le contexte politique est favorable. Youssoufi et son gouvernement d’alternance viennent d’arriver au pouvoir. Il faut faire un geste et la mise en place de l’assurance maladie obligatoire pouvait devenir l’une des vitrines les plus spectaculaires de la nouvelle ère. La protection sociale au Maroc offre alors un paysage de désolation. Les alertes des organismes internationaux et bailleurs de fonds se multiplient.

    Dans un rapport au vitriol, le BIT (bureau international du travail) s’inquiète de la facture sociale du PAS (plan d’ajustement structurel) et constate qu’à peine 15 % de la population est institutionnellement couverte. Les plus fortes attentes convergent tout particulièrement vers le risque maladie. Encore faut-il au préalable vaincre quelques résistances. La première ébauche de la réforme datait de 1991, mais n’a jamais dépassé l’étape de l’intention.

    Un deuxième projet va voir le jour en 1995 avant d’être abandonné. C’est d’ailleurs au plus chaud du débat sur la question de la future gestion de régime que Greft-Alami se fait le plus connaître. Sentant la menace arriver pour le gâteau, longtemps protégé, de la maladie (qui sert de produit d’appel à des contrats-groupe plus juteux, ceux de l’invalidité/décès), les assureurs privés, à travers leur groupement, la FMSAR présidée alors par Hamza Kettani, engagent une bataille qu’ils pensaient longue. Ils finissent par se rendre à l’évidence: en face l’adversaire connaît bien son sujet.

    Greft-Alami tient un raisonnement économique cohérent qu’il nourrit notamment par les choix de société et de politique publique que le pays devait à un moment ou à un autre prendre. Des arguments qui allaient faire mouche et pas seulement auprès de la gauche de l’USFP. Sa connaissance du dossier, Greft-Alami la doit à une autre figure emblématique de l’histoire de la médecine au Maroc, Abderrahim Harouchi. Quelques années auparavant, le fondateur de l’association Afak, alors ministre de la Santé, en avait fait son conseiller et lui avait entre autres confié l’AMO.

    La polémique sur le montage institutionnel qui allait s’en suivre et les craintes pour les surcoûts du travail vont finalement avoir un effet inattendu: l’accélération du processus de conscientisation pour aboutir, sur instructions royales, à un échafaudage beaucoup plus ambitieux que ce qui était prévu au départ: la mise en place du principe d’une couverture médicale de base obligatoire dans le public et le privé. Ce sera la fameuse loi 65-00 qui entrera en vigueur en 2005. Une avancée historique pour Greft-Alami.

    En 2002, il se félicite de constater que «le Maroc est peut-être un des rares pays qui a essayé, à l’avance, de savoir où il allait avant de décréter l’obligation de l’assurance-maladie. Tout en savourant l’arrivée du nouveau bébé, Greft-Alami restera lucide sur les difficultés techniques qui pourraient survenir à l’avenir.

    «La mise en place va se heurter plus à des problèmes politiques qui risquent d’en grever l’exécution qu’à des blocages financiers. D’où l’importance d’un arrangement contractuel entre ministère, hôpitaux et Anam et d’où surtout la nécessaire transparence du contrôle des modalités d’octroi des cartes d’indigence» martèle-t-il en 2006 (L’Economiste du 26 mai 2006) prophétisant les fiascos d’aujourd’hui du Ramed ou ceux de la régulation de la santé.

    Abdeljalil Greft-Alami est né en 1945 à Casablanca. En 1974, il retourne au Maroc après des études à Montpellier où il aura été major de sa promo (il recevra d’ailleurs le Prix Gabriel Faurie remis aux étudiants méritants). Après une brève expérience en tant que chef de service de réanimation à l’Hôpital Ibn Rochd de Casablanca, il s’installe dans le privé. Ce sera ensuite l’aventure des polycliniques CNSS.

    D’abord, en 1979, lorsqu’ il participe au lancement de la première polyclinique, celle de Derb Ghallef à Casablanca, où il est responsable du département de réanimation polyvalente. Ensuite en 1986, avec la première clinique mère-enfant de Hay Hassani à Casablanca, dont il est le directeur. Il dirige par la suite la clinique Ziraoui avant d’accéder à la fin des années 80 à la Direction technique des 13 polycliniques de la caisse. En 1999, il est nommé secrétaire général de la caisse.

    Ses compétences en sciences économiques et en systèmes de santé le conduiront à de nombreuses missions de consulting tant auprès de l’OMS, de l’USAID et la Banque mondiale.

    Greft-Alami n’a rien du savant qui plastronne. Pendant des années, il sera un bon client des médias, et des journalistes qui le côtoient, dont l’auteur de ces lignes, lesquels apprécieront son langage franc, son humanisme, assez rare chez les blouses blanches. Respectueux, jamais infantilisant, Greft-Alami a surtout su toujours rester d’une extrême clarté.

    Dans son milieu il ne se fera pas que des copains, lui qui titillait régulièrement les confrères sur les gabegies de la médecine libérale et sur le mandarinat. Même s’il s’est mis en retrait au cours de ces dernières années, l’héritage de ce pionnier continuera de transcender, à n’en pas douter, le temps.

    M. B.

     

     

     

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