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Analyse

96% des cigarettes vendues hors normes

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5524 Le 27/05/2019 | Partager
A l'international, le maximum est de 10 mg
Le Maroc largement en retard par rapport aux pays voisins
Plus de 70% concentrés dans le segment de 14 mg de goudron
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La réduction des teneurs des cigarettes en goudron pourrait totalement chambouler le marché du tabac dominé à 96% par des produits hors normes

Décidément la normalisation du tabac s’annonce laborieuse. Le gouvernement vient de se rendre compte qu’il existe deux écueils pour la mise en place de la norme 10-1-10 (10 mg de goudron, 1 mg de nicotine et 10 mg de monoxyde de carbone).

Le premier est d’ordre législatif. En effet, l’article 2 de la loi 15-91 relative à l’interdiction de la cigarette sur les lieux publics ne traite que deux composants, à savoir le goudron et la nicotine. Le monoxyde de carbone a quant à lui été apparemment oublié. Par conséquent, avant de normaliser le tabac, il faudra d’abord commencer par amender l’article 2. Ce qui risque de prendre du temps à cause du circuit législatif puisque le projet de loi devra être examiné et voté par le Parlement.

Le deuxième obstacle concerne la forte concentration du marché du tabac sur les produits à forte teneur en goudron. 96% des cigarettes vendues au Maroc sont hors normes. 71% sont à 14 mg et émanent de deux opérateurs: la Société marocaine des tabacs (SMT, ex-Régie) à travers Marquise et Japan Tobacco International (JTI) via Winston (14 mg de goudron). Sur ce segment, Philip Morris représente à peine 2% de part de marché avec sa marque Chesterfield.

Le dilemme pour le gouvernement serait qu’une baisse drastique de la teneur du goudron de 14 mg à 10 mg risque de dissuader les fumeurs et donc précipiter la chute de la consommation du tabac et des recettes fiscales. Le gouvernement devra également compter avec le lobby des opérateurs dont certains pousseraient au report de la réglementation sur la norme, voire à son abandon.

La forte concentration du marché du tabac sur le segment 14 mg empêche les importateurs de s’aligner sur les normes en vigueur dans leur pays d’origine. «Nous ne pouvons pas vendre des produits de tabac à 10 mg pour ne pas être distancés par la concurrence qui est à 14 mg», explique un opérateur. Ce qui signifie que la configuration du marché local impacte significativement les pratiques des distributeurs internationaux.

L’adoption d’une norme de cigarettes n’est pas appréhendée de la même manière par les opérateurs. La SMT affirme avoir besoin d’un «délai raisonnable pour ajuster son outil de production, revoir ses process, investir dans la R&D…». Pour d’autres, «il faudra tenir compte du fait que certains opérateurs  achètent à l’avance le tabac pour fabriquer les produits qui seront commercialisés. Pour d’autres encore, il suffira d’importer des produits conformes.

Dans l’Union européenne,  une nouvelle norme a été déployée sur cinq ans afin de permettre aux industriels de s’adapter progressivement et aux consommateurs de s’habituer de manière graduelle aux nouveaux goûts.

Des sources auprès de la commission d’homologation du tabac invoquent la confidentialité et refusent de s’exprimer sur l’état d’avancement de la réforme. Une ambiguïté qui prouve, selon un opérateur, «que le gouvernement a ressorti le projet de texte dans le seul but de calmer la polémique née d’un récent rapport sur l’importation par le Maroc de cigarettes nocives à la santé des consommateurs».

Le fait de déterrer le texte s’explique également par la pression de l’OMS sur le gouvernement pour mettre en œuvre une stratégie antitabac, dont la réduction des teneurs en goudron sera une composante centrale.

Des parades «compensatoires»

Sur un autre registre, la réduction de la teneur du tabac en goudron pourrait pousser certains industriels à jouer sur les arômes et le sucre pour maintenir leur marché. Consciente de ce risque, la Commission européenne a adopté en 2016 une loi interdisant l’utilisation de parfums fruités ajoutés pour rendre plus attractive la cigarette, et ce sur une période de trois ans, avec cinq supplémentaires pour le menthol (huit ans au total) après l’entrée en vigueur de la loi.

Hassan EL ARIF

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