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    Culture

    Expo Melihi: Hommage au dernier des doyens

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5481 Le 26/03/2019 | Partager
    60 ans de carrière de l’artiste
    Un beau livre édité par la CDG
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    «Les bandes du haïk «Glaoua», qui avaient surgi subitement dans le travail de Melihi, sur la tradition, ont pris la forme d’«onde», de «vague», de «flamme». Les vagues seront son seul bagage plastique qu’il prendra avec lui avant de quitter l’Amérique», selon le critique d’art Moulime Laaroussi

    Si le concept de la décolonisation des arts, manifeste culturel et politique luttant  contre les discriminations dans les arts vis-à-vis des populations minorées et postcoloniales, est revenu en force ces dernières années, les pionniers de l’art moderne marocain en avaient fait leur cheval de bataille depuis les années 50.  Ses initiateurs sont Farid Belkahia, Mohamed Melihi, Mohamed Chebaâ.

    Trois artistes révoltés contre le folklorisme ambiant, hissé au rang de référence par les services des beaux-arts du ministère de la Culture de l’époque.  L’objectif de leur démarche: libérer les esprits des archaïsmes résultant de l’époque coloniale, réinventer notre culture artistique par une redécouverte des arts traditionnels.

    Un engagement et un esprit critique qu’on retrouve tout au long de l’exposition  commémorant conjointement les 60 ans de carrière de  Mohamed Melihi, l’un des derniers doyens vivants de l'art moderne marocain, et ceux de la CDG.  Pour l’occasion, une soixantaine d’œuvres les plus emblématiques de Melihi donnant à voir les grands axes de sa réflexion artistique tout au long de sa carrière.

    Pensée comme une immersion dans les recherches picturales et graphiques de l’artiste, l’exposition, qui se tient à l’espace d’art de la Fondation CDG, retrace une vie jalonnée de militantisme et d’engagement pour diverses révolutions culturelles et politiques, à l’instar de sa collaboration avec la mythique revue «Souffles».

    Le critique d’art Moulime Laaroussi, qui signe le texte du beau livre dédié à l’occasion, précise: «En parallèle à ses activités artistiques, Mohamed Melihi était très attentif à ce qui se passait sur le plan politique dans son pays. Il quitte le pays à un moment où la résistance prenait des formes très différentes. Elle est militaire, économique, sociale et surtout culturelle. Le Maroc tout entier résistait. Il n’a certes pas pris les armes, mais il a choisi sa forme de résistance, la création».

    Né en 1936 à Asilah, dans une famille de notables, Melihi intègre l’École des beaux-arts de Tétouan (1953-1955), puis  affine sa formation à travers plusieurs séjours à Séville, Madrid, Paris,  Rome… avant une période new-yorkaise plus longue. Des séjours qui contribueront à façonner sa vision et impacteront ses œuvres. De Rome, il s’inspirera d’Alberto Burri et de son travail sur la toile de jute, note Laaroussi.

    A moins que ce ne soit du travail d’un autre marocain, précurseur de la modernité: Ahmed Cherkaoui. Du travail des deux artistes, on notera la même modernité se jouant à l’intérieur des  œuvres, tout autant que la formalisation de la rencontre entre deux univers, dits occidental et non-occidental. En Espagne, Melihi découvre le groupe El Paso (Manolo Millares, Manuel Rivera, Antonio Saura…).

    De cette période, l’artiste révèle dans le texte d’un catalogue datant de 1965: «L’expérience académique de Madrid se termina un jour, après ma visite à l’exposition du peintre espagnol Manolo Millares (du groupe «El Paso»).

    Millares exposait des tableaux en toile de jute, avec des clous et des coulées de peinture noire et blanche; ce même jour à l’Académie, dans l’atelier de dessin où j’étais inscrit, quarante élèves dessinaient un nu. Je me trouvais alors entre le nu académique et la toile de jute de Millares: je choisis la réalité expressive de la toile tourmentée et refusai le nu». C’est paradoxalement lors de son séjour aux Etats-Unis que Melihi prend  conscience de sa dimension «africaine».

    «En Amérique, j’avais découvert le sentiment du continent et j’ai ressenti toute la possibilité de m’identifier à un continent comme l’Afrique», écrivait-il en 1967 dans Souffles, autour de la situation des  arts plastiques au Maroc. Une fois de retour au Maroc, Melihi, en découvrant visuellement l’art marocain, se rend compte qu’il a toujours instinctivement travaillé dans cette direction.

    Cependant, l’approfondissement de la connaissance des traditions artistiques a marqué une nouvelle orientation de ses recherches. Pour l’artiste, il ne s’agissait pas de copier la tradition ou d’imiter les patrons de l’art traditionnel, mais de procéder d’abord à un rapprochement avec l’artisan marocain en observant son travail.

    Comme le note d’ailleurs Moulime Laaroussi: «Les bandes du haïk «Glaoua», qui avaient surgi subitement dans son travail sur la tradition, ont pris la forme d’ «onde», de «vague», de «flamme», elles ont épousé la dynamique de l’espace visuel et sonore dans lequel vécut l’artiste, un monde de communication en mouvement incessant. Les vagues seront son seul bagage plastique qu’il prendra avec lui avant de quitter l’Amérique.

                                                                                    

    Rétrospectives d’artistes: Un produit rare

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    Il n’est pas rare de croiser, lors d’un séjour dans une capitale européenne ou américaine, une rétrospective dédiée à un grand artiste dans l’une où l’autre des  institutions muséales. Vasarely, Soulage, Klee,  Chagall, Tapies, Man Ray… Des expo-évènements qui marquent, souvent, le visiteur par  l’originalité de l’éclairage qu’elles offrent sur les œuvres de tel ou tel artiste, en inscrivant ces mêmes œuvres dans le contexte social, politique de leur création. Le tout offrant ainsi une lecture beaucoup moins restrictive que ne pourrais le permettre une simple exposition.

    «L’art ne communique pas seulement à travers l’espace, mais aussi à travers le temps», disait l’artiste et théoricien américain Robert Smithson, il se transmet également. Chose que, malgré une très riche histoire nationale de l'art moderne et contemporain et des artistes de facture internationale, nous ne savons que trop peu faire.

    Trop rares sont en effet les expositions présentant une analyse particulièrement précise de l’œuvre d’un artiste et de son évolution à partir des peintures et autres œuvres exposées. Quelques rares exceptions sont toutefois à souligner, à l’instar de l’artiste Najia Mehadji qui se voit offrir une très belle rétrospective, en cours actuellement aux «Villa des Arts» de Rabat et Casablanca, celle antérieure dédiée à André El Baz par la même institution, ou encore celle, plus générale, retraçant le parcours artistiques de pionniers qui ont mené à la création de la modernité marocaine, réalisée par Hicham Daoudi, à Marrakech, lors de la Foire 1.54, en février dernier.

    Il est à noter qu’il n’existe aujourd’hui, à notre connaissance, qu’un seul catalogue raisonné, dédié à l’artiste Mohammed Kacimi, paru en 2017, et que deux autres ouvrages sont en cours d’élaboration. Ils concernent les artistes Farid Belkahia et Ahmed Cherkaoui.

    Amine BOUSHABA

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