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    Economie

    Médicaments: Du chiffre, mais peu de volume

    Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5444 Le 01/02/2019 | Partager
    Le marché a stagné depuis la refonte du régime de fixation des prix
    La réforme a entraîné un effet d’éviction au profit des produits les plus chers
    Les disparités en matière d’accès aux soins s’accentuent
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    Le réaménagement du régime de fixation des prix des médicaments s’est traduit par une faible évolution du chiffre d’affaires et une stagnation des ventes. Ce qui signifie que les ventes s’orientent vers les médicaments chers

    Quatre ans après son entrée en vigueur, le ministère de la Santé, de concert avec l’OMS, compte lancer une étude sur les impacts du décret relatif à la fixation des prix des médicaments.

    L’objectif est de déterminer les implications pour tous les intervenants, y compris les industriels, les pharmaciens, les grossistes, les patients… Mais d’ores et déjà, il est possible de brosser un premier tableau sur la base des chiffres du marché privé du médicament.

    Ainsi, entre 2014 et 2018, le chiffre d’affaires est passé de 8,81 milliards de DH à 10,1 milliards de DH. Soit une hausse de 14,6% quatre ans après la baisse des prix de plus de 2.500 références pharmaceutiques. En termes de volumes, en 2018, il s’est vendu 337,7 millions d’unités contre 317,26 millions en 2014. Soit une progression d’à peine 6,4% contre 10% promis par l’ancien ministre de la Santé.

    Le premier enseignement que l’on peut tirer de ces chiffres, c’est que la baisse des prix ne s’est pas traduite par une augmentation significative des ventes. En effet, si le chiffre d’affaires a évolué de 14,6%, alors que les ventes d’unités ont presque stagné, cela signifie qu’il y a eu un effet d’éviction d’une gamme de médicaments vers une autre.

    «En raison de la baisse des prix et donc des marges, les industriels ont réajusté leur portefeuille-produits sur les médicaments chers. Résultat: certaines références disparaissent car ils sont peu rémunérateurs. Ce qui est pénalisant pour les ménages à faible revenu, qui n’ont plus d’autres choix que les médicaments chers», affirme un industriel.

    Par conséquent, la baisse des prix, qui avait pour objectif d’améliorer l’accès aux soins au profit d’un plus grand nombre de patients n’a pas eu l’effet escompté. Elle a plutôt accentué les disparités en matière d’accès aux soins.

    Lorsque l’ancien gouvernement avait décidé de réduire le prix de certains médicaments, il avait promis d’élargir la couverture médicale pour compenser le manque à gagner pour tous les acteurs. En quatre ans, elle n’a pas évolué puisque l’assurance maladie des indépendants et son extension aux ascendants n’ont toujours pas été mises en œuvre.

    Tiers-payant

    Par ailleurs, à supposer que la couverture médicale soit généralisée à toute la population, cela restera toujours insuffisant. Les dépenses en soins ne dépassent toujours pas 400 DH par an et par habitant. Le chiffre le plus faible de toute la région.

    L’une des raisons concerne la non-généralisation du tiers-payant. Tant que ce dispositif ne sera pas activé, beaucoup de patients seront privés de soins parce qu’ils doivent d’abord engager des dépenses, parfois lourdes dans le cas de pathologies graves, avant de se faire rembourser.
    Pour les pharmaciens d’officines, la baisse des prix a été la grande déception.

    «Leur chiffre d’affaires n’a pas connu d’impact positif. Et ce, pour plusieurs raisons. Lorsque le gouvernement a pris cette décision, il était question de détaxer le prix des médicaments chers à partir de 588 DH (prix sortie usine) et de défiscaliser la marge sur ces médicaments.

    Or, la mesure n’a jamais été mise en œuvre. De plus, les mesures compensatoires promises n’ont toujours pas été activées», rappelle Oualid Amri, président du Syndicat national des pharmaciens de Casablanca. Il a fallu attendre la loi de finances 2019 pour que la TVA sur les médicaments à partir de 588 DH (prix fabricant) soit supprimée.

    Par ailleurs, du fait que les ventes de médicaments ont surtout augmenté en valeur, les pharmaciens sont piégés par la grille des marges bénéficiaires prévue par le décret. En effet, l’essentiel du chiffre d’affaires se concentre sur les produits dont la marge est plafonnée à 300 DH (les médicaments entre 588 DH et 1.766 DH) et 400 DH au-delà au lieu de 57% sur les autres références.

    Le même son de cloche se retrouve chez les grossistes. «Le constat est que notre activité a été négativement impactée par la baisse des prix. Ainsi, sur les médicaments chers, les grossistes ont vu leur marge bénéficiaire reculer de 11,11% à 2%. La différence est énorme. En plus, il s’agit d’une marge brute puisqu’il faut comptabiliser la cotisation minimale qui est de 0,50%», précise Najib Tazi, PDG de Sophacentre, le deuxième grossiste en médicaments après l’UGP.

    Le niveau de marge faible des médicaments chers explique la difficulté pour les patients de trouver certains produits car ils mobilisent la trésorerie des grossistes et des pharmaciens, sans oublier le risque d’avarie.

    «L’autre enseignement qui doit être tiré de la baisse des prix, c’est que les patients ont réalisé des économies, qu’ils ont plutôt consacré à d’autres dépenses et non pas forcément à l’achat d’autres médicaments», signale un industriel. Le levier du prix n’est donc pas suffisant pour doper le marché du médicament.

    Hassan EL ARIF

     

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