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Culture

Chine, la surdouée
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2421 Le 13/12/2006 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004 (Ph. Cherkaoui)La Chine est comme une enfant surdouée élevée par des parents intelligents. Modestes, ceux-ci se gardent d’évoquer les dons exceptionnels de leur progéniture; pour autant, ils ne peuvent s’empêcher d’imaginer l’avenir radieux de leur petit génie, un accès possible aux écoles les plus prestigieuses, une grande carrière.L’empire du Milieu est dans une situation un peu semblable. Il rêve de puissance tout en prônant discrétion et modestie à ses citoyens, quel que soit le domaine d’activité où ils peuvent se comparer aux autres, art, culture, sport, industrie, équipement, commerce…La modestie est une forme d’orgueil. Celui de la Chine est immense, à la mesure de cet empire plusieurs fois millénaire à la civilisation brillante et à la population innombrable. Difficile de jouer les modestes quand on est le premier partout. La Chine n’en est pas là, mais elle pourrait y parvenir. Sur le chemin qui mène aux sommets, les obstacles sont nombreux. Cependant, Pékin dispose d’un atout maître: la connaissance des erreurs commises par les pays développés peut lui éviter bien des déboires.Sans doute est-ce la fin de cette discrétion ostentatoire qui caractérisait jusqu’à une époque récente les Chinois hors de chez eux. Comme sont probablement terminées ces déclarations stéréotypées selon lesquelles la Chine est un pays en voie de développement qui a tout à apprendre. Sages paroles que bien des gens et des pays pourraient reprendre à leur compte. Cependant, les Chinois s’exprimaient dans les conférences internationales, les congrès, les colloques, avec une telle gentille humilité que leurs interlocuteurs avaient fini par les croire tout en ayant un peu honte de leurs propres insuffisances. Longtemps, l’empire du Milieu a respecté la consigne de Deng Xiaoping: «Dissimuler ses ambitions, garder ses griffes rentrées». Pour ce sage, le pays devait consacrer son énergie au développement sans vouloir jouer les leaders. Il y a deux ans, le président Hu Jintao avait suscité un intense débat interne pour avoir utilisé, dans l’exposé de sa politique étrangère, l’expression «expansion pacifique», vite remplacée par une formulation plus neutre, «développement pacifique». Il ne fallait pas donner à l’étranger une occasion de redouter «la menace chinoise», si souvent évoquée, au Japon et aux Etats-Unis surtout. L’expansion s’effectue au détriment des autres, le développement ne nuit à personne. . Le grand changementOr, les choses changent. Comme Joseph Kahn le révélait samedi(1), le Parti communiste chinois s’est lancé dans une campagne pour amener le peuple à analyser le concept de puissance mondiale et à cesser de nier que la Chine puisse en être une. Avec émissions de télévision à l’appui! La chaîne nationale diffuse ces jours-ci une série historique en 12 épisodes où est narré comment certains pays sont devenus de grandes puissances, Etats-Unis, France, Grande Bretagne, Portugal, Espagne…Pareille humilité ne pouvait durer sans être taxée d’hypocrisie. L’évolution de la Chine au XXIe siècle est très rapide. Au-delà de sa puissance commerciale(2) et de ses réserves de change évaluées à mille millions de dollars, ce pays accroît de façon spectaculaire ses dépenses d’équipement militaire, en particulier pour sa flotte de guerre, de surface, sous-marine, aéronavale(3); il multiplie les initiatives diplomatiques en Asie, en Afrique, au Moyen Orient ; il vote et applique des sanctions contre son turbulent allié, la Corée du Nord, car l’Onu lui paraît constituer un relais essentiel de puissance et d’influence. Du coup, la Chine a décidé d’envoyer 1.000 Casques bleus à la Finul dans une région du monde où ses intérêts étaient hier encore jugés négligeables; lundi, elle a dépêché par avion au Pakistan des centaines de soldats pour y manœuvrer. Le mois dernier, 48 pays d’Afrique, Maroc compris, étaient conviés à Pékin pour y promouvoir la coopération et le commerce. L’empire du Milieu envoie des hommes dans l’espace, une opération peut-être scientifiquement discutable, mais hautement symbolique, surtout quand Pékin annonce la construction d’une station orbitale pour conquérir la lune. Même en sport, la Chine veut figurer parmi les meilleurs. En la matière, tout pays a peu ou prou ses domaines d’excellence, fruit à la fois de la chance et des traditions nationales. Jeux olympiques aidant, la Chine se lance dans des sports peu familiers pour elle et qui ne s’improvisent pas, le tennis par exemple, où ses joueuses progressent rapidement, jusqu’à en classer trois dans les cent premières du monde en 2006. Des progrès comparables sont enregistrés avec le ski (biathlon), la voile, le squash…On savait la Chine énorme. On soupçonnait moins sa gigantesque ardeur, sa capacité à mobiliser ses incomparables ressources humaines, son aptitude à apprendre et à le faire très vite. Elle sera demain en tête des puissances mondiales, tout à côté et sur le même plan que les Etats-Unis d’Amérique. Rien ne semble pouvoir l’en empêcher. Il lui reste, mais c’est dans sa nature, à se montrer prudente, à adapter ses lois, à réprimer sa corruption, à respecter les droits de l’homme et ceux des travailleurs, à observer les règles du commerce international. Il lui faut aussi contrôler son prodigieux développement en évitant les déséquilibres dangereux entre les plus pauvres et les plus riches, pour ne pas sombrer, comme au début du siècle dernier, dans des troubles dévastateurs. Il lui reste surtout à devenir une démocratie. Napoléon l’avait dit: «Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera».La Chine d’aujourd’hui est tout entière éveillée. Mais ce n’est pas son impérialisme qui fait trembler, plutôt un effondrement que provoquerait chez elle une surchauffe économique incontrôlée et dont la planète surgirait bouleversée, comme sous l’effet d’un gigantesque tsunami.


«Une puissance encerclée» (Jean-François Brisset)

Entourée de plus de voisins que tout autre pays au monde, l’empire du Milieu entretient ouvertement certaines revendications territoriales, et son nationalisme, souvent ombrageux, souffre encore des blessures non refermées infligées par les traités inégaux. S’y ajoutent la question taïwanaise, la rivalité avec l’Inde, la peur inspirée aux pays de l’Asie du Sud-Est, une crainte récurrente du Japon. Mais, avant tout, la Chine s’oppose aux Etats-Unis dans une relation pour le moins complexe. Faute de pouvoir encore faire preuve d’une réelle force, et en attendant des jours meilleurs, Pékin use de toutes les stratégies et de tous les moyens capables de compenser son infériorité militaire, conformément aux principes déjà énoncés par Sun Zi, le maître stratège de son antiquité.-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Joseph Kahn, China, Shy Giant, Shows Signs of Shedding Its False Modesty, ( La Chine, géant timide, semble remiser sa fausse modestie), The New York Times, 9 décembre 2006.(2) Le surplus commercial chinois pour le mois de novembre 2006 (33 milliards de dollars) s’est accru de 33% en un an; il correspond, en gros, au montant des exportations françaises pour le même mois (34 milliards $)!(3) Voir notre chronique «Le retour de l’Asie», L’Economiste, 22 novembre 2006.

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