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Economie

Barrage Al Wahda: Le terrassement commence

Par L'Economiste | Edition N°:49 Le 15/10/1992 | Partager

Dans ce qui n'est encore qu'une vallée de l'Ouergha, un des plus grands chantier au monde s'active. Le montage financier s'achève, près de 2.000 hommes se sont installés. Le barrage Al Wahda a réalisé ses infrastructures. Il entre dans sa phase industrielle de construction. L'Economiste a visité le chantier.

UN petit boulanger de Ouazzane est heureux. Avec 10.000 pains livrés chaque jour, sur le chantier du barrage Al Wahda, il est le premier bénéficiaire des retombées économiques du projet. Ce chiffre illustre les dimensions du chantier. Car les chiffres du béton qui sera coulé ou des eaux retenues sont important, au point où le profane ne peut plus imaginer, concevoir, la taille de l'ouvrage.
Les 10.000 pains, pour lesquels le boulanger de Ouazzane installera un four annexe, vers M'jaâra, sont destinés à nourrir une population hétéroclite de 2.000 personnes installées pour 4 ans encore.
Le Ministère des Travaux Publics, maître-d'oeuvre, maintiendra une centaine de personnes: 25 ingénieurs, 40 cadres moyens et 40 agents. L'équipe est placée sous les ordres de Bouchaïb Zitouni, ingénieur, spécialiste de la mécanique des sols et habitué des chantiers de barrages (voir notre rubrique managers en page 2). Sur place, une "Direction" a été créée pour le suivi du chantier. La Direction n'est plus un rang réservé aux services centraux des Ministères: elle se déplace sur le terrain.
L'importance du projet le justifie. Les "T.P" ont constitué par ailleurs 5 bureaux d'étude, un laboratoire de chantiers, et un "board" d'experts multidisciplinaires.

Transfuge de chantier

L'ensemble de ces fonctionnaires veilleront à la bonne exécution, aux délais des travaux effectués par près de 2.000 hommes, installés par T.C.C. (Torno, Cogefar, Cubiertas) consortium italo-espagnol et le groupe Chaâbi. Les hommes au Service du groupe Chaâbi (issu de Kenitra, et qui s'est étendu à Casablanca par Dimatit, Dolbeau et l'immobilier...) sont près de 300. Sur place, il arrive qu'ils quittent leur employeur d'origine pour se mettre au service consortium européen. Un tel mouvement de main-d'oeuvre trouve peut-être son origine dans une différence de salaire, de couvertures sociales, d'organisation. Le groupe Chaâbi et T.C.C. ont dû conclure un accord pour arrêter ce mouvement à sens unique. Avant de recruter, T.C.C. vérifie sur une liste fournie par Chaâbi si le candidat n'est pas un transfuge de chantier.
Il faut reconnaître que T.C.C. se pose, par ses effectifs, comme le "pilote", le leader du chantier.
C'est d'abord une petite communauté latine qui s'est installée sur les berges de l'Ouergha, avec familles, école, instituteurs (4 enseignants pour 11 élèves) et... paraboles gigantesques. C'est l'indispensable instrument des temps modernes pour les Italiens, Espagnols et Sud-Américains qui veulent garder le contact avec les mères patries.
T.C.C. a renforcé ce personnel expatrié avec plus de 1.500 Marocains. Les recrues locales ne sont pas que du personnel d'exécution. Il y a parmi elles, 66 cadres et des centaines de spécialistes de chantiers: conducteurs d'engins, mécaniciens... La main-d'oeuvre non qualifiée ne représente en définitive que 455 personnes. Avec beaucoup de naïveté, les hommes qui se présentent à l'embauche, veulent tous être gardiens ou coursiers. Des tâches un peu plus pénibles les attendent.

Eviter les débordements

Au total, T.C.C. affirme verser une masse salariale mensuelle de 5 millions de Dirhams, charges sociales comprises. Une partie de ces revenus "irrigue" déjà la zone de M'jaâra et des activités diverses s'y greffent un magasin d'outillage, des marchands de fruits, de "sikouk" pour les pauses, les inévitables revendeurs de cigarettes au détail... Un caïdat et un poste de gendarmerie seront bientôt installés pour éviter tout débordement de cette population, essentiellement jeune et masculine.
Sur le chantier, les dirigeants sont vigilants à l'organisation, à la discipline de chantier. En spécialiste de l'hydraulique, le responsable local de T.C.C. expliquera: "quand l'eau s'écoule, elle ne peut le faire que vers le bas". Autrement dit, si une organisation est lâchée, c'est pour sa dégradation.
Le risque existe d'autant qu'il y a sur place beaucoup d'enjeux, de délais à tenir, de matériel à utiliser de manière optimale.

Armada mécanique

Le matériel de terrassement a été entièrement acheminé par différents trajets: Fès et Ouazzane, ou les routes du Gharb. Au passage, l'Administration de l'Hydraulique (en charge du projet) a du adresser quelques remarques à sa consur responsable des ponts et chaussées.
Finalement, les monstres mécaniques sont tous arrivés sur le site. Les 50 dumpers de 50 tonnes, les 30 bulldozers, les 15 pelles de chargement, les 10 niveleuses forment l'armada qui va creuser et remblayer, 20 heures sur 24, 6 ans durant. Les équipes se relaieront en 2x10, et n'arrêteront les machines que 4 heures pour l'inévitable entretien.
Car pour tenir les délais, il faut poser 15 à 18.000 m3 de remblais, chaque jour. Déjà 3 millions de m3 de terrassement sont exécutés sur les 41 millions prévus. Les matériaux, naturels, pour ce grand barrage" de terre" seront prélevés sur place. Dans le jargon T.P, c'est l'excavation de 14 millions de m3. Pour la bonne cause, quelques montagnes vont disparaître. Un comble, en plein pays de "Djbalas". Un beau pic, appelé "Hjar Abbas" domine depuis une quelconque ère préhistorique la vallée de l'Ouergha, indifférent à ses crues, à ses dégâts. Le fleuve se vengera, "Hjar Abbas" sera réduit en matériaux de barrage.
Les opérations d'excavation et de remblais ont déjà commencé.
A ce jour, la première phase d'aménagement d'un chenal (3 millions de m3 de terrassement) est achevée. Les eaux dérivées ont laissé les berges sèches, qui ont pu être remblayées. Puis ce barrage sera construit, de part et d'autre, à partir des berges. En 1996, il restera à fermer cette ouverture (140m sur 1.600m de crête) qui aura permis l'écoulement des eaux, durant les travaux.
Ces montagnes de terre ne suffiront d'ailleurs pas à l'ouvrage. Il faudra aussi des ciments et des matériaux nobles ou traités. Les installations de production sont aussi en place. Une unité de concassage traite déjà 300 à 400 tonnes par heure de "tout venant", des roches ramassées dans le lit de l'Oued.
Elles sont criblées, concassées en partie, pour donner, non des monticules, mais des montagnes d'ajouts de 6 formats.
Le résultat va du sable (grains de moin de 2 mm) aux gros cailloux (63 à 100 mm). Au besoin, il suffit d'appuyer sur un bouton pour qu'une trappe s'ouvre, en dessous de chaque colline d'ajouts. La quantité voulue tombe sur un tapis roulant, souterrain, qui remonte les matériaux en surface par un tunnel. Ces "matériaux nobles" iront, entre autres, dans les filtres et drains (voir shéma) renforcer "le noyau étanche" du barrage. Car, bien qu'étant un "ouvrage de terre", le barrage nécessitera des matériaux transformés, du ciment.
Ainsi 600.000 tonnes de béton seront nécessaire, surtout pour les ouvrages annexes. L'évacuateur de crues permettra à 6 vannes de deverser 20.000 m3/seconde. Il nécessitera une dalle de béton de 8 hectares et de 1,5 à 2 m d'épaisseur. La comparaison, avec une dalle d'appartement est rapide.
Autre ouvrage qui nécessitera du béton, l'usine hydro-électrique. Sa galerie d'amenée sera de 376m de long et 11,5m de diamètre. Elle sera équipée de 3 turbines à axe vertical, qui tourneront, grâce aux 80m de charge, qui représentent la hauteur du barrage.
Quand l'usine sera installée, l'ONE installera une cité pour la gestion électrique des réseaux de la zone Nord.Mais le plus important réseau qui essaimera à partir du barrage Al Wahda sera bien évidemment le réseau d'irrigation. Sa construction nécessitera certainement des années. A ce sujet, les organismes financiers internationaux ont l'habitude de diriger les grands projets hydro-électriques des pays en développement. Leur principal grief est que les barrages construits attendent des années pour être utiles. Les réseaux d'irrigation ne sont pas construits simultanément.

Carte de visite

L'OBJECTIF du barrage Al Wahda est d'abord d'éviter les inondations provoquées dans le Gharb, par les crues du Sebou qui reçoit les eaux de l'Ouergha. Le débordement est fréquent, il a lieu tous les deux ans, même en période de sécheresse. Les surfaces inondées peuvent atteindre 150.000 hectares et les dégâts sont d'autant plus importants qu'ils affectent des cultures riches car... irriguées. L'efficacité hydraulique (volume d'eau retenu/volume d'eau qui déborderait sans barrage) atteindra 93%, avec un volume d'eau retenu de 3,8 milliards de m3.
Un autre objectif est l'irrigation, dans le Gharb, de 100.000 hectares. Les eaux pourront être aussi transférées vers les villes de Rabat et Casablanca, pour 800 millions à 1 milliard de m3 par an. Elles pourront irriguer jusqu'aux Doukkalas. L'usine hydro-électrique permettra la production de 390 millions de Kwh par an.

Le barrage sera haut de 88 mètres, sa longueur de crête sera de 1.600 mètres, ses eaux inonderont 1.200 hectares. 7.000 foyers seront touchés et indemnisés en argent ou en terre.
Pour le construire, il faudra extraire du sol 14 millions de m3 d'excavation, placer 27 millions de m3 de remblais. Mais cet ouvrage de terre nécessitera aussi 600.000m3 de béton et 6.000m2 de parais moulés.
Le projet barrage et usine coûtera 8 milliards de Dirhams. Il va "générer" d'autres investissements de 22 milliards de Dirhams en équipement de canalisation et autres.
Le taux de rentabilité est évalué à plus de 15%. C'est pourquoi des bailleurs de fonds ont été intéressés: l'Italie (30% du financement), l'Espagne (19%), l'URSS (relayée par l'actuelle Russie), le FADES (30%).
En définitive, la construction du barrage a été confiée à un groupement d'entreprises: Torno et Cogefar (Italie), Cubiertas (Espagne), Techo-promexport (URSS), Dolbeau et Djedda (Maroc).
La construction du barrage durera 6 ans et s'étendra jusqu'en 1996.

Khalid BELYAZID

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