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En Espagne, le futur commence tout de suite
Par le Pr Mohammed Larbi BEN OTMANE

Par L'Economiste | Edition N°:1752 Le 21/04/2004 | Partager

Ce matin de mars 2004, le lendemain même des élections nationales espagnoles, Madrid, où je me trouvais pour un court séjour professionnel, avait franchement un air d’après-éclipse. Rien n’avait changé, tout était à la même place que la veille: La Gran Via respirait ses mêmes odeurs et s’assourdissait des mêmes bruits qui enchantent ses admirateurs. Pourtant, et en même temps, tout avait changé. Une éclipse totale avait renvoyé à leurs études les astres politiques d’hier, pour les remplacer par de nouvelles étoiles. Le paysage politique espagnol avait changé totalement. Le peuple espagnol a appelé une nouvelle majorité à gouverner selon les principes les plus avérés du système démocratique. Le Parti populaire (qui n’est pas la droite mais qui regroupe diverses visions de droite, la nuance est importante) qui avait gouverné huit années, soit deux législatures successives, a cédé la place à une très large majorité au Parti socialiste ouvrier espagnol.Pour nous autres Marocains, ce changement doit être pris en compte d’autant plus qu’il s’est accompagné d’une victoire large du même parti dans la région d’Andalousie, notre plus proche voisin géographique. Avec lui, par la force des choses, nos relations sont quotidiennes et reposent sur des intérêts considérables.L’ambiance après ce changement se reflétait dans tous les éditoriaux. Evidemment, pour la nouvelle majorité, c’était l’Hymne à la Joie. Tel éditorial parlait de «l’Espagne renouvelée», de «dépoussiérage», de «divine surprise» et même de «purge» (Rosa Montero, El Pais). Chez les autres, l’abasourdissement était manifeste, surtout qu’aucun sondage n’avait annoncé un tel revirement. Le Parti populaire était donné victorieux et même les scrutateurs dans les bureaux de vote n’y croyaient pas après le dépouillement d’une bonne partie des bulletins.Les perdants ont vite fait d’essayer d’expliquer ce résultat par les retombées des attentats du 11 mars: près de 200 morts et plus de 1.700 blessés, souvent graves, cela pèse! Il n’est certes pas exclu que ces tragiques évènements, que l’Espagne unanime a fortement condamné et avec laquelle le Maroc s’est fortement solidarisée, aient pu légèrement peser sur la balance électorale.Mais la raison doit être recherchée ailleurs. Ce vote exprime d’abord le rejet d’une équipe qui gouvernait à contre-courant de son opinion publique. Et tout le monde sait que lorsque le président Aznar a décidé de rejoindre les Etats-Unis dans la guerre contre l’Irak, 96% de sa population était contre sa décision.Pourtant, au-delà de ces raisons et de ces explications de vote, ce qui aujourd’hui est important et très utile à méditer pour nous Marocains, c’est essentiellement deux aspects:Premièrement, par son vote, le peuple espagnol démontre qu’il détient et exerce pleinement, conformément à sa Constitution, sa souveraineté nationale. C’est le propre du vote dans les pays démocratiques. Par son vote, il a pu intervenir dans les choix cruciaux et les orientations fondamentales de la politique intérieure et internationale de son pays. Et ce qui ne gâche rien, il a fait le meilleur choix, tout en plaçant son pays au coeur du débat mondial et de la légalité internationale. Par ce vote, l’Espagne a immédiatement gagné une immense crédibilité. Aujourd’hui, elle est devenue un interlocuteur qui gère sa souveraineté conformément au choix de son peuple. Du coup, elle est sortie d’un suivisme néfaste et dogmatique à l’égard des Etats-Unis. Qui dans parmi les gouvernements arabes s’inquièterait seulement d’informer les populations sur la politique étrangère? . Les critères démocratiquesMais comment l’Espagne est-elle arrivée à ce niveau en si peu de temps? C’est ce second aspect qu’il nous importe, nous Marocains, de méditer aussi. Autrement dit, dans ce système démocratique basé sur la souveraineté du peuple, le futur commence tout de suite.Dès que les premiers résultats ont commencé à être connus, Zapatero (équivalent de «cordonnier» en français, et de «schumacher» en allemand, surnom que lui donne son cercle restreint) annonce les priorités de sa politique. Et tout de suite, ont commencé à filtrer les noms de ses futurs principaux ministres. De ce second aspect, il convient donc de méditer aussi le fait que la démocratie commence à jouer pleinement durant et juste après le vote. La démocratie, comme chacun le sait, se construit sur une série de critères (liberté d’expression, d’association, séparation des pouvoirs, respect des droits humains…). Tous ces éléments sont aussi importants les uns que les autres. Mais il en existe un qui leur est supérieur parce qu’il est transversal et les dépasse tous, c’est le critère qui consiste pour le peuple à changer ses gouvernants par suffrage, dans le cadre de la loi, en toute sérénité et dans le parfait respect des modalités et règles de la transition démocratique. C’est d’ailleurs l’absence de cette possibilité que nous reprochent avec beaucoup de suffisance les rapports internationaux, notamment ceux émanant des ONG américaines, qui s’intéressent à l’évolution de la démocratie dans le monde.Ce qui est arrivé la nuit du 15 mars 2004 en Espagne est que le peuple a changé en toute légalité et en connaissance de cause ses gouvernants. Il leur a donné surtout les outils pour promouvoir et mettre en place un Exécutif démocratique et efficace. . Processus sûr, stable et prévisibleQue dit la Constitution du pays? Dès la mi-avril 2004, maintenant donc, la procédure d’investiture s’enclenche. Elle a consisté pour le Secrétaire général du parti qui a obtenu le plus de voix (en l’occurrence cette fois-ci le PSOE) à se présenter devant le Parlement pour obtenir sa confiance. Une fois cette investiture acquise, celui-ci est automatiquement confirmé par le Roi comme le nouveau président du gouvernement. Il bénéficie donc de deux légitimités: celle issue des urnes et celle issue du vote de l’assemblée des députés de la Nation. En somme, il bénéficie d’une double légitimité populaire et politique. Et, une fois investi, le président forme le gouvernement, appelé à exécuter le programme qui a reçu l’aval des députés. C’est de cette façon que le président se trouve investi de la réalité du pouvoir qu’il exerce conformément à la Constitution.Avec ce schéma sûr, stable et prévisible, on est très loin des élections marocaines qui laissent les partis politiques courir leur marathon électoral, alors qu’à la fin de la course, on fait appel à une personne qui n’a même pas couru pour lui accrocher la première médaille. C’est un cas de figure en fait assez dirimant, indépendamment de la compétence de la personne choisie. Dans le système constitutionnel et administratif espagnol, les ministres désignés choisissent à leur tour leurs équipes en fonction de leurs compétences et du programme arrêté auparavant. L’efficacité et le rendement de leur département s’en trouvent renforcés, et la bonne gouvernance, au plan économique, social, culturel et des infrastructures, a souvent été au rendez-vous.Les relations avec le Maroc ne semblent pas échapper à l’efficacité de cette configuration. En conséquence, notre pays devrait d’urgence tenir compte des changements que les dernières élections espagnoles ont apportées. En tout cas, chez notre voisin, une vision a d’ores et déjà été définie, la stratégie concrète pour la mettre en oeuvre est sans doute déjà sur les rails, les hommes et les femmes nouveaux pour l’exécuter ont été désignés. Zapatero a affirmé que pour lui «les relations avec le Maroc sont une priorité». La solidarité et les prises de position marocaines à la suite des évènements de Madrid ont été positivement perçues en Espagne. Le Maroc devrait être capable de tirer les meilleurs profits de cette nouvelle configuration. Les deux pays n’ont que trop tardé à normaliser et renouveler leurs bonnes relations sur la base du bon voisinage, de l’amitié et de la coopération. Surtout que des deux côtés du détroit, chacun est sans doute conscient qu’on ne peut faire du neuf avec du vieux.

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