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Maroc-Suisse - Innovation: Les recettes inoxydables d’un modèle

Par Amin RBOUB | Edition N°:6119 Le 22/10/2021 | Partager

La Suisse dispose d’un écosystème de formation, recherche et innovation (FRI) de pointe qui contribue de manière active et responsable à la résolution de défis communs. Sur le plan international, la Confédération suisse est des plus compétitives en matière d’innovation. En effet, il s’agit là de l’un des pays qui investit le plus en recherche et développement par rapport à son produit intérieur brut. Les entreprises privées supportent plus de deux tiers des dépenses de R&D suisses, qui atteignent près de 22 milliards de francs, soit plus de 3% du PIB. L’encouragement public de la recherche mise essentiellement sur l’initiative des chercheurs, sur le principe de concurrence ou encore sur la coopération internationale.

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Le Parc suisse d’innovation est l’un des instruments phares qui permet à la Confédération de conserver sa place à la pointe de l’innovation et de préserver sa compétitivité internationale (Ph. Sefri)

A l’origine des avancées de l’écosystème innovation, il y a plusieurs facteurs de succès: «Une grande partie du succès en matière d’innovation est due à certaines conditions-cadres que nous avons en Suisse. Et c’est probablement la combinaison et le bon mix de caractéristiques qui en sont responsables: une structure industrielle diversifiée, 99,6 % de PME (le tiers d’acteurs internationaux), quatre langues (et cultures) nationales plus l’anglais, 24% d’étrangers, une base scientifique et technologique solide, un excellent système éducatif, ou encore une approche «bottom-up» avec un vaste réseau international et possibilités d’intégration et surtout une stabilité politique et un système juridique prévisible», explique à L’Economiste l’expert Dércio Afonso da Silva, responsable des relations bilatérales avec le continent africain au Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI). Les facteurs de succès résident également dans le poids de la R&D.

«L’Etat se concentre sur l’éducation et la recherche, car l’innovation relève du domaine des entreprises qui réussissent. Il en résulte, entre autres, un nombre élevé de brevets ou une part très importante d’exportations de haute technologie», analyse Dércio Afonso da Silva. De l’avis de ce spécialiste en charge des relations bilatérales au SEFRI, «l’approche «bottom-up» est un principe central qui est au coeur du financement public dans la recherche et l’innovation. Ce sont les entreprises qui prennent elles-mêmes l’initiative ainsi que les risques. Quant au financement public, il ne fournit qu’un soutien complémentaire à ces activités. Par ailleurs, les institutions académiques agissent de manière autonome et les universités définissent elles-mêmes leurs priorités de recherche».

L’écosystème suisse de l’innovation puise également son succès du système éducatif, des grandes écoles, universités et surtout de la formation professionnelle. «Notre système éducatif est basé sur un mélange complémentaire d’enseignement professionnel et académique. Il est très souple, flexible et perméable. Ce qui permet de disposer d’une large base de connaissances et d’éducation assez proche des besoins du marché», fait valoir Dercio Afonso da Silva. Selon ce dernier, le système de formation professionnelle permet aux jeunes d’entrer sur le marché du travail et garantit suffisamment de travailleurs et de cadres qualifiés à l’avenir. Il fait partie intégrante du système éducatif!

En Suisse, deux tiers des jeunes sortant de l’école obligatoire suivent une formation professionnelle, qui leur permet d’acquérir des bases solides dans une profession donnée. Il existe environ 230 professions au choix ou encore quelque 400 examens fédéraux et 57 filières d’études dans les écoles supérieures. La plupart des formations professionnelles sont de type dual. Autrement dit, un enseignement en classe à temps partiel combiné à un apprentissage à temps partiel dans une entreprise d’accueil. En général, la formation professionnelle est très flexible. En ce sens que les apprenants peuvent poursuivre des études et des formations assez poussées, passer de la voie professionnelle à la voie de l’enseignement général/universitaire. Selon Dercio Afonso da Silva, l’éducation et la formation sont centrées sur l’acquisition de compétences professionnelles recherchées. «Ce lien direct avec le marché du travail est la principale raison pour laquelle la Suisse a l’un des taux de chômage des jeunes les plus bas d’Europe», analyse-t-il.
Autre particularité et non des moindres, les fonds publics vont presque toujours dans des programmes de financement de la R&D qui soutiennent tout type de sujet. «Nous laissons aux chercheurs et aux développeurs le soin de décider du domaine ou de la recherche où l’argent est dépensé. Bien évidemment, tous les dossiers sont soumis à une évaluation», tient à préciser l’expert.

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La Suisse, la Corée du Sud et Singapour dans le peleton de tête de l’innovation mondiale en 2021

Parmi les principaux domaines d’innovation dans la Confédération helvétique, l’on relève trois principaux clusters: l’industrie pharmaceutique, la «Health Valley» et les technologies de l’information et de la communication (Voir encadré 1). La Suisse dispose également de références solides qui s’exportent un peu partout dans le monde. Parmi ces références, les technologies et industries de pointe. En effet, l’intelligence artificielle (IA), la robotique, la santé personnalisée, la Blockchain, les services fionanciers sont parmi les maillons forts de la Confédération (Voir encadré 2).

Les pouvoirs publics suisses sont convaincus qu’il n’y a «aucune recette secrète pour réussir en matière d’innovation». Mais à force de comparer les différentes stratégies d’innovation de différents pays, ils se sont rendus compte que les pays qui réussissent ont généralement une stratégie bien adaptée à leurs circonstances spécifiques ainsi qu’à leur système national d’innovation.

«La Suisse n’a pas besoin d’une stratégie d’innovation spécifique, car notre système national d’innovation est régi par des principes centraux qui sont partagés par tous les acteurs du système, publics et privés. Ces principes centraux sont si profondément ancrés dans le système et si stables dans le temps. En même temps, ils sont suffisamment larges pour être interprétés différemment à mesure que le pays évolue et que la situation change», résume Dercio Afonso da Silva.

Et d’ajouter: «Notre système d’innovation présente certaines caractéristiques émergentes-clés. Il est diversifié et capable d’assurer la stabilité ainsi que la capacité d’adaptation (sans perdre son identité). Ces cinq principes (conscience de la qualité, compétitivité, coopération, subsidiarité, autonomie des agents) ne sont pas les seuls, car nous valorisons également l’efficacité en contrepoint de la conscience de la qualité et nous valorisons à la fois l’ouverture et l’identité. Mais les cinq éléments mentionnés ci dessus sont au coeur de toutes nos activités d’innovation».

Trois principaux clusters

Grosso modo, la Suisse compte trois clusters économiques importants. Ces clusters ne sont pas nés d’un effort centralisé. Ils se sont formés autour d’entreprises ou d’institutions de recherche phares ou ont été soutenus par des efforts locaux. Les trois clusters sont:  
■ Industrie pharmaceutique: Plus d’un tiers des exportations suisses proviennent de l’industrie pharmaceutique. Ce qui en fait un contributeur majeur de l’économie suisse. Tant les multinationales, telles que Roche et Novartis, que les petites et moyennes entreprises pharmaceutiques disposent d’excellentes infrastructures et d’un personnel qualifié en Suisse. La coopération entre les grandes et les petites entreprises ou encore la proximité des institutions de recherche offrent un environnement favorable pour la recherche et l’innovation et constituent la base d’un site de production hautement spécialisé.
■ Health Valley: La «HealthValley» couvre la région de la Suisse occidentale, où le secteur des sciences du vivant s’étend de Genève à Berne, y compris les sept cantons francophones de Berne, Fribourg, Genève, Jura, Neuchâtel, Valais et Vaud. Ce cluster présente une masse critique de 1.000 entreprises, centres de recherche et structures de soutien à l’innovation, représentant aujourd’hui plus de 25.000 emplois.
■ Technologies: Les technologies de l’information et de la communication (TIC) représentent un cluster clé pour l’économie suisse. Les applications TIC imprègnent le tissu économique et social du pays et constituent un moteur important pour l’amélioration de la productivité dans de nombreux secteurs.  La Suisse est extrêmement bien placée à cet égard grâce à la capacité d’adaptation de ses entreprises aux nouvelles solutions TIC et aux compétences étendues de leurs employés.

                                                                        

Robotique, IA, Blockchain... Les maillons forts

Parmi les références solides du Made in Switzerland qui s’exportent un peu partout dans le monde, figurent les technologies et les industries de pointe. Sur ce registre, l’intelligence artificielle est une pièce maîtresse.
■ Intelligence artificielle: L’IA suisse puise sa force des universités et instituts de recherche de renommée mondiale. La proximité d’infrastructures de pointe est l’une des raisons principales pour lesquelles des acteurs mondiaux des technologies de pointe, comme Google, IBM ou encore HPE , y mènent leurs recherches.
■ Robotique: Forte d’une longue tradition dans l’horlogerie et le génie mécanique, la Suisse a développé un savoir-faire unique dans des domaines apparentés, tels que la robotique, la fabrication de précision ou encore la microélectronique.
■ Santé personnalisée: Grâce à sa solide expérience dans les sciences du vivant et les technologies de l’information en plus d’un écosystème dense tout au long de la chaîne de valeur, la Suisse constitue un cadre idéal pour les nouvelles applications numériques dans le domaine de la santé.
■ Blockchain: Originaire de la ville suisse de Zoug, la «Crypto Valley» s’est taillé une réputation mondiale de catalyseur des jeunes entreprises de la blockchain, notamment les pionniers que sont Ethereum et Bitcoin Suisse.
■ Fabrication de pointe: Forte d’un riche savoir-faire dans les secteurs de l’horlogerie, de la métallurgie, des machines-outils et des technologies médicales, la Suisse est devenue un pôle d’industries de précision, à l’avant-garde des processus avancés de l’ère numérique. En tant que site de production, la Suisse permet aux entreprises d’optimiser leur exploitation en accroissant la productivité et en réduisant les coûts.
■ Sciences du vivant: La Suisse abrite un cluster unique au monde dans le domaine des sciences du vivant. Outre les entreprises chimiques et pharmaceutiques telles que Novartis, Roche ou Syngenta, le cluster comprend également un vaste réseau d’entreprises spécialisées en technologies médicales, biotechnologies et nanotechnologies.
■ Services financiers: La Confédération suisse fait partie des principales places financières au monde. Une plaque tournante que ce soit dans la gestion de patrimoine, dans les assurances ou encore une plateforme de commerce pour les matières premières.   
■ Industrie pharma: Plus d’un tiers des exportations suisses proviennent de l’industrie pharmaceutique, ce qui en fait un contributeur majeur de l’économie suisse. Tant les multinationales, telles que Roche et Novartis, que les petites et moyennes entreprises pharmaceutiques disposent en Suisse d’excellentes infrastructures et d’un personnel qualifié. La coopération entre les grandes et les petites entreprises et la proximité des institutions de recherche offrent un environnement idéal pour la recherche et l’innovation et constituent la base d’un site de production hautement spécialisé....
Ces clusters ne sont pas nés d’un effort centralisé. Ils se sont formés autour d’entreprises ou d’institutions de recherche phares ou ont été soutenus par des efforts locaux.

Amin RBOUB

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