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Maroc-Suisse - Echanges commerciaux: Une grande fenêtre de tir dans les deux sens

Par Amin RBOUB | Edition N°:6119 Le 22/10/2021 | Partager
L’approche triangulaire sur le continent africain
Des relais de croissance des plus prometteurs

Les relations économiques et commerciales sont appelées à s’intensifier et à se diversifier davantage entre la Suisse et le Maroc. Forts d’un siècle de présence diplomatique et économique, les deux pays sont résolus à impulser une nouvelle dynamique aux échanges, dans les deux sens.

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La stratégie MENA de la Confédération suisse vient à point nommé enclencher cette nouvelle dynamique. Parmi les axes prioritaires de cette stratégie multidimensionnelle, figurent la migration, le développement durable, l’éducation ou encore les nouvelles technologies.

D’ailleurs, le Maroc a une place de choix dans cette stratégie en tant que bénéficiaire de programmes spécifiques et pluridisciplinaires. «Notre Conseil fédéral déploie pour la première fois une stratégie MENA et une vision pour le continent africain où le Maroc a une place de choix», fait valoir Christophe de Figueiredo, président de la Chambre de commerce suisse au Maroc. Cette initiative devra ouvrir plusieurs fenêtres de tir pour le Maroc dans le sens d’une approche triangulaire Suisse-Maroc-Afrique.

«Il est très important pour les entreprises suisses de s’intéresser au Maroc non seulement pour ses qualités et potentiels intrinsèques mais aussi de considérer le Royaume comme une plateforme et une porte ouverte sur le continent africain», fait valoir SE Guillaume Scheurer, ambassadeur de la Suisse au Maroc.

Sur les échanges commerciaux, globalement la Suisse réalise en moyenne entre 560 à 600 millions de CHF avec le Maroc (ndlr: l’équivalent de 5,6 à 6 milliards de DH).  A l’aune des indicateurs des échanges, il y a des gisements d’accélération des flux dans un sens comme dans l’autre.

«Certes, nous sommes très loin du potentiel... Mais il y a moyen de faire plus et d’aller plus loin dans les flux», s’accorde à dire le président de la Chambre suisse de Commerce. Le Maroc est le 3e partenaire commercial de la Suisse en Afrique. Mais en 2020, les flux ont enregistré une baisse, qui s’explique essentiellement par la crise Covid-19», tient à préciser Pierre-Yves Morier, conseiller et chef de Mission à l’Ambassade suisse à Rabat. Concrètement, en 2020 les échanges commerciaux ont été impactés par les effets de la pandémie. Les importations et les exportations de biens ont enregistré des baisses respectives de 13% à l’export et 6,5% à l’import avec le Maroc.

Du coup, le volume du commerce bilatéral global a atteint 565 millions de francs suisses en 2020, contre 630 millions un an auparavant. Ceci dit et malgré la crise Covid, «les flux ont fait preuve d’une forte résilience, notamment dans certains secteurs stratégiques tels que l’automobile, les produits de la pêche, l’agriculture en provenance du Maroc», relève Pierre-Yves Morier.  Certes, les indicateurs des flux sont en deçà des ambitions des deux pays, mais ces chiffres méritent tout de même d’être relativisés: «L’Allemagne réalise 2,1 milliards d’euros avec le Maroc.  Mais ceci dit, la Suisse est 10 fois plus petite que l’Allemagne. Pourtant, la Confédération pèse pour le tiers des échanges de l’Allemagne avec le Maroc», nuance le président de la Chambre de commerce. Moralité: les chiffres actuels sont certes moins importants, mais le potentiel reste énorme avec des relais de croissance dans les deux sens. «Les indicateurs sont appelés à évoluer, mais il faut rappeler que la Suisse n’est pas un partenaire historique du Maroc, à l’instar de France et l’Espagne...», tient à préciser de Figueiredo.

Dans le détail, la composition de l’offre exportable suisse à destination du Maroc fait ressortir une forte dominance de produits issus des industries chimiques et pharmaceutiques (105 millions de francs), de produits agricoles, de la sylviculture et de la pêche (85,4 millions de francs). S’ensuivent les machines et autres appareils électroniques (46,3 millions de francs) ou encore les instruments de précision, l’horlogerie et la bijouterie (41,4 millions de francs)... Ce sont là les principaux produits suisses qui occupent les premières places des exportations vers le Maroc. L’export suisse vers le Maroc compte également des métaux précieux, de l’or raffiné, des composants automobiles ou encore des produits agroalimentaires (tabac, café, chocolat, biscuiterie...)  
Dans l’autre sens, le contenu de l’offre exportable marocaine en Suisse  comprend essentiellement des véhicules (voitures particulières), des produits agricoles, des minerais, des métaux précieux, des plantes aromatiques, cuir & maroquinerie, textile, conserves de poisson, artisanat...

Sur les relais de croissance, il y a encore des gisements illimités d’opportunités dans les deux sens, notamment dans le domaine de la technologie, l’innovation, le tourisme, l’agro-business, le transport-mobilité, l’agriculture, l’éducation, l’aéronautique, l’économie circulaire...

Sur les relais de croissance des flux, il y a encore des périmètres à explorer: «Le Maroc continue d’offrir de nombreuses opportunités à la Suisse et à ses entreprises, en raison notamment de sa volonté de développer son secteur financier, de renforcer son industrialisation, de mener des grands travaux et chantiers d’infrastructures et de reformer son système éducatif, en particulier la formation professionnelle. A cela s’ajoute son rôle de porte d’entrée vers l’Afrique, qu’il joue de plus en plus activement», fait valoir le représentant de l’Ambassade suisse à Rabat. Autres gisements en termes d’intensification des échanges suisses vers le Maroc: la technologie, le numérique, la robotique, l’innovation... La Suisse est, rappelons-le, l’un des pays les plus innovants au monde!

«Ce qui confirme un potentiel en termes d’amélioration de la valeur ajoutée du made in Maroc», fait valoir Pierre-Yves Morier qui insiste sur les opportunités illimitées induites par le numérique et les technologies sur des secteurs stratégiques au Maroc tels que l’industrie, l’éducation-formation, la recherche, les banques et services...

«Le numérique et les nouvelles technologies sont une priorité de la Suisse au Maroc. La Confédération accompagne les réformes du secteur éducatif, notamment dans la formation professionnelle, en mettant à disposition des compétences ciblées et en favorisant les contacts avec des acteurs en Suisse. Elle soutient des initiatives d’institutions universitaires suisses qui aspirent à travailler avec des établissements marocains de formation dans les domaines liés à la formation, aux technologies ou encore à l’innovation. Ces efforts doivent également encourager nos opérateurs économiques à développer leurs réseaux, contacts et échanges», soutient Morier.

A l’avenir, tout porte à croire que les échanges seront appelés à évoluer considérablement, notamment dans des domaines de pointe.
Au total, une cinquantaine d’entreprises suisses opèrent au Maroc avec quelque 10.000 postes d’emplois directs. Dernier opérateur arrivé en date (août 2021), le groupe Pilatus Aircraft. Il s’agit d’un avionneur de référence qui vient d’annoncer la construction d’une usine de 16.000 m²  afin d’accueillir des lignes d’assemblage d’aéro-structures/fuselage à la technopole de Nouaceur (Casablanca). Le groupe suisse Pilatus Aircraft a confié à Sabca Maroc, filiale du belge Sabca, le montage de l’aérostructure de son PC-12. Sabca construira la nouvelle usine.

                                                                  

 IDE, leviers d’accélération

Sur les investissements directs étrangers, là encore il y a un potentiel sous exploité et des relais de croissance incontestables. «Nous n’avons pas encore atteint le plein potentiel de nos capacités respectives», précise le président de la Chambre de commerce au Maroc. En 2019, les IDE se sont élevés à 1,5 milliard (soit une baisse de 54%!) Il s’agit là du montant le plus bas des 6 dernières années. Cette chute des IDE s’explique essentiellement, selon les analystes, par «une croissance économique plus modérée doublée d’une baisse de la demande en matières premières».  A fin décembre 2020, le flux net des investissements directs étrangers est resté stable, quoiqu’en léger glissement annuel (+1%). Grosso modo, les investissements suisses au Maroc sont essentiellement répartis entre l’industrie, le ciment (LafargeHolcim), l’immobilier, le commerce, les services...  En 2019, ce sont les activités immobilières qui ont attiré le plus d’IDE suisses au Maroc (soit 540 millions de francs ou 34,9% contre 15,5% en 2018). Viennent juste après les industries manufacturières avec 510 millions de francs ou 33,2% contre 14% en 2018. S’ensuivent l’hébergement-restauration (160 millions de francs, soit 10,3%). A eux seuls, ces trois secteurs contribuent à hauteur de 78,4% au flux net total des IDE suisses au Maroc en 2019.

                                                                  

Résilience

Malgré le contexte mondial actuel marqué par la pandémie (Covid-19) doublée d’une crise économique, la Confédération suisse a été moins impactée que la majorité des pays européens. Parmi les facteurs de résilience qui ont permis d’amortir le choc voire atténuer les effets de la crise, figurent la flexibilité de l’économie suisse, un tissu dense de PME, des entreprises assez diversifiées et inscrite dans la valeur ajoutée, l’innovation, la R&D... «La recette, c’est que l’on ne met pas tous les oeufs dans le même panier», schématise Christophe de Figueiredo, président de la Chambre de Commerce Suisse au Maroc. Selon ce dernier, les facteurs de résilience résident à la fois dans la typologie d’industries, la diversification des destinations et marchés à l’export, mais il y a aussi un tissu de PME assez flexible et agile. Plus encore, les grands groupes suisses sont des géants mondiaux qui permettent de sécuriser l’économie suisse. Il y a à la fois l’avantage des entreprises de grande taille et celui des firmes de petite taille, explique de Figueiredo. Et d’ajouter: «Nous disposons d’une industrie vitale qui exporte des produits à très forte valeur ajoutée».

                                                                                            

Place financière mondiale: Le mythe qui perdure

Au delà du mythe! La Suisse fait partie des principales places financières au monde, que ce soit dans la gestion du patrimoine, les placements de fonds, les assurances ou encore comme plateforme de commerce pour les matières premières et le marché mondial des commodités. Selon Switzerland Global Entreprise (S-GE), l’organisation officielle suisse chargée de la promotion des exportations et de la place économique, le statut de place internationale, la Suisse le puise de la «forte densité de prestataires financiers nationaux et internationaux, l’accès à un marché des capitaux très développé et liquide, ainsi qu’une infrastructure financière moderne. S’y ajoutent une large offre de services dans le financement de projets et le conseil en placements». De  surcroît, l’évaluation des risques, les fusions et les reprises peuvent bénéficier de divers soutiens.
Ce sont là autant d’atouts qui permettent aux entreprises qui comptent entrer en bourse d’avoir accès à des investisseurs, riches en capitaux, via la bourse suisse, soutient S-GE. Pour les entreprises du secteur pharmaceutique, des biotechnologies et des technologies médicales, la Suisse est une place commerciale particulièrement importante. D’ailleurs, la Bourse suisse est la plus grande place des sciences de la vie d’Europe. Pour les petites et moyennes entreprises, BX Swiss offre une plateforme commerciale alternative, avantageuse et favorable aux émetteurs. Les banques suisses disposent d’un ancrage régional solide qui plus est adossé à des réseaux internationaux.
Outre les banques, les assurances sont l’un des principaux secteurs de la Confédération suisse. Avec une valeur ajoutée extrêmement élevée, les assurances contribuent à la puissance économique du pays de manière supérieure à la moyenne, précise Switzerland Global Entreprise.
La spécificité du modèle suisse de place financière repose sur une série de conditions-cadres attractives, l’optimisation des relations commerciales ou encore des marchés assez ouverts. L’enjeu étant de créer le contexte et l’environnement les plus favorables possibles pour que la place financière reste dans le peloton de tête des grandes places d’envergure mondiale. Parmi les particularités de la place helvétique, son cadre libéral qui favorise les conditions de compétitivité, la polyvalence voire la performance. Plus encore, l’Association suisse des banquiers (ASB) plaide en faveur d’un environnement fiscal attrayant ainsi que d’une réglementation libérale basée sur les principes de proportionnalité et de compétitivité. Autre argument fort: des marchés ouverts. Ce qui a permis à la place financière d’occuper la première place mondiale en matière de gestion de fortunes transfrontalières. «Un bon accès au marché est vital pour les banques suisses axées sur l’exportation, qui doivent pouvoir proposer des services adaptés aux attentes des clients sur les marchés cibles. C’est pourquoi l’ASB s’efforce d’obtenir des améliorations constantes dans le domaine de l’accès au marché», fait valoir l’Association suisse des banquiers.

                                                                  

Gestion de fortunes

A fin 2020, le total des actifs sous gestion dans les banques en Suisse s’établissaient à 7.878,7 milliards de francs. La Confédération est le leader mondial du Private Banking transfrontalier: un quart des actifs sous gestion transfrontalière dans le monde sont gérés en Suisse. En 2020, les actifs sous gestion des clients suisses ont augmenté de 93,2 milliards de francs. La même année, les actifs sous gestion des clients domiciliés à l’étranger ont diminué de 108,0 milliards francs. Dans l’ensemble, la gestion de fortune des banques suisses reste au niveau de l’année précédente (-0,2 %).  La structure des portefeuilles en dépôt par monnaies est restée stable par rapport à 2019. Le franc suisse est toujours la principale monnaie de placement, avec une part de plus de 50%. Depuis 2011, l’on observe une augmentation constante des actifs sous gestion.

Amin RBOUB

 

 

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