×Membres de L'Economiste Qui sommes-nousL'Editorialjustice régions Dossiers Société Culture Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

Se reconstruire en contexte Covid: Paroles d’économistes - Entretien avec le Pr. Ahmed Azirar

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5857 Le 05/10/2020 | Partager
Sauver les entreprises sous-capitalisées, mais prometteuses
Avec un déficit de 7%, le gouvernement devrait mobiliser des ressources alternatives
Une opportunité: Les mouvements de capitaux et de restructuration des chaînes de valeur mondiales
ahmed-azirar-057.jpg

Bio express: Docteur d’Etat ès sciences économiques, spécialisé en commerce international et intelligence des marchés, Ahmed Azirar a exercé en tant que professeur à l’ISCAE. Il est fondateur de l’Association marocaine des économistes d’entreprise (AMEEN) et coordinateur du volet scientifique de l’IMIS (Institut marocain d’intelligence stratégique).

Fournir des clefs de décryptage pour tenter de comprendre une conjoncture inédite, suggérer des pistes de relance… L’Economiste propose à ses lecteurs une série d’entretiens avec des économistes et personnalités de premier plan. Le Pr. Ahmed Azirar pour cette édition.

- L’Economiste: Comment faire face au tsunami des faillites d’entreprises?

- Ahmed Azirar: La crise née du Covid-19 est multiforme et d’une sévérité inouïe. Elle a impacté tant la demande que l’offre. Elle a frappé, plus ou moins fortement, les grandes entreprises, comme les petites et les indépendants. Mais tous les secteurs et les branches ne souffrent pas au même degré. Le commerce des grandes surfaces, l’agroalimentaire, l’industrie pharmaceutique, certaines sous branches de la chimie-parachimie (savons, détergents, corps gras...) s’en sortent plus ou moins bien.
La crise est particulièrement dure pour les PME et les TPME, qui étaient déjà, en gros, structurellement fragiles, financièrement, techniquement et du point de vue de leur gestion. Les PME et TPE menacées de faillite doivent faire l’objet d’une typologie, car on peut sauver celles qui sont sous-capitalisées ou qui vivent une crise de liquidité à condition qu’elles aient un savoir-faire et un capital immatériel qui s’adresse à un marché porteur.
Le rôle des banques est à ce niveau important avec le soutien du fonds Covid, qui devrait être renfloué, ou carrément on devrait créer une véritable banque PME. Il y a certes le programme «Relance» en cours déjà, mais il y a surtout le grand plan de relance annoncé (de 120 milliards de DH qui prévoit, en principe, un volet soutien et recapitalisation des entreprises) sur lequel beaucoup d’espoirs sont fondés, en termes de soutien tant à la demande qu’à l’offre.
Il y a, ne l’oublions pas, l’effort à déployer par les actionnaires eux-mêmes dans la recherche de la survie de leurs entreprises, en termes d’efforts d’investissement et de refonte des plans d’affaires.

- Justement, jusqu’où le gouvernement pourrait-il activer le levier de la dette pour faire face aux impacts économiques et sociaux de la crise?
- La dette intérieure, déjà importante et qui augmente, peut être traitée entre l’Etat et le secteur financier institutionnel qui détient l’essentiel de cette dette. Il faudrait naturellement que le système bancaire trouve son compte dans cette gestion dynamique de la dette en ce temps de crise. Le système bancaire ne doit pas être fragilisé, surtout qu’il gère des programmes de financement multiples pour son propre compte ou pour le compte de l’Etat (Oxygène, Relance, Intelaka…).
Ceci étant, le taux d’endettement public, pris globalement, est en hausse et atteint déjà 90% du PIB. C’est normal. C’est le cas dans le monde entier. C’est surtout la partie dette extérieure en devises qui pose le plus de questionnements. Surtout que le coût va croître, tant sous l’effet de l’augmentation des mobilisations, que du relèvement des taux. C’est pourquoi, il revient au gouvernement d’être plus imaginatif pour mobiliser des ressources alternatives à un moment où le déficit budgétaire risque de dépasser les 7% du PIB. A titre d’exemple, des niches fiscales ou parafiscales peuvent être actionnées, et d’autres abandonnées, comme le recouvrement fiscal doit être dynamisé. Le patriotisme économique doit se manifester davantage. Il convient aussi de mobiliser l’épargne endormie ou les liquidités disponibles hors circuit bancaire, par des incitations supplémentaires aux amnisties existantes. Il incombe surtout à l’Etat de  travailler dans le sens de l’attrait d’IDE, dans un contexte certes difficile, mais aussi d’existence d’opportunités liées aux mouvements en cours des capitaux et de restructuration des chaînes de valeur mondiales. Le travail de l’Etat sur ce plan est primordial, tant la concurrence est vive avec de nouveaux acteurs étrangers.
 
- Un bon plan de relance devrait-il s’appuyer uniquement sur la distribution d’aides?
- Bien sûr que non. Encore qu’on ne peut éviter, pour un certain temps, ces aides tant à la consommation qu’à l’investissement, avec une gestion transparente et efficiente. Mais c’est dans la relance de l’économie que réside la solution durable. Il y a à cet égard l’équilibre à trouver entre les impératifs sanitaires de gestion de la crise et la nécessité de laisser autant que faire se peut les activités économiques se dérouler aussi fluidement que possible. Le temps de la précaution extrême est dépassé. C’est le temps aujourd’hui d’apprendre à vivre avec ce virus et de déployer une gestion optimale, à travers une communication à outrance, une rigueur de soumission du public et des entreprises aux règles de distanciation, un traitement hospitalier efficient, et une prise de décisions appropriée…
C’est dire que la relance exige de remettre le maximum de gens possible au travail. Et de soutenir suffisamment le secteur informel. Celui-ci concerne plus de quatre millions de familles, soit environ 15 millions de personnes, en situation de fragilité financière, doublée, en général, de non-couverture sociale et médicale. C’est énorme! Ce secteur à lui seul nécessite tout un plan intégré du ressort du gouvernement, des autorités locales et des intéressés. Ce plan qui doit être modulé selon que l’informel est vivrier, ou quasi organisé. C’est la quintessence du dernier discours royal qui fixe 5 ans pour réussir la généralisation de la couverture sociale. N’oublions pas que l’informel est multiforme. Il y a une frange qui est hyper organisée, qui prospère dans la durée, qui a ses marchés, et dans les périphéries des villes, qui a ses modes de financements, d’achat de factures quand il le faut, de réseaux commerciaux…
Il y a aussi une frange carrément hors la loi qui doit être combattue avec fermeté. Il y a aussi cette catégorie qui vit au sein même du secteur dit organisé et qui recourt à la sous-facturation, à la non-déclaration des travailleurs, ou qui sous-traite ses travaux à des indépendants ou des tâcherons de l’informel. Il y a pour les cinq années à venir tout un programme socioéconomique à dérouler. L’administration est tenue d’y réussir. Les entreprises publiques, elles-mêmes interpellées, devraient participer à la réussite de ce programme quinquennal décisif.
Concernant l’intégration du secteur informel, il s’agit de changer de paradigme de développement, étant donné que les idées du développement dual, de l’assimilation et du ruissellement, n’ont pas fonctionné.
S’agissant des branches industrielles stratégiques, comme l’automobile, l’aéronautique, l’électronique…, ainsi que l’exportation, en général, elles doivent être relancées moyennant, s’il le faut, de nouveaux cahiers des charges.
Il y a aussi les nouvelles orientations à donner à certains secteurs comme la pharmacie, l’agroalimentaire et le textile, et ce dans le sillage du nécessaire développement de ces secteurs de vie ou, carrément, de souveraineté, en conformité avec les besoins internes et les mutations des mentalités des consommateurs et des chaînes de valeur mondiales et/ou régionales.

- Vous disiez que le Maroc dispose d’atouts pour une relance économique rapide. Quels sont-ils?
- Le leadership national fort, la stabilité politique et sociale, l’arrimage de notre système juridique et opérationnel à l’Europe, constituent des forces globales incontestables. Au plan méso-économique, nous avons des couples régions-secteurs d’activités qui sont visibles sur les radars mondiaux, grâce à des avantages comparatifs, dont les ressources humaines qui sont performantes malgré les faiblesses existantes. Notre proximité géographique et notre centralité, ainsi que l’agilité de nos entreprises sont d’autres atouts.
Ces atouts sont orientés tant dans un sens de verticalité Nord-Sud, en direction de l’Afrique subsaharienne, mais aussi dans un sens horizontal, en direction de l’Egypte qui monte, de l’Asie et des Amériques. Je ne vois pas pourquoi on ne devrait pas travailler pour monter un triangle vertueux Maroc, Egypte, Afrique du Sud? C’est, du coup, un gage de succès pour la Zlecaf.

- Quelles solutions préconisez-vous pour l’emploi, en particulier des jeunes?
- Dans la lutte contre ce grave fléau, il y a bien sûr le soutien à accorder à ceux qui ont perdu leur emploi et au secteur informel. Il y a aussi la création d’entreprises avec Intelaka et les autres outils de soutien. Il y a là une bonne opportunité que tout l’écosystème doit soutenir surtout au plan local par une synergie intelligente entre les divers intervenants. La mobilisation de la société civile pour soutenir les CRI est une nécessité.
Mais pour une relance durable de l’emploi, il y a surtout la mise en route rapide du plan national intégré de relance avec un choix judicieux des créneaux d’investissements employeurs et l’efficience d’exécution requise. A ce propos, la conditionnalité des soutiens publics à accorder aux entreprises au nombre de postes d’emploi créés, à la valeur ajoutée nationale offerte, et à l’exportation, devrait être décrétée et rigoureusement appliquée.

Propos recueillis par Hassan EL ARIF

                                                                              

L’éducation et la formation, la priorité

formation-057.jpg

«En période d’aubaine démographique actuelle, contrariée par la crise Covid-19, le Maroc se doit de trouver des solutions urgentes aux promotions de diplômés et des non-diplômés qui vont venir sur le marché. Il devrait aussi retenir ses compétences humaines tentées, en masse, par l’émigration. Pour les compétences qui ne trouvent pas d’emplois localement et qui cherchent à émigrer, pourquoi pas?» s’interroge le professeur Ahmed Azirar.
L’ouverture des jeunes cadres à l’international constitue une opportunité bénéfique pour eux, pour les pays qui les accueillent et pour le Maroc qui peut profiter des devises et du savoir-faire accumulé par ces compétences. L’économiste Azirar estime que, pour le moyen et long terme, c’est, incontestablement, le secteur de l’éducation et de la formation qui devrait recevoir toute l’attention nécessaire. Le fait de «retrouver une excellente formation de base, une formation professionnelle efficace, un «matching» dynamique entre les formations et les demandes du marché et une force de recherche-développement sont autant d’objectifs à atteindre rapidement». Sur ce plan, «le digital, qui aujourd’hui sous-tend l’industrie 4.0, est en retard chez nous, tant dans l’esprit des managers, que dans les cursus universitaires ou nos pratiques administratives et entrepreneuriales», souligne le professeur Ahmed Azirar. Les défauts de l’enseignement à distance, que Covid a fait apparaître, sont, à titre d’exemple, impardonnables, surtout de la part d’enseignes universitaires privées qui font payer cher leurs services aux familles et qui doivent, surtout, donner l’exemple.

 

 

Chère lectrice, cher lecteur,

L'article auquel vous tentez d'accéder est réservé à la communauté des grands lecteurs de L'Economiste. Nous vous invitons à vous connecter à l'aide de vos identifiants pour le consulter.
Si vous n'avez pas encore de compte, vous pouvez souscrire à L'Abonnement afin d'accéder à l'intégralité de notre contenu et de profiter de nombreux autres avantages.

Mot de passe oublié?
CAPTCHA
This question is for testing whether or not you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.
ABONNEZ-VOUS
  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    abonnement@leconomiste.com
    mareaction@leconomiste.com
    redaction@leconomiste.com
    publicite@leconomiste.com
    communication@leconomiste.com

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc