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Société

L’affaire du petit Adnane, au-delà de l’indignation…

Par Ali ABJIOU | Edition N°:5843 Le 15/09/2020 | Partager
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Mustapha Chagdali, psychosociologue, professeur de l'enseignement supérieur: «Il faudra repenser l’éducation à l’école, et surtout, réfléchir à sortir la sexualité de son carcan, à ne plus la considérer comme un tabou» (Ph. MC)

«Miser sur la prévention afin d’éviter que les victimes deviennent de futurs bourreaux», c’est l’intime conviction de Mustapha Chagdali, psychosociologue et professeur de l'enseignement supérieur. Au-delà de la légitime indignation, il est pour lui temps de passer à l’action en prenant, enfin, à bras le corps le travail de la lutte contre la pédophilie. Ceci à travers plusieurs actions, dont notamment, l’éducation, la sensibilisation et le suivi des victimes. Le drame du petit Adnane, 11 ans, violé et assassiné le 7 septembre dernier, à quelques centaines de mètres de sa maison à Tanger, n’est qu’un énième rappel de l’urgence de la situation.    

- L’Economiste: L’affaire du petit Adnane a défrayé la chronique. Comment expliquer ce qui se passe dans la tête d’un pédophile?
- Mustapha Chagdali:
Beaucoup de travaux expliquent la pédophilie comme un acte de retour sur une agression, que le pédophile a lui-même subi auparavant.  En d’autres termes, le pédophile essaie de se débarrasser de quelque chose qui le dérange. En même temps, il crée une autre victime, qui est utilisée pour se venger de soi.

- Mais là nous sommes devant un cas extrême, avec une agression suivie d’un assassinat…
- Dans ce cas particulier, je me permets d’avancer l’hypothèse que pour l’agresseur, en finir avec la victime est le reflet de la volonté d’en finir avec soi-même, avec sa personnalité, cette facette de lui qui le dérange à l’intérieur. Et de là, il y a une projection sur la victime. Mais il y a toute une palette de déviations, certains pédophiles se contentent de faire endurer à la victime ce qu’on leur a fait subir au même âge.

- Dans ce cas, le criminel est conscient et responsable de ses actes?
- Oui, il l’est. Il est conscient qu’il est en train de faire du mal à autrui et il est aussi responsable de ses actes. Mais en même temps, il est prisonnier d’un comportement compulsif obsessionnel auquel il ne peut résister. Il est conscient qu’il fait du mal, mais ne peut pas s’en passer ni s’arrêter.

- Comment expliquer la recrudescence de ce type d’agressions?
- Il existe plusieurs facteurs derrière ce type de phénomène, dont l’absence d’une éducation sexuelle, et le manque de suivi de ce type de criminels qui, peut-être, auparavant étaient victimes. Sans compter le poids de la tradition dans les familles, du silence face à de tels comportements considérés comme tabous. L’enfant victime n’est pas encouragé à parler et vit avec ce poids. A un certain moment, un monstre naît en lui.

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C’est derrière ce mur à gauche, que le petit Adnane a été enterré par son bourreau, à proximité de son domicile. Non loin de là (dans la photo à droite), ce qui semble être le t-shirt que portait l’enfant le jour de sa disparition. Vraisemblablement, dimanche 13 septembre vers midi, alors que le présumé coupable était déjà arrêté, le t-shirt, supposé être une pièce à conviction, était toujours sur la scène du crime qui attire les curieux (Ph. Adam)

- L’alourdissement des peines pourrait-il aider à endiguer ces agressions?
- Le crime est odieux, on ne peut affirmer le contraire. Je ne cherche pas à excuser le criminel, mais il y a d’autres éléments à prendre en considération si nous voulons traiter ce phénomène, en plus des peines d’emprisonnement ou de la peine capitale. Il faudra repenser l’éducation à l’école, et surtout, réfléchir à sortir la sexualité de son carcan, à ne plus la considérer comme un tabou.

- Nous devons donc nous placer dans une optique de prévention d’abord…
- Exactement. Nous devons  dépasser le stade de l’indignation, qui reste un comportement normal en cette situation, et penser à des actions qui permettent de comprendre le phénomène, de sensibiliser les familles sur ces questions et d’instaurer une éducation sexuelle, même à bas âge, afin de prévenir ce type de déviations. Nous ne pourrons jamais éradiquer à 100% de tels comportements, néanmoins nous pourrions les prévenir et les contourner.
Il faut aussi donner une chance aux personnes ayant subi ce type d’agressions de trouver de l’aide auprès des spécialistes pour les accompagner. Je suis sûr que si nous avions écouté ces criminels auparavant, si leur entourage avait été vigilant et avait décelé leurs tares, nous n’en serions pas là.

Un deuxième pédophile présumé arrêté à Tanger

Alors que la ville venait de se réveiller sur l’affaire du petit Adnane, les éléments de la police ont mis la main samedi dernier sur un deuxième pédophile, arrêté avant de passer à l’acte. Ce dernier avait pris attache avec un enfant de onze ans via les réseaux sociaux avant de lui demander de le rencontrer en personne. Le père de l’enfant, alerté par les messages échangés, a averti la police qui a tendu un piège au criminel.

Propos recueillis par Ali ABJIOU

 

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