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Economie

Universités marocaines: Pourquoi elles ne paraissent pas dans les radars internationaux

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5827 Le 24/08/2020 | Partager
Un système renfermé sur lui-même avec un corps enseignant exclusivement marocain
L’essentiel des travaux rédigé en arabe et s’intéressant au niveau local
0,4 article par enseignant et par an

Aucune université marocaine dans le top 1.000 des meilleures universités au monde, recensées par l’édition 2020 du classement de Shanghai, pouvait-on lire la semaine dernière dans les médias nationaux. Mais est-ce vraiment une surprise?

«Même le fait de ne pas être classé parmi les 10.000 premières serait normal, puisque nous ne faisons rien pour nous améliorer. Ce qui importe pour les gestionnaires du secteur est d’abord de passer une année universitaire paisible, sans troubles!» fustige Adnane Remmal, enseignant à l’université de Fès, chercheur de renommée internationale, connu pour ses travaux sur les remèdes «boostés» contre les bactéries résistantes aux antibiotiques.

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Seulement 5,2% des publications marocaines traitent d’autres régions que le monde arabe, dont 1,4% consacrées à l’Afrique

Dans l’état actuel des choses, figurer dans le classement de Shanghai, dont le sommet est dominé par les universités américaines et britanniques, relève presque de l’impossible. Le ranking scrute des critères sur lesquels les universités marocaines ne peuvent se distinguer, dont la présence de prix Nobel ou de lauréats de la médaille Fields (la plus prestigieuse distinction en mathématiques) parmi le corps enseignant, les budgets R&D, la fréquence des citations dans les prestigieuses revues scientifiques, les publications indexées dans les bases de données internationales…

Quelques universités comme celles de Marrakech, de Casablanca, de Rabat et de Fès parviennent à figurer dans le top 1.000 du Times Higher Education. Cela dit, elles y arrivent en queue de peloton.

Evidemment, les classements internationaux ne sont pas une fin en soi. Ils nous renvoient, cependant, encore une fois, aux dysfonctionnements bloquant l’essor de l’enseignement supérieur au Maroc. Le système marocain demeure renfermé sur lui-même. Le corps enseignant est exclusivement formé de Marocains, dont l’essentiel des travaux est tourné vers… le Maroc.

Selon les derniers chiffres de la Fondation Abdulaziz Al Saoud (2018-2019), plus des trois quarts des publications marocaines sont en langue arabe (78,5%), 64% ont pour objet le Maroc et plus de 84% (chiffre de 2017) des articles sont publiés dans des revues marocaines.

Les universités sont de plus en plus nombreuses à nouer des conventions à l’international, à organiser des échanges d’étudiants et d’enseignants, mais cela reste insuffisant. Les chercheurs relevant de la diaspora, pour leur part, ne sont pas encouragés à envisager une carrière universitaire dans leur pays d’origine, puisqu’ils doivent redémarrer à zéro, en recommençant au bas de l’échelle.

En 20 ans, peu de changements

En termes de recherche scientifique, les performances restent médiocres. La moyenne nationale est de 0,47 article par enseignant et par an, selon le CNRST. Adnane Remmal met également l’accent sur la qualité des doyens et présidents d’université. «Il s’agit souvent de profils âgés de plus de 50 ans souhaitant s’assurer une retraite confortable, et qui sont loin d’être de véritables managers», regrette-t-il.

Au niveau de l’offre de formation, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Le système est en fait dual, avec un parcours d’excellence dans les établissements sélectifs, et un deuxième de masse dans les facultés à accès ouvert, dont le rendement laisse à désirer.

«Dans les facultés de sciences, par exemple, le programme de licence en biologie équivaut à un bon baccalauréat français ou canadien. Le degré d’exigence est faible», déplore Adnane Remmal. «L’enseignement et la recherche sont des vases communicants, quand l’un ne va pas, l’autre non plus», poursuit-il.

C’est donc une réforme globale du secteur qu’il faudrait opérer. Malheureusement, les tentatives de mise à niveau ne sont souvent pas menées jusqu’au bout. C’est le cas par exemple de la loi 01-00 de 2000, dont de nombreuses dispositions sont restées lettre morte, ou encore du système LMD, instauré en 2003, et dont l’implémentation n’a jamais été complétée par le système des crédits permettant la mobilité internationale des étudiants.

Durant les 20 dernières années, le secteur n’a en fait que peu évolué. Le projet d’introduction du bachelor (actuellement en stand-by en raison de la pandémie), permettra de bousculer le secteur. Cela reste, cependant, insuffisant.

                                                                              

Une affaire trop sérieuse pour être confiée aux seuls politiques!

Impossible d’avancer sans une transformation totale du système. «Pour opérer cette transformation, les gestionnaires du secteur doivent disposer de la latitude d’agir, or leur marge de manœuvre est quasi nulle», regrette Mohamed Najim, professeur émérite de l’université de Bordeaux, directeur fondateur de l’Ensias. L’enseignant- chercheur plaide pour une entité gestionnaire directement rattachée au chef de l’Etat.

«La recherche et les sciences et techniques sont trop sérieuses pour être confiées aux seules mains des gouvernements ou des politiques», estime-t-il. Des idées de réforme du système d’enseignement, émanant du ministère ou du Conseil supérieur de l’éducation, il y en a eu plein. Cela dit, quand ce ne sont pas des groupes parlementaires qui s’y opposent, ce sont des syndicats.

Pour avancer, un préalable: une vision stratégique globale, jusque-là inexistante. «Nous comptons beaucoup de chantiers au Maroc, l’université devrait en être le fer de lance. Il faudrait des mesures à la hauteur des ambitions, et l’enseignement supérieur et la recherche devraient constituer une priorité nationale», prône Mohamd Najim.

L’enseignement supérieur a besoin d’un «tournant irréversible en forme de sursaut collectif», avec «une profonde réforme de la gouvernance ainsi que par des offres de formation répondant à de hauts standards de qualité», avait relevé le Conseil supérieur de l’éducation, dans un rapport publié en 2018.

Ahlam NAZIH

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