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Economie

E-learning: Autosatisfaction des profs, malaise des étudiants

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5770 Le 28/05/2020 | Partager
A peine 8% des apprenants sont à jour dans leurs enseignements
Déçus, 57% ne veulent plus de cours à distance
Les résultats d’une enquête nationale réalisée par six chercheurs universitaires

Si les enseignants sont le pivot du système d’enseignement, les apprenants en sont le véritable miroir. Professeurs et étudiants ont-ils la même perception de ce système? Pas toujours… C’est en tout cas l’un des constats phares de l’enquête nationale réalisée par six chercheurs universitaires, auprès de 200 enseignants et de 1.340 étudiants,  autour du e-learning (voir encadré).

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Si les deux tiers des enseignants se disent satisfaits de l’enseignement à distance durant le confinement, seul un étudiant sur cinq partage ce sentiment

Une enquête, menée du 1er au 12 mai, qui vient apporter de précieux éclairages sur l’enseignement à distance proposé par l’enseignement supérieur public durant cette période de confinement.

Chez les professeurs universitaires, le sentiment général est celui de la satisfaction. Les deux tiers (65,5%) se disent satisfaits du e-learning durant le confinement. Six sur dix avancent s’y être parfaitement adaptés. Pourtant, plus de la moitié (56,5%) n’ont jamais suivi de formation dans le domaine. Ces tendances contrastent entièrement avec le vécu des étudiants.

Plus de 79% confient leur insatisfaction de ce mode d’apprentissage. Pis encore, 56,4% ne parviennent pas du tout à s’y adapter, et presque le tiers est toujours en train de tenter de s’y acclimater. En découvrant ces chiffres, certains professeurs universitaires sont tombés des nues.

Les enseignants sont-ils peu performants en matière de e-learning? Ou bien les étudiants font-ils finalement preuve de peu d’autonomie? Les deux explications sont probablement valables. Les professeurs, même avec toute la bonne volonté dont ils ont fait preuve, ne peuvent du jour au lendemain devenir enseignants à distance, ce qui est considéré par les experts comme un métier «à part entière». De leur côté, habitués à des cours en présentiel classiques, les étudiants doivent réapprendre à travailler et à s’organiser. Dans les deux cas, des formations et du temps sont nécessaires.

Les plateformes interactives séduisent les profs

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Presque 60% des enseignants universitaires affirment s’être très bien adaptés au e-learning, après plusieurs semaines de cours à distance. Chez les étudiants, cette part est de seulement 11%. Un tiers des deux côtés essaie toujours de s’y acclimater

Pour leurs séances, les enseignants optent en majorité (70%) pour des cours interactifs via des plateformes sur internet (Zoom, Teams, Meet…) et pour le partage de documents (76%) sous différents formats (PDF, Word, PPT), ce que les étudiants confirment. Les profs sont, d’ailleurs, 83% à approuver la nécessité d’interagir directement avec leurs étudiants. Quelque sept sur dix assurent communiquer souvent avec eux à distance. Pratiquement le quart y procède occasionnellement. Le tiers recourt à des séances enregistrées avec un support de cours.

Même s’ils semblent mieux s’en sortir en e-learning que leurs apprenants, la moitié des enseignants considère que ce mode d’enseignement reste contraignant. 90% sont convaincus qu’il ne peut pas remplacer le présentiel. Par ailleurs, aux yeux de 59% d’entre eux, les TD à distance ne sauraient être réalisés de manière efficiente en distanciel. Pour plus d’efficacité, ils estiment nécessaire l’unification des modalités utilisées, et l’adaptation des examens et des évaluations. Pour la majorité d’entre eux, au final, la qualité du e-learning offert dépend du système mis en place par l’établissement.

Les problèmes de connexion en tête des contraintes

En termes de contraintes, les problèmes de connexion arrivent en tête des préoccupations des enseignants, 78% les ont confirmés. Ils sont suivis de l’absence de modalités partagées par tous les enseignants, de la difficulté d’organiser des TD et de l’absence d’interactions avec les étudiants. Malgré ces difficultés, les deux tiers pensent que le e-learning peut apporter «un plus» à l’enseignement supérieur à l’avenir.

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Sur les 1.340 étudiants sondés, uniquement 8,3% se disent à jour dans le suivi de leurs cours à distance. Près de trois sur dix n’arrivent même pas à s’organiser

Du côté des étudiants, les résultats de l’enquête sont inquiétants (voir illustration). A peine 8,3% confient être à jour dans le suivi de leurs cours à distance. Presque trois sur dix n’arrivent pas à s’organiser, trois sur dix sont globalement en retard et autant ont pris du retard sur certaines matières.

Ils sont majoritairement insatisfaits des cours interactifs à travers la plateforme de leur établissement/université et partagés sur ceux passant par des plateformes gratuites sur internet. Ils n’apprécient pas non plus les cours enregistrés sans support ainsi que les présentations sur documents (PDF, Word ou PPT). Le seul modèle trouvant grâce à leurs yeux est celui du format vidéo accompagné d’un support de cours.

Les problèmes de connexion sont également la principale contrainte rencontrée par les étudiants. Pour se connecter, ils sont plus nombreux à utiliser leur smartphone (41,3%). Les ordinateurs et tablettes personnels arrivent deuxièmes (37,4%). Quelque 12% utilisent un ordinateur ou une tablette partagés par d’autres membres de la famille. 4,7% empruntent le smartphone d’un proche tandis que 4,3% déclarent ne posséder aucun outil informatique.

La difficulté à effectuer des TD est la deuxième contrainte confrontée. Elle est suivie du manque d’interactivité, de la tendance de certains enseignants à se contenter de documents classiques, ainsi que de l’absence de mesures communes d’enseignement à distance et d’un planning global des enseignements.

Probablement déçus par leur expérience, 70,7% des étudiants sont peu ou pas du tout d’accord par rapport au «plus» apporté par le e-learning à l’enseignement classique. Seuls 34,8% sont ouverts à l’enseignement à distance à l’avenir. 57% le refusent, tandis que 8% ne se prononcent pas.

41% des étudiants relèvent d’établissements à accès sélectif

C’est pour mesurer le degré de satisfaction des enseignants et des étudiants du e-learning en période de confinement, d’apprécier leur capacité à s’y adapter et de mettre en lumière les contraintes rencontrées, que six enseignants-chercheurs ont décidé de mener cette recherche. Taoufik Benkaraache, coordonnateur du projet (FSJES Mohammedia), Redouane Benabdelouahed (FSJES Aïn-Sebaâ Casablanca), Mohamed Belafhaili (ENSET Mohammedia), Amine Dafir (FSJES Mohammedia), Achraf Nafzaoui (ENCG Kénitra) et Adil El Marhoum (FSJES Agdal Rabat) ont adressé un échantillon assez conséquent pour deux enquêtes parallèles: 1.340 étudiants et 200 enseignants. Elles ont été menées du 1er au 12 mai 2020. La méthode de collecte retenue est l’auto-administration en ligne par mail et par partage sur les réseaux sociaux universitaires.
64% des enseignants sondés sont des hommes. 59% ont entre 40 et 55 ans, 28% ont moins de 40 ans, et 13% plus de 55 ans. Les deux tiers enseignent dans un établissement à accès ouvert (non sélectif). Concernant les étudiants, 62% sont des filles, 59% poursuivent leurs études dans un établissement à accès ouvert et 41% dans un établissement à accès régulé. Les deux catégories de sondés sont fortement concentrées sur l’axe Kénitra-Rabat-Casablanca-Settat, avec une présence dans d’autres régions. 

Ahlam NAZIH

 

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