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Economie

Quand l’agriculture brave la crise

Par Mohamed CHAOUI - Abdelaziz GHOUIBI - | Edition N°:5770 Le 28/05/2020
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Performances des exportations des fruits et légumes
Les marchés régulièrement approvisionnés
Covid-19 et sécheresse, la double peine pour l’agriculture

Au cours de la période de l’état d’urgence sanitaire, Aziz Akhannouch n’a pas été très sollicité par le Parlement à l’instar des ministres des Finances, celui de la Santé ou encore celui de l’Education nationale,… Mardi, il a répondu aux questions orales de la Chambre des conseillers. Une source parlementaire affirme qu’au cours de cette séance, le ministre de l’Agriculture a été suivi par 52.000 spectateurs.

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«Tout le monde aura constaté qu’en dépit de la situation épidémiologique et les conditions de l’état d’urgence sanitaire ayant limité le transport des personnes et des marchandises, les marchés ont été régulièrement approvisionnés en fruits, légumes et  poissons.  Les différents produits étaient offerts à des prix raisonnables et stables», a souligné Aziz Akhannouch (Ph. MAP)

Pour mettre en relief la prestation du président du RNI, elle met en avant la sortie du chef du gouvernement devant la Chambre des conseillers qui n’a recueilli que 33.000 spectateurs. En fait, la dizaine de questions posées par les groupes parlementaires ont convergé vers deux aspects de son département: l’impact du Covid-19 et les répercussions de la sécheresse.

En tout cas, en dépit de cette double peine, certaines activités ont performé au niveau de l’export. Pour introduire ce volet, le ministre a évoqué non seulement la sécurité alimentaire du Maroc au cours de cette période de pandémie mais aussi des pays étrangers. En effet, au 17 mai dernier, les exportations des primeurs ont augmenté de 8%, pour s’établir à 1,027 million de tonnes. Les tomates ont progressé de 4% (520.000 tonnes).

Quant aux agrumes, les exportations ont baissé de 27% pour s’établir à 476.000 tonnes. Toutefois, «au niveau des prix, le recul a été à peine de 2% par rapport à l’année dernière. Les marchés se sont redressés», précise le ministre de l’Agriculture, avant d’ajouter qu’il ne s’agit pas de question de marchés.

C’est la production des clémentines au Maroc qui a baissé de 30% à 40% au cours de cette saison. Les fruits et les légumes exportés ont également enregistré des hausses. C’est le cas des haricots verts qui ont augmenté de 9% (116.000 tonnes), les courgettes de +8% et la pastèque de plus de 61% (129.000 tonnes),…

Le ministre a saisi cette opportunité pour rendre hommage «aux travailleurs et aux opérateurs des secteurs de l’agriculture et de la pêche qui se sont mobilisés pendant cette période difficile, marquée par la propagation de la pandémie».

Tout le monde aura constaté qu’en dépit de la situation épidémiologique et les conditions de l’état d’urgence sanitaire ayant limité le transport des personnes et des marchandises, les marchés des fruits, des légumes et de poissons ont été régulièrement approvisionnés. Les différents produits étaient offerts à des «prix raisonnables et stables». En outre, ils ont assuré la disponibilité de ces produits et marchandises dans les points de vente des différentes villes du Royaume.

■ Pas de chômage pour l’agriculture et la pêche pendant le confinement
Dès le début de l’état d’urgence sanitaire, il a fallu faire des choix. «Nous avons érigé l’agriculture et la pêche en priorités. Ces deux secteurs devaient continuer à fonctionner normalement pour assurer la sécurité alimentaire des marocains», a martelé le ministre de l’Agriculture.
Les citoyens qui travaillent dans les deux secteurs pouvaient rester à la maison tout en recevant les indemnités nécessaires. Le même raisonnement aurait pu être fait avec les médecins et le personnel de la sécurité publique. Mais il y a des impératifs: «Nous ne cesserions jamais de remercier le volontariat de certaines catégories professionnelles qui ont offert des produits de qualité, à des prix raisonnables, quelle que soit la région. Ce qui n’existait pas encore il y a quelques années. Sinon, nous aurions eu des marchés vides, sans produits, ce qui aurait frustré les citoyens, particulièrement pendant le mois sacré de Ramadan», a observé le ministre.

■ Deux crises simultanées pour l’agriculture
 Le secteur agricole national passe par une étape difficile de son histoire. Il s’agit d’un examen grandeur nature dont il faudra tirer les conséquences au cours des prochaines semaines. En effet, le secteur est confronté à deux grandes crises majeures. La première est sanitaire, provoquée par le Covid-19 et ses répercussions économiques et sociales. La seconde n’est pas aussi simple puisque le Maroc est confronté à des changements climatiques, marqués par trois années de déficit hydrique et des pluies non régulières.

■ La production sucrière  sur la bonne voie

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Pour le sucre, les agriculteurs ont cultivé 57.000 hectares, soit 96% de réalisation du programme. Au 22 mai, ce sont 370.000 tonnes de betteraves qui sont en phase d’industrialisation. La capacité de production des betteraves à sucre s’élève à 3,420 millions de tonnes, soit un rendement de 60 tonnes par hectare. Pour la canne à sucre, elle s’élève à 646.000 tonnes dont plus de 54% sont en cours de transformation dans les unités industrielles. «Les rendements sont bons, en dépit de la pénurie en eau», précise le ministre devant les parlementaires. Selon lui, «dans les zones où les agriculteurs ont bien travaillé leurs parcours comme dans le Tadla, dans la région de Béni Mellal, les rendements peuvent aller à 52.000 DH/ha».

■ Les yeux rivés sur la station de dessalement de l’eau de mer
 Aziz Akhannouch anticipe sur trois régions qui auront un déficit hydrique lors du début de la prochaine campagne agricole. C’est le cas de Doukala, El Haouz et le Souss. Le ministre essaie de traiter cette question, selon les moyens disponibles, dit-il. Ainsi, une commission, présidée par le wali, sera mise en place à Agadir. Il s’agit d’essayer de lâcher près de 21 millions de mètres cubes pour les agriculteurs du barrage de Guerdane. En plus, il faudra faire un arbitrage pour l’eau potable d’Agadir, qui ne sera définitivement réglée qu’avec la fin des travaux et le démarrage de la station de dessalement de l’eau de mer, située à Chtouka Aït Baha. Il rappelle qu’elle a été visitée par SM le Roi lors de son dernier déplacement à Agadir.
«Nous aurons quelques mois de flottement pour faire l’arbitrage entre l’eau potable et celle destinée à l’irrigation. Nous espérons que la région connaîtra une meilleure pluviométrie. Car cela fait trois ans que les pluies se font de plus en plus rares dans la région de Souss», note t-il. En tout cas, cette usine de dessalement servira à fournir de l’eau potable pour Agadir et sa région, mais aussi pour l’irrigation de l’agriculture du périmètre de Chtouka Aït Baha pour qu’il puisse prospérer.

■ Marchés: la leçon du Covid-19

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Les marchés constituent un grand problème du ministère de l’Agriculture et des collectivités territoriales. Le Covid-19 a montré qu’à l’avenir, les communes, en ville ou dans le monde rural, devront déployer les moyens pour réaliser des abattoirs aux normes, des marchés de fruits et légumes ainsi que ceux orientés vers les citoyens. Les marchands déposent leurs marchandises par terre à cause de l’inexistence de marchés organisés dans les quartiers. Sur ce point essentiel, il faut faire un grand effort pour remédier à toutes les lacunes, préconise le ministre.

■ Nouveau modèle de souks hebdomadaires
Le but est d’éviter la propagation du virus que la décision de fermer les marchés hebdomadaires dans le monde rural a été prise. Le but est d’empêcher que la campagne ne soit contaminée à son tour par le virus. Entre temps, les ministères de l’Agriculture et de l’Intérieur ont mis en place un projet modèle de marchés dont certains sont opérationnels. «Nous sommes à 12 marchés ouverts et nous allons arriver à 40. Nous comptons en faire davantage car il s’agit de préparer les conditions de Aid Al Adha», a indiqué le ministre.

■ Appui aux éleveurs
Sur les aliments de bétail, Aziz Akhannouch veut rassurer les agriculteurs et les éleveurs. «Nous n’allons pas les laisser au bord de la route. Nous savons que les conditions sont difficiles, avec le manque d’eau. Nous allons faire tout notre possible. Le gouvernement a décidé d’accompagner le déficit en eau. Ainsi, il a mis en place un programme qui se termine fin mai. Le 2e programme démarre début juin. L’appel d’offres a été lancé pour se préparer à les accompagner jusqu’à septembre.

Mohamed CHAOUI

                                                                                   

Principaux indicateurs de la campagne agricole

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Le tableau dressé par le ministre de l’Agriculture est sombre: les conditions climatiques n’étaient pas à la hauteur, d’autant que les précipitations étaient réparties de manière désordonnée. En effet, près de 50% des pluies sont tombées entre septembre et décembre 2019. Par la suite, et pendant 55 jours, il n’y a pas eu une seule goutte d’eau, précise t-il.

A cela s’est ajoutée une chaleur qui a négativement impacté la récolte céréalière. De mars à aujourd’hui, les pluies ont totalisé 103 millimètres comme moyenne nationale. «Nous sommes en baisse de 28% par rapport à la moyenne des 30 dernières années. Toutes les régions du Maroc ont enregistré un déficit en pluviométrie, à l’exception de l’Oriental qui a connu une hausse de 5%», a-t-il noté.

Pour le remplissage des barrages, la baisse est de 17%. A la même époque de l’année dernière, le niveau était de 58% dans les barrages orientés vers l’agriculture. Aujourd’hui, il est de 48%. Ce qui a poussé le département de l’agriculture à arrêter l’irrigation dans les zones du Souss Massa et de Nfis. Selon le ministre, le déficit hydrique est important dans le périmètre de la Doukala et d’Al Haouz (hormis Nfis) et moyen dans le Tadla, la Moulouya, Ouarzazate et le Tafilalt.

La situation est bonne dans le Gharb et le Loukkos. Toutefois, il espère  des orages au cours de l’été pour remplir les barrages. Car, si cette année s’est bien passée en dépit du manque de pluie, le ministre n’a pas dissimulé ses craintes pour la prochaine campagne agricole.

M.C

                                                                                   

 Aïd Al-Adha: La logistique se met en place

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Actuellement le cheptel ovin est pratiquement bradé dans les abattoirs. Les prix/kg carcasse variant entre 35 et 40 DH. Mais la situation devrait s’inverser à l’occasion de la fête du sacrifice. Plusieurs critères sont à prendre en considération
(Ph. L’Economiste - Les visages ont été modifiés)

A plus de 2 mois de la fête du mouton, les députés de la 2e Chambre interpellent le ministre de l’Agriculture sur cette question centrale : quels préparatifs pour l’Aïd Al Adha? Et Aziz Akhannouch de répondre par une question : «Qui nous a empêchés de célébrer l’Aïd Al-Fitr chez nous, malgré la crise du Covid-19»?

L’enjeu est en effet de taille. La célébration de la fête du sacrifice est l’occasion d’une prime pour l’éleveur. Surtout dans ce contexte de vaches maigres, marqué par la pauvreté des parcours et la cherté de l’aliment de bétail. Certes, le gouvernement a déployé un plan de sauvetage du cheptel basé sur la distribution d’orge subventionnée mais les professionnels restent toujours sur leur faim. Les volumes disponibles ne peuvent couvrir les besoins de «préparation du mouton pour le sacrifice», est-il souligné.      

D’où la nécessité d’une refonte de la chaîne des valeurs. Pour la prochaine, «il faut une meilleure organisation et une préparation adéquate», tranche Akhannouch. En clair, il est question d’une logistique adaptée au contexte de la pandémie. A cet effet, le ministère de l’Intérieur planche actuellement sur la problématique des souks et marchés au bétail, révèle Akhannouch. L’idéal est de mettre en place des plateformes normalisées aux standards internationaux et adaptées aux mesures de prévention contre le Covid19. Selon le ministre de l’Agriculture «une douzaine de souks pilotes ont déjà été mis en place alors que 40 autres le seront prochainement».

En attendant, l’état sanitaire de l’élevage est jugé globalement satisfaisant. L’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) a jusque là  procédé à la vaccination de 4,5 millions de têtes d’ovins et caprins contre les principales maladies. Pour ce qui est du sacrifice, 2,6 millions d’ovins ont déjà été identifiés et «bouclés». Et l’opération devrait se poursuivre sur les deux mois à venir avec l’implication des professionnels et vétérinaires privés mandatés.

Pour rappel, le sacrifice porte annuellement sur quelque 3 à 3,5 millions de têtes d’ovins et caprins. Un chiffre en baisse tendancielle sur la dernière décennie dont l’effectif totalisait les 5 millions de têtes. D’où également, la tendance du chiffre d’affaires généré par le négoce du cheptel, qui après avoir franchi la barre de 8 milliards de DH, la courbe s’oriente à la baisse.
A.G.

 

 

 

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