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Economie

Industrie pharmaceutique, le pivot de la guerre

Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5736 Le 08/04/2020 | Partager
Reporting hebdomadaire des stocks, maîtrise des ventes… les pharmaciens doivent faire preuve de vigilance
Déclarer les ruptures d’appro­visionnement à l’Observatoire sur les stocks
Antirétroviraux, azythromi­cine, chloroquine… le détail du protocole
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«J’appelle les Marocains à s’approvisionner normalement selon les besoins réels et habituels», insiste Rachid Lamrini, président du Conseil de l’ordre des pharmaciens fabricants répartiteurs (Copfr) (Ph. R.L.)

Aucune pénurie de médica­ments n’est à déplorer pour le mo­ment estime le Conseil de l’Ordre des pharmaciens fabricants ré­partiteurs (COPFR). Toutefois, il faut rester vigilant. Des risques à plus long terme, ne sont pas à ex­clure. La crise sanitaire mondiale peut induire des ruptures pour certains médicaments, surtout ceux importés. Pour l’heure, les pouvoirs publics et autorités com­pétentes sont en ordre de bataille afin de sécuriser les stocks de médicaments nécessaires pour le traitement du coronavirus et des pathologies chroniques. Entretien.

- L’Economiste: Nous assis­tons aujourd’hui à des tensions d’approvisionnement et même des ruptures de stock de certains médicaments. Que se passe-t-il réellement?
- Rachid Lamrini:
Ce sujet est hautement important par sa nature et l’est davantage durant cette crise sanitaire qui impose une vigilance particulière. Il est de notre responsabilité de subvenir aux demandes croissantes et pres­santes en médicaments liées à la pandémie et au nombre important de patients concernés. Je tiens à rassurer les Marocains sur la dispo­nibilité des médicaments à la date d’aujourd’hui. En revanche, cela ne veut pas dire que nous n’avons pas de produits en rupture ou en tension de stock, loin de là, mais il faut sa­voir que c’est le cas dans le monde entier, y compris dans les pays les plus développés. D’ailleurs, l’OMS considère ce sujet comme un pro­blème majeur de santé publique international. Au Maroc, les auto­rités de santé suivent le sujet de très près et veillent à la disponibilité des traitements dont nos concitoyens ont besoin.

- Quels sont les médicaments menacés de rupture ou de pénu­rie?
- Si l’on regarde ce qui s’est passé au tout début de la pandémie, nous avions constaté par exemple une demande anormalement éle­vée pour les médicaments à base de paracétamol et de vitamine C. Ce constat a concerné également à un moindre degré d’autres médi­caments utilisés dans des patholo­gies chroniques. Ce qui peut expo­ser une partie de la population à de réels dangers, les privant de leurs traitements. Il ne faut donc pas céder aux achats de paniques. Ces comportements peuvent générer de «fausses ruptures», dues à un dépla­cement des stocks de médicaments des pharmacies vers les particuliers. J’appelle les Marocains à s’appro­visionner normalement selon les besoins réels et habituels.

- Leur vente sera-t-elle régle­mentée?
- Pour l’heure, une lettre du mi­nistère de la Santé a été adressée, le 18 mars dernier, à tous les pharma­ciens (industriels et grossistes) leur exhortant de ne plus distribuer une quantité significativement supé­rieure aux ventes moyennes habi­tuelles.

- Les médicaments prescrits pour les patients Covid-19 sont-ils produits au Maroc?
- Le protocole adopté par la tu­telle décrit un schéma thérapeutique à déployer en première intention et un autre à mettre en place en deu­xième intention. Les molécules pour la 1re phase sont la chloroquine ou l’hydroxy-chloroquine associée à l’azithromycine. Pour la seconde, ce sont le Ritonavir et le Lopina­vir qui sont associés dans un même médicament qui sont habituellement utilisés comme antirétroviraux pour lutter contre le VIH.
Les médicaments à base de chlo­roquine et d’azithromycine sont produits au Maroc. Ceux à base d’hydroxy-chloroquine et de Rito­navir – Lopinavir sont importés. Je tiens à rappeller que ces 4 molécules (Chloroquine, Hydroxychloroquine, Ritonavir et Lopinavir) ont eu une autorisation réglementaire spéciale pour être utilisés dans la prise en charge du coronavirus. Ce n’est pas leur indication initiale selon l’autori­sation de mise sur le marché qui leur a été donnée.

- Existe-t-il une pénurie des médicaments anesthésiques en ce moment?
- La disponibilité des anesthé­siques et des produits de réanima­tion est vitale pour que nos hôpitaux et nos cliniques puissent fonctionner normalement. Ces produits sont ma­joritairement importés de plusieurs pays et les laboratoires pharmaceu­tiques qui les commercialisent dis­posent d’un stock de sécurité d’au moins trois mois comme l’exige la réglementation en vigueur. Cepen­dant et en raison de la forte demande mondiale liée au Covid-19, il n’est pas exclu que dans les mois à venir ces produits connaîtront quelques perturbations en termes d’approvi­sionnement. C’est l’une des raisons pour laquelle notre pays a exhorté le confinement afin d’endiguer la pan­démie avant qu’elle ne prenne plus d’ampleur.

- L’état actuel des stocks des médicaments peut-il résister à la frénésie d’achat?
- Comme vous le savez, le sec­teur pharmaceutique est un secteur très sensible et donc fortement ré­glementé et encadré juridiquement. Les entreprises pharmaceutiques à la différence de toutes les autres offrent un produit qui s’adresse à des patients et non pas à des clients et de ce fait doivent répondre à plu­sieurs exigences. En plus de mettre à disposition des citoyens des médica­ments respectant les normes de qua­lité, d’efficacité et de sécurité, elles doivent assurer un approvisionne­ment normal et régulier du marché et disposer d’un stock de sécurité de trois mois pour les industriels et de un mois pour les grossistes réparti­teurs. Les pouvoirs publics ont aussi mis en place une batterie de mesures pour sécuriser les stocks.

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Il n’y a pas de pénurie en médicaments. Du moins à ce stade, la crise sanitaire n’a pas encore engendré de rupture de stock. Pour garder le même rythme, il ne faut pas céder aux achats de paniques. La tutelle a d’ailleurs appelé les pharmaciens à maîtriser les ventes (Ph. L’Economiste)

- Justement quelles sont ces mesures?
- Les autorités travaillent en étroite collaboration avec tous les acteurs du secteur. Ils ont mis à dis­position des professionnels l’adresse e-mail de l’Observatoire sur les stocks pour déclarer toutes les diffi­cultés et les ruptures d’approvision­nement constatées. Ils ont aussi im­posé une déclaration hebdomadaire des stocks par les industriels et les grossistes, au lieu de la déclaration mensuelle réglementée. L’approvi­sionnement normal du marché ne dépend pas seulement des pouvoirs publics mais de l’ensemble des acteurs de la chaîne pharmaceu­tique qui doivent tous contribuer. La clé de la réussite est de centrer toutes nos actions sur le patient dont l’intérêt doit rester notre préoccu­pation principale avant toute déci­sion. C’est la raison pour laquelle, le pharmacien responsable doit dis­poser de toute l’autorité nécessaire pour exercer pleinement ses respon­sabilités en toute indépendance.

- Nous avons appris que la tutelle a récemment adressé une note au Conseil de l’ordre relative au contrôle de l’export des médi­caments. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet?
- Il est tout à fait normal qu’à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles et je ne peux que saluer cette décision. En tant que Conseil de l’ordre, nous veillons au strict respect de cette disposition.
Je tiens à souligner que cette mesure n’est surtout pas venue «bloquer» l’exportation des médi­caments. Bien au contraire, elle vise à sécuriser les besoins de notre pays en médicaments avant de penser à les exporter. Cette priorisation du marché national ne remet évidem­ment pas en cause les intérêts éco­nomiques de nos entreprises phar­maceutiques. Aujourd’hui, nous sommes devant une situation iné­dite pour le monde entier. Plusieurs pays ont adopté la même mesure qui consiste à stopper ou à restreindre l’exportation aussi bien des matières premières sensibles que celle des médicaments. Je peux vous citer à titre d’exemple et non exhaustif, le Royaume-Uni, l’Inde, la Hon­grie, etc. Je rappelle que ces deux derniers pays sont des géants de l’industrie de la chimie et que cette décision peut impacter lourdement l’approvisionnement à l’internatio­nal si la crise sanitaire s’aggrave.

- Le rythme de production ac­tuel est-il suffisant en cas de pic de la pandémie?
- Les établissements pharma­ceutiques ont pris des mesures pour assurer une activité de production et de distribution normale qui ré­pond aux besoins pressants du mar­ché. Les équipes de production, de contrôle et de distribution ont été mobilisées afin d’assurer la conti­nuité de l’activité et répondre aux attentes liées à cette crise sanitaire. Les industriels ont commencé à prioriser les produits essentiels au détriment de ceux qui le sont moins en cette période de crise afin de ren­forcer le stock de sécurité.

L’avantage de la production locale

Le protocole thérapeutique dans la prise en charge des pa­tients atteints de coronavirus comprend la chloroquine (nom com­mercial, Nivaquine). Le Maroc est l’un des rares pays à produire ce médicament. «C’est un réel avantage mais également une fierté que ce soit des équipes 100% marocaines, disposant du savoir-faire nécessaire, qui produisent la chloroquine. Nous disposons donc des réserves répondant aux besoins du Maroc. Je salue d’ailleurs la décision du ministre de la Santé qui a réquisitionné tout le stock produit pour le mettre sous le contrôle de son département», sou­ligne Rachid Lamrini, président du Conseil de l’ordre des pharma­ciens fabricants répartiteurs (Copfr).

Propos recueillis par Tilila EL GHOUARI

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