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    Tribune

    La croissance grandit par la confiance

    Par Dounia TAARJI | Edition N°:5603 Le 30/09/2019 | Partager

    Multidiplômée d’écoles prestigieuses, Dounia Taarji, est connue comme financière: les premières banques d’affaires au Maroc, le CDVM ancêtre de l’AMMC, Saham et aujourd’hui présidente du directoire du Fonds Hassan II pour le développement économique et social. Elle a en outre l’expérience d’avoir créé sa propre entreprise. Au CDVM, de 2001 à 2009, elle s’est taillée une réputation sévère et juste à la fois: sur les marchés financiers, impossible de lui «raconter des histoires». Elle a eu le courage de faire des remises en ordre, où des contrevenants auraient aimé faire croire qu’ils étaient «protégés». Ce présent texte est une version de son intervention lors de l’Université de la CGEM, le 14 septembre 2019. Il a suscité un tonnerre d’applaudissements (Ph. MAP)

    Sur la plage de mon enfance des familles, il y a aujourd’hui: papa, maman, deux enfants. Le garçon joue sur son smartphone, la fille mange une glace à la vanille. Et la grand-mère, qui somnole dans son fauteuil. Un jeune homme qui court pour louer des parasols et des chaises. Et sur les rochers, découverts à marée basse, des couples se cachent pour avoir un peu d’intimité.

    Maroc d’hier, Maroc d’aujourd’hui

    Sur cette plage, les mutations sociales du Maroc sont exposées. Quand j’étais petite, il n’y avait que les privilégiés qui y résidaient, parce qu’elle est à 20 km de la ville. Depuis, le bus y est arrivé. Et la voiture économique est née. La classe moyenne peut accéder à la plage.

    Dans le Maroc de nos parents, les familles n’allaient pas passer la journée à la plage. Parce que le nombre moyen d’enfants par femme était supérieur à 6. Compliqué d’emmener 6 enfants à la plage, surtout sans voiture. Aujourd’hui, il est de 2,5 enfants.

    Dans le Maroc de nos parents, l’espérance de vie était de 47 ans. Les personnes âgées étaient rares, et encore plus sur une plage. Mais l’espérance de vie s’est allongée à 71 ans. Aujourd’hui plus de 10% des Marocains ont plus de 60 ans, et on se pose des questions sur la prise en charge des seniors.

    Dans le Maroc de nos parents, les filles se mariaient à 17 ans et les garçons à 24. Aujourd’hui, l’âge moyen du mariage est de 27 et 31 ans. Et les jeunes Marocains ont les mêmes élans amoureux qu’ailleurs dans le monde, mais malheureusement pas d’espace où les vivre.

    Dans le Maroc de nos parents, 70% des marocains vivaient à la campagne. Aujourd’hui, 63% de nos concitoyens sont en ville. Or les villes n’ont pas prévu cet afflux de population, et savoir vivre en ville n’est pas inné chez les nouveaux arrivants.

    Le lien entre confiance et croissance a été démontré par de nombreuses études économiques, parce que la confiance est LE lubrifiant du système. Pour développer de grandes organisations, des institutions fortes, il faut de la confiance. On génère de la croissance par la confiance.
    Croire en l’autre, en notre capacité collective, voilà ce qui nous manque. Voilà ce que nous avons perdu.

    Croire en l’autre même lointain

    Le Maroc de nos parents croyait en un avenir meilleur. Pour nos parents, qui se sont battus et ont obtenu l’indépendance, tout était possible pour notre pays, puisqu’ils avaient réussi à obtenir l’impossible. Qu’avons-nous fait de cette confiance en nous, de cette confiance dans notre pays? De cette confiance dans notre capacité à faire de notre pays «le plus beau pays du monde?».

    Nous croyons dans notre cercle proche, amis, connaissances, famille. Mais notre confiance au-delà de ce cercle, dans les personnes extérieures, dans les institutions, est malheureusement très basse, comparée à d’autres pays (voir photo). Cela se ressent dans les recrutements, les investissements, les échanges commerciaux. Ainsi, beaucoup d’entreprises familiales ne font pas confiance à l’expertise de jeunes en dehors de la famille.

    Avez-vous cette capacité à faire confiance? Savez-vous tendre la main et aider ces jeunes? Par exemple croire dans un petit fournisseur, lui sécuriser un volume d’achats sur une période plus longue pour lui permettre d’investir à moyen terme, de grandir.

    Il y a plein de façons de faire grandir la confiance autour de vous: en donnant de la visibilité, en accompagnant, en partageant, en formant, en coachant. A chacun son levier d’action. Dans les démarches de RSE, les entreprises ont de très belles pratiques, je vous invite à regarder ce qu’elles font.
    Tendre la main, c’est aider à grandir, permettre la croissance.
    Qui vous a un jour tendu la main pour que vous en arriviez là? Pour que vous puissiez faire vos preuves, jusqu’à arriver ce matin dans cette salle?
    Nous avons besoin que vous réappreniez à prendre le risque de faire confiance, et que vous retrouviez la joie et la fierté de voir le résultat de cette confiance accordée.
    La jeunesse en a besoin. La classe moyenne en a besoin. Notre pays en a besoin.
    A propos, c’était quand la dernière fois que vous avez fait confiance pour la première fois?

    Confiance maximale

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     Un café au Danemark: les parents déjeunent à l’intérieur, les bébés sont dans les poussettes à l’extérieur, avec un babyphone. Les bébés sont sans surveillance    parce que la confiance en l’autre est une valeur ancrée dans la société danoise. Cette image est hallucinante pour nous, Marocains. Mais également pour les    Français, les Italiens, les Chinois…
     Elle illustre le niveau maximal de confiance que l’on peut faire à l’autre. Ce n’est pas un hasard si les études mettent le Danemark en tête des pays en matière de  niveau de confiance interpersonnelle.

                                                                        

    Qu’est-ce qui nous manque?

    Le Maroc d’aujourd’hui est jeune, urbain, connecté. Une classe moyenne a émergé. Elle travaille, se cherche, se compare. Elle a un appétit légitime de consommation, mais elle est frustrée. Elle a du mal à joindre les deux bouts. L’ascenseur social est en panne, les salaires ne suivent pas, les opportunités de carrière non plus. Notre jeunesse ne trouve pas de travail, elle rêve d’émigrer pour tenter sa chance ailleurs.
    Pourquoi on en est arrivés-là? Parce que notre croissance n’est pas suffisante pour créer les emplois additionnels nécessaires.
    Pourtant la demande est là, l’investissement public est très important depuis 20 ans, pourquoi il n’y a pas davantage de croissance? Question centrale: comment générer plus de croissance? Qu’est-ce qu’on a raté? Qu’est-ce qui nous manque?
    Si on passe en revue les différents leviers de la croissance, l’ingrédient secret, le paramètre qui manque dans nos équations, c’est LA CONFIANCE.

                                                                        

    Pouvez-vous faire confiance ?

    Donner confiance… C’est ce que les parents peuvent offrir de plus beau à leurs enfants. Imaginez un enfant sur un muret, qui veut marcher en équilibre. Soit la maman dit «Descends tout de suite, tu vas tomber!». Mais elle peut aussi lui tendre la main: «Vas-y, je te tiens, tu peux le faire». Puis lâcher sa main «Continue, je suis là».
    Donner confiance, c’est tendre la main à l’autre, pour l’aider à devenir autonome. Nous en avons tous besoin.
    Qui tendra la main à ce loueur de parasols, pour le sortir de l’informel? Qui l’aidera à présenter son dossier pour obtenir les autorisations nécessaires? Qui l’orientera vers un organisme de micro-crédit pour investir dans de nouvelles chaises, créer et faire grandir sa micro entreprise? Pouvez-vous faire confiance?
    Tendre la main… C’est ainsi que l’on aide nos enfants. C’est ainsi que l’on fait avancer un pays.

     

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