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    Jésus, une grande figure biblique du Coran/Episode 25 La naissance, le développement du christianisme, du vivant de Jésus et après sa mort

    Par L'Economiste | Edition N°:5537 Le 18/06/2019 | Partager

    Les historiens sont unanimes pour dire que le christianisme n’a pas, à proprement parler, de date de naissance. Son édification progressive a duré plus d’un siècle, au gré d’évènements historiques. Au 1er siècle de notre ère, les disciples de Jésus

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    sont tous des juifs. L’historien Eusèbe de Césarée rapporte que, jusqu’en l’an 132 de notre ère, tous les évêques (les surveillants) de Jérusalem sont des «Hébreux de vieille souche». Quant au mot «chrétien», il n’apparaîtra que plus tard, à Antioche, dans des conditions fortuites. Il vient du grec «christos» qui veut dire «messie», «oint», augmenté d’un suf¬fixe latin, d’où le terme «christianus». Pour Étienne Nodet, dans son article «Qui sont les premiers chrétiens à Jérusalem ?», le terme «chrétien» n’a jamais eu cours en Judée, jusqu’à la guerre de 70, du moins pour désigner les disciples de Jésus.
    À l’origine, il désigne les agitations juives messianisantes sous l’empereur Caligula en l’an 39. Le principal témoignage est fourni par les Actes des Apôtres où il est rapporté que Barnabé, un des disciples de Jésus, est envoyé à Antioche où il va chercher Paul à Tarse, car celui-ci s’y connaît en matière d’agitation populaire et c’est là que des disciples sont qualifiés de «chrétiens». Le nom durera grâce à Paul et à son entourage. D’ailleurs, quand Paul sera arrêté à Jérusalem et présenté devant le roi Agrippa II, il lui dit: «Encore un peu, et tu vas faire de moi un chrétien». En fait, la naissance, et le développement, du christianisme est le résultat d’un long processus, commençant avec Jésus et son message. Après sa mort, deux mouvements ont vu le jour et se sont affrontés, jusqu’au moment où l’un des deux a eu le dessus sur l’autre et a imposé ses idées. C’est ce long processus et la confrontation entre les deux courants que nous nous proposons de décrire.

    Les deux mouvements ayant abouti à la naissance
    du christianisme

    L’avènement du christianisme, après la mort de Jésus, est le fait de deux courants : celui des disciples de Jésus, notamment des membres de sa famille, et en particulier son frère Jacques, qui vont avoir une influence importante au cours des décennies qui ont suivi sa mort. L’autre mouvement est celui qui a été mené par des personnes qui n’ont pas connu, personnellement, Jésus, en particulier Paul.
    La différence entre les deux tendances, qui se sont érigées en véritables mouvements, est que le premier est celui de gens qui ont préféré rester à Jérusalem. En plus, d’après Reza Aslan, lorsqu’ ils ont essayé d’étendre le message de Jésus, ces gens se sont trouvés handicapés par leur capacité intellectuelle limitée, pour la plupart, ne savent ni lire ni écrire.  L’autre mouvement est constitué de juifs de la Diaspora, instruits, et surtout venant des villes. Ce sont eux qui vont diffuser le message de Jésus, en le rendant plus séduisant pour les autres juifs qui pratiquent couramment la langue grecque, ainsi qu’aux païens. Mais pour cela, il a fallu transformer le personnage de Jésus. D’un rebelle contre les Romains et les prêtres, il devient un être céleste qui transcende les préoccupations de ce bas monde. C’est, là, l’origine des discussions sur le caractère humain ou divin de Jésus.
    Les deux courants, l’un mené par le frère de Jésus, Jacques, et l’autre par l’ancien pharisien Paul, vont rentrer en conflit; ce qui n’est pas étonnant, dans la mesure où les deux viennent de deux mondes différents et sont constitués de personnes n’ayant pas grand-chose en commun sauf le désir de propager le message de Jésus. Ce message constitue le fondement de la religion à venir. Le problème est que ce message n’a pas été compris de la même façon.

    Le mouvement mené par Jacques le Juste

    La personne la plus importante du christianisme naissant est Jacques, le frère de Jésus, appelé «Jacques le Juste», qui présente un profil tout à fait différent de celui de Paul. Il est connu pour sa modestie, pour sa grande piété et pour la vie d’ascète qu’il mène, ne mangeant pas de viande et ne buvant pas de vin. Il est respecté aussi bien par les apôtres et les disciples que par les autorités religieuses de Jérusalem. Il a été considéré comme le chef incontesté du mouvement qui a pris naissance après la mort de Jésus et qui s’est assigné comme mission d’étendre le message de ce dernier. La preuve historique de la place qu’occupe Jacques, à cette époque, est la référence à sa mort, survenue en 62 apr. J.-C., rapportée par l’historien Flavius Josèphe dans son livre les Antiquités judaïques118, où il parle de «Jacques, frère de Jésus, celui qu’on appelle «le Messie»». L’apôtre Pierre, chef des douze, dans l’Épître de Pierre, parle de Jacques, comme étant « le seigneur et évêque de la Sainte Église».
    Reza Aslan rapporte que, d’après l’Évangile de Thomas, découvert en 1945, près du petit village de Nag Hamadi, c’est Jésus lui-même qui a désigné Jacques pour lui succéder après sa mort. Ainsi, quand les disciples disent à Jésus: «Nous savons que tu nous quitteras, qui se fera grand sur nous?», il leur répond: «Au point où vous en serez, vous irez vers Jacques le Juste, pour qui le Ciel et la Terre ont été créés».
    Le Nouveau Testament met en exergue le rôle de Jacques comme chef de la communauté chrétienne: c’est lui qui figure, en premier, avant Pierre et Jean; c’est lui qui envoie les émissaires auprès des différentes communautés de la Diaspora; c’est lui qui préside le concile apostolique. Ainsi, au moment où l’on s’attend à une accalmie du mouvement enseigné par Jésus après sa mort, surtout que, dans les faits, et d’après l’Évangéliste Jean, plusieurs apôtres sont retournés en Galilée, on constate une véritable renaissance de la foi que certains historiens imputent justement à Jacques, «disciple bien-aimé», qui a su perpétuer le message de son frère, en assumant l’espoir que les compagnons de Jésus ont mis en lui, même si ce rôle a été minimisé au profit de Pierre et surtout de Paul. Il assurera la direction du mouvement messianique, à la mort de Jésus, pendant trois décennies.
    Paul raconte, dans sa lettre aux Galates, que, quatorze ans après sa conversion, ce qui correspond à 50 années de notre ère, il se rend à Jérusalem pour valider sa mission apostolique par les «trois piliers» du mouvement que sont Jacques, Cephas (prénom grec de Pierre) et Jean, le pêcheur (Galates, II, 9). De cette déclaration, on peut conclure que le courant, qui a pris le flambeau du message de Jésus, après sa mort, est dirigé par les douze apôtres, avec à leur tête, Jacques, secondé à sa droite par Pierre et par Jean à sa gauche, sachant que si Jésus a expressément désigné Jacques pour être le chef des apôtres, il n’a pas désigné ceux qui le seconderaient à sa droite et à sa gauche. Ce qui correspond à la forme d’organisation décrite par la «Règle de la Communauté» de Qumran qui affirme: «Le conseil de la Communauté sera formé de douze hommes, et de trois prêtres versés dans tout ce que révèle la Torah». Un auteur du IIe siècle, Clément d’Alexandrie, cité par Eusèbe de Césarée, dans son Histoire ecclésiastique, affirme: «Après la résurrection, le Seigneur transmit la tradition du savoir à Jacques le Juste, à Pierre et à Jean, et ceux-ci la donnèrent aux autres apôtres, et les autres apôtres aux soixante-dix».Voici donc la structure pyramidale du mouvement qui s’est constitué après la mort de Jésus.
    Quelques indices permettent de constater comment le groupe fonctionne : mise en commun des biens vendus pour satisfaire les besoins de la communauté, l’enseignement des apôtres, les repas pris en commun, la présence quotidienne au Temple, le baptême des nouveaux adeptes.
    Les historiens ont remarqué qu’il y a une intention délibérée pour minimiser le rôle de Jacques dans la direction du mouvement, notamment par l’Évangéliste Luc. Pourtant, Luc a été obligé de reconnaître, en relatant le voyage de Paul à Jérusalem, que ce dernier a été reçu par «les apôtres et les Anciens» et que c’est Jacques qui préside les débats. Il raconte, qu’à la fin des discussions, c’est lui qui a pris la parole en affirmant: «J’ai conclu que nous ne devrions pas créer de difficultés à ceux

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    Saül (premier nom de Paul) approchait de Damas, où il allait persécuter les chrétiens, accompagné de soldats et d’émissaires de la synagogue de Jérusalem, quand tout à coup il est renversé de son cheval et couché à terre par une force invisible. «La conversion de Saint Paul sur le chemin de Damas», œuvre de Caravage (1600/1604) (Crédit DR)

    des païens qui se tournent vers Dieu, mais qu’on leur écrive de s’abstenir des souillures des idoles, de l’impudicité, des animaux étouffés et du sang. Car depuis bien des générations, Moïse a dans chaque ville des gens qui le prêchent, puisqu’on le lit tous les jours de shabbat dans les synagogues». (Actes, XV, 19-21). Ainsi, c’est Jacques, en tant que chef des apôtres, qui trace les contours de la nouvelle foi. Il décide que les non-juifs, désireux de venir à la synagogue et qui seront accueillis en tant que «gentils» peuvent ne pas se faire circoncire ou suivre tous les commandements de la Torah. Ils doivent, cependant, abandonner, de façon définitive, certaines pratiques telles que l’idolâtrie, la dépravation sexuelle, largement répandue chez les Romains, la consommation de la viande d’un animal abattu qui contiendrait encore du sang (Genèse, IX, 4). Pour le reste, il s’agit de mener une vie d’équité et de vertu.
    Remarquons que le discours de Jacques se concentre sur les prescriptions de la Loi juive, notamment, sur ce qu’elle interdit. Ainsi, le frère de Jésus, dans ses discours, essaye de tracer des lignes rouges entre ce que l’on peut tolérer (la non-circoncision, le non-respect du shabbat) et ce qui ne sera jamais admis (l’idolâtrie ou encore la dépravation sexuelle).
    Les circonstances de la mort de Jacques sont rapportées par l’historien Flavius Josèphe qui raconte que c’est le propre fils d’Annas, l’ennemi de Jésus, qui fera arrêter Jacques et le présente devant le Sanhédrin qui le condamne à la lapidation pour transgression de la Loi juive. On rapporte qu’il a été précipité du haut de l’enceinte du Temple et qu’il a été battu avec un bâton jusqu’à la mort. La décision de sa lapidation a provoqué une vague de protestations, au point qu’une délégation de citoyens juifs s’est rendue auprès du gouverneur pour protester contre l’exécution de Jacques le Juste. D’ailleurs, à la suite de ces oppositions, le grand prêtre est destitué de ses fonctions.
    C’est Simon, fils de Clophas, qui succède à Jacques, à la tête du mouvement. Clophas étant le frère de Joseph, l’époux de Marie, donc, lui aussi, descendant de David. Simon a été crucifié vers l’an 106, sous le règne de l’empereur romain Trajan.
    Certains analystes tirent les conclusions suivantes du mouvement qui s’est développé à Jérusalem après la mort de Jésus:
    - Personne n’a pensé, pendant les vingt-cinq premières années, à créer, à partir du courant né de la foi de Jésus, une quelconque forme religieuse. Le mouvement est vécu et perçu comme un courant juif, même pas dissident, parmi d’autres. Certes, on a donné, à Antioche, le nom de «chrétiens» à ses adeptes, mais, à l’époque, on ne peut même pas parler de «christianisme juif». L’opposition que cette tendance a continué de manifester à l’égard des grands prêtres et du Temple, après  la mort de Jésus, a pour objet de réformer le culte, tel qu’il est pratiqué, mais jamais de le détruire.
    - En revanche, le mouvement recouvre une grande diversité et commence à comprendre des juifs palestiniens, galiléens et judéens, ainsi que des juifs hellénisés de la Diaspora, avec des alliances qui se font et se défont, au gré des évènements historiques.

    Le mouvement mené par Paul

    Parmi les juifs hellénistes, une place particulière doit être faite à Saül de Tarse, devenu l’apôtre Paul, de son prénom romain Paulus qui signifie «petit», dont l’histoire mérite qu’on s’y attarde. Paul est né à Tarse, une ville de la province de Cilicie (actuelle Turquie), en Asie Mineure. Bien que juif, il a eu la citoyenneté romaine qui lui a été transmise par ses parents. Luc nous apprend qu’il a exercé le métier de «faiseur de tentes» (Actes, XVIII, 3) et que son père est un pharisien. Ses parents ont assez de moyens pour l’envoyer étudier à Jérusalem, sous la direction de Gamaliel, le rabbin pharisien le plus célèbre de son époque, que la tradition juive tient en grande estime, à tel point que le titre de rabban lui a été donné, plus honorifique que celui de Rab ou rabbi; c’est ce que rapporte Marcel Simon dans son article «Gamaliel». La famille de Paul et lui-même sont reçus, régulièrement, dans la famille du grand prêtre Annas et ont accès à la cour d’Hérode. Ils entretiennent de bonnes relations avec les autorités romaines. Sachant que Paul, dans les quatorze lettres qui lui sont attribuées, est très discret sur Tarse, sa ville de naissance, sur sa citoyenneté romaine, sur son maître Gamaliel et même sur sa conversion et son séjour en Arabie, pendant trois années. Il affirme faire partie de la tribu de Benjamin (Romains, II, 1 ; Philippiens, III, 5) et plus tard, devant le Sanhédrin, il déclare: «Frères, je suis, moi, pharisien, fils de pharisiens». (Actes, XXIII, 6). Les historiens rapportent qu’il est resté célibataire et qu’il a recommandé le célibat dans sa première lettre aux Corinthiens (1 Corinthiens, VII, 1 et 8) où il affirme: «Il est bon pour l’homme de s’abstenir de la femme.»
    En fait, ce personnage a, incontestablement, marqué la Genèse et le développement du christianisme. Les historiens, dont notamment Michel Trimaille, dans son article «Que sait-on de Paul aujourd’hui?», affirment ne disposer que de deux types de sources le concernant: ses treize lettres, dont sept ont été reconnues comme authentiques, et les Actes des Apôtres de Luc dont la deuxième partie est presque entièrement consacrée à sa vie de missionnaire, jusqu’à son arrivée à Rome. Ceci dit, comme l’écrit Emmanuel Carrère, à la différence de Jésus qui n’a laissé aucun écrit, on sait, de façon certaine, ce que Paul pensait, comment il s’exprimait et quel était son caractère, car on a de lui, des lettres d’une authenticité indiscutée. Ce qu’il faut retenir, c’est que dans la vie de Paul, on distingue deux étapes, avant sa conversion et après. Durant la première étape, Paul, en tant que juif instruit de la Diaspora est au service du Temple et de la Loi qu’il défend avec zèle et même avec violence. Il déclare être devenu «plus avancé dans le judaïsme que beaucoup». Il se décrit lui-même comme «circoncis dès le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin ; Hébreu, fils d’Hébreux; quant à la Loi, un pharisien; quant au zèle, un persécuteur de l’Église; quant à la justice qui peut donner la Loi, un homme irréprochable». (Lettre aux chrétiens de la ville de Philippes (Philippiens, III, 5-6).

    Jésus, une grande
    figure biblique du Coran

    Rachid Lazrak
    La Croisée des Chemins,
    L’Harmattan, 2019

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