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    Roman de l'été

    Episode 23 Jésus, une grande figure biblique du Coran: Querelles autour de la nature de Jésus

    Par L'Economiste | Edition N°:5535 Le 14/06/2019 | Partager

    LES écrivains qui se sont intéressés à l’identité de Jésus, dont notamment Frédéric Lenoir, rapportent qu’à la suite des écrits de Jean, se sont formés de nombreux courants; certains affirmant le caractère divin de Jésus, d’autres lui déniant ce caractère ou encore lui attribuant un double caractère, divin et humain en même temps.
    1. Le docétisme: pour les tenants de cette tendance, Jésus n’est que Dieu et il n’y a pas lieu de parler d’incarnation. Il est exclusivement divin et n’a fait que prendre l’apparence d’un être humain. La conséquence pour eux est que Jésus n’a pas été enfanté par une femme. Il n’a pas connu le supplice de la Croix; c’est Simon de Cyrène qui l’a aidé à porter la croix et qui a été crucifié à sa place.
    2. L’adoptianisme: cette tendance insiste sur le caractère humain de Jésus qui n’a été «adopté» par Dieu qu’à un certain moment, lors de la Résurrection, la Transfiguration ou le baptême.
    3. Ceux qui défendent l’idée d’un Jésus à la fois divin et humain: pour ceux-là, on ne peut pas nier la réalité de sa chair humaine puisque on reconnaît qu’il a été enfanté par Marie. De même, on ne peut pas nier qu’il a mangé, qu’il a bu, qu’il a été crucifié et qu’il a été ressuscité et pour cela, il a fallu qu’il soit mort. La conclusion étant que si Jésus n’a pas épousé la forme humaine, il ne peut pas sauver l’humanité. Cependant, pour les tenants de cette tendance, même en tant qu’homme, il n’en est pas moins divin: dès sa conception, Jésus était pleinement Dieu.

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    4. Le monarchianisme et le modalisme: les relations entre le Père et le Fils. Ces deux courants de pensées partent du postulat que seul le Père existe et que c’est lui qui a pris chair dans la Vierge Marie et c’est lui qui a été crucifié, le tout, sous l’apparence de Jésus.
    5. Le subordinatianisme: le Fils est inférieur au Père. Pour les tenants de cette école de pensées, Dieu est présent de toute éternité, mais il porte en Lui le Verbe qui est le Fils et qui est une personne à part entière. Du Fils, sort le Saint-Esprit qui est une troisième personne. À eux trois, ils forment la Trinité. Cependant, cette trinité n’empêche pas l’unité de substance, comme une branche qui engendre des fruits. Pour eux, Père, Fils et Saint-Esprit sont une seule et même substance, mais pas une seule et même personne. C’est Tertullien qui utilise le premier le terme «consubstantiel» pour exprimer cette idée de même substance. C’est la traduction en grec de ce mot, «homoousios», qui sera à l’origine de grands débats, souvent houleux, au IVe siècle. Remarquons que cette pensée tend à concilier le monothéisme avec l’existence des trois personnes de la Trinité, d’où cette idée de subordinatianisme qui signifie que le Père est seule source de la divinité et que le Fils et le Saint-Esprit lui sont inférieurs ; Jésus étant le Serviteur du Père. Cette hiérarchisation est conforme à celle des Évangiles et même à celle du Coran, sauf que, pour ce dernier, il n’est pas question de considérer un quelconque lien de filiation entre Dieu et Jésus, comme nous allons le voir.
    6. Les nazaréens ou nazôréens (en hébreu «Notzrim»): Ce sont les proches de l’Église dite «des gentils». Ils se considèrent comme les descendants des premiers disciples, continuent de lire les Écritures en hébreu et disposent de leur propre Évangile, celui des «Hébreux». Une branche des nazaréens reconnaît la messianité de Jésus, qu’ils qualifient de «Serviteur de Dieu», mais lui dénient tout caractère divin.
    7. Les ébionites: ils sont proches des nazaréens. Ils excluent la viande et le vin de leur alimentation. Pour eux, Jésus est un homme, né de Joseph et de Marie. Ce n’est pas le fils de Dieu, mais un prophète, élevé au rang de Messie. Restant attachés à la Loi de Moïse, sauf en ce qui concerne les sacrifices. Ils rejettent les écrits de Paul et préfèrent l’Évangile de Matthieu. Les croyances de ce mouvement sont proches des affirmations du Coran.
    8. Les elkasaides: assez proches des ébionites dans la mesure où ils ne reconnaissent que le caractère humain de Jésus et sa messianité; ils vénèrent l’eau, d’où la pratique de l’immersion aussi bien pour les êtres humains que pour les aliments. Pour eux, Jésus est le dernier des prophètes.
    9. Marcion: il ne s’agit pas d’un mouvement mais d’un homme qui nie purement et simplement le fait que Jésus ait été juif. Il demande aux chrétiens de renier les racines juives de leur religion. Il rédige un corpus purement chrétien, excluant la Torah, qu’il nomme «Nouveau Testament» et c’est ce nom qui va être retenu par la suite par l’Église. Dans ses écrits, il ne retient que ceux de Paul et de Luc, mais en opérant une sélection pour conforter ses idées.
    10. Le gnosticisme : pour les adeptes de ce mouvement, ce n’est pas la mort ni la résurrection de Jésus qui sont à l’origine du salut, mais une forme de connaissance surnaturelle que le Christ est venu délivrer aux hommes et qu’il faut chercher dans le sens caché de son discours. Ce ne sont pas moins de cinquante-trois traités, découverts dans une jarre en Haute Égypte, à Nag Hamadi en 1945, rédigés en langue copte et datant des IIe, IIIe et IVe siècles, qui donnent de précieuses informations sur ce mouvement dont les membres croient eux-mêmes avoir une origine divine.
    Leur préoccupation majeure étant de se débarrasser de leur enveloppe charnelle pour rejoindre leur univers céleste. L’origine de ce mouvement semble être assez ancienne puisqu’il est condamné par Paul dans ses lettres, et notamment celle adressée à son disciple Timothée auquel il demande d’éviter «les discours creux et impies, les objections d’une pseudo-gnose» (1Timothée 6.20). Concernant Jésus, c’est Dieu qui l’a envoyé sur Terre pour sauver l’humanité. Pour eux, Jésus est un grand prophète qu’il faut dissocier du Christ, celui-ci a pris l’apparence de Jésus pendant son séjour sur Terre. Mais celui qui est mort sur la croix, c’est Jésus homme.
    C’est là un échantillon des mouvements, tendances et autres courants qui vont s’affronter, parfois de façon violente, sur l’identité divine ou humaine de Jésus. C’est la raison pour laquelle, à l’initiative de Constantin, empereur romain, un concile a été convoqué pour trancher la question.

    Le concile de Nicée et ses suites

    Compte tenu de son importance pour l’évolution du christianisme dans sa forme actuelle, les historiens et les spécialistes de cette religion ont consacré de nombreux ouvrages et articles au concile de Nicée et à ses conséquences.
    Ils rapportent que, au début du IIIe siècle de notre ère, l’Empire romain, si puissant jusque-là pendant plus de cinq siècles, commence à connaître des difficultés économiques et des pressions militaires. Les moyens matériels pour soutenir l’effort militaire commencent à manquer, d’où des augmentations vertigineuses des impôts. L’inflation devient incontrôlable avec l’accroissement des prix des produits alimentaires. La conséquence est que, au moment où une partie de la population profite de la crise et accumule des fortunes colossales, les classes moyennes et les pauvres sont acculés à la servitude. Des mouvements de révolte s’organisent, dans un contexte où les épidémies et le brigandage s’étendent et se développent dans tout l’Empire.

    Il a fallu attendre l’année 290 de notre ère pour voir un retournement miraculeux de la situation avec un rebond économique, basé sur le développement des échanges commerciaux. Sur le plan militaire, les invasions «barbares» sont repoussées et les révoltes internes écrasées. Parallèlement, les chrétiens connaissent l’une des pires campagnes de persécution, notamment sous l’empereur Dioclétien et ce, jusqu’en l’an 311, pour se terminer de façon spectaculaire et tout à fait inattendue.
    En effet, l’empereur Galère, le grand persécuteur des chrétiens, tombe gravement malade. En 311, sentant sa fin proche, il ordonne d’en finir avec la grande persécution des chrétiens en Orient. L’année suivante, Constantin marche sur Rome pour s’emparer de la partie occidentale de l’Empire. Il montre un intérêt particulier pour le christianisme et prend comme conseiller spirituel un certain Ossius de Cordoue qui va jouer un rôle important dans le développement des événements à venir.
    La légende raconte que, sur la route de Rome, Constantin voit dans le ciel apparaître une croix flamboyante, accompagnée de l’inscription «Toutoinika», qui veut dire «Par ce signe, tu vaincras». Le lendemain, il fait un rêve où Jésus lui est  apparu, lui demandant de broder la croix sur les bannières de ses soldats. Ce qu’il fait dès le jour suivant, avant de rentrer à Rome en maître absolu de l’Occident.
    À l’époque, l’Orient est entre les mains de Licinius auquel Constantin a donné sa sœur en mariage. Tous les deux rédigent un document mettant fin à la persécution des chrétiens et décidant la restitution de leurs biens. Constantin, après deux victoires décisives, devient le premier souverain chrétien de tout l’Empire. Ainsi, en un temps ne dépassant pas les dix années, le christianisme est passé de la situation d’un mouvement persécuté à celui de la religion de la famille impériale, et par la suite, de celle de tout l’Empire.
    De nombreuses basiliques sont construites à Rome : Saint- Pierre-du Vatican, Saint-Jean-de-Latran près du siège de la papauté, Saint-Paul-hors-les-Murs, Saint-Laurent, Sainte- Croix de Jérusalem où la mère de Constantin, l’impératrice Hélène, fera plus tard déposer des reliques de la «Vraie Croix» rapportées de Jérusalem. Cependant, même en réservant aux chrétiens le meilleur traitement et les plus hautes fonctions, les historiens, dont Eusèbe de Césarée, dans Vie de Constantin, relatent que Constantin ne s’est pas formellement converti au christianisme, mais se fera baptiser, sur son lit de mort, en 337.

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    Sur convocation personnelle de l’empereur romain, le concile s’est réuni, le 20 mai 325 apr. J.-C., à Nicée, ville byzantine dans la Turquie actuelle. Composé de plus de 250 évêques, le concile a pour mission d’établir, définitivement, la doctrine chrétienne, et notamment, de se prononcer sur la nature de Jésus et sa relation avec Dieu (Crédit DR)

    Dans tous les cas, dès qu’il consolide son pouvoir, Constantin se rend compte de l’existence d’un danger qui risque de réduire à néant tous ses rêves d’unité. Ce danger vient des divisions doctrinales qui minent l’unité des chrétiens, notamment sur l’identité humaine ou divine de Jésus, sachant que les querelles qui ont éclaté sous les persécutions continuent de s’amplifier et que d’autres polémiques sont venues s’y ajouter. En effet, à Alexandrie, des faits graves sont en train de se produire. Quelques années plus tôt, un prêtre, dénommé Arius, né en Libye vers 256, a critiqué publiquement la doctrine de son évêque Alexandre, appuyé par Athanase, au sujet de la nature divine de Jésus. Alexandre convoque un concile d’évêques égyptiens qui décide d’excommunier Arius. Celui-ci refuse cette décision et invoque le soutien d’amis puissants en Palestine, en Syrie et en Asie mineure.
    Au début du IVe siècle, le «statut» théologique de Jésus, n’est pas encore fixé. Jésus est-il l’égal de son Père, partageant avec lui la même essence divine comme l’affirment l’évêque d’Alexandrie et Athanase ? Ou est-il moins que Dieu, une créature certes d’un rang élevé dans la hiérarchie des êtres mais subordonnée à son Créateur comme le soutien Arius?
    Pour les partisans d’Athanase, il n’est pas permis de se dire chrétien et ne pas croire que Jésus est l’incarnation de Dieu. De leur côté, pour les ariens, adeptes d’Arius, Jésus est un individu qui a atteint une telle perfection morale que Dieu l’a adopté comme son Fils et l’a sacrifié pour sauver l’humanité du péché. Il l’a ressuscité d’entre les morts et l’a élevé au statut d’être divin. D’ailleurs, il est essentiel que Jésus ne soit pas Dieu, car Dieu, parfait par nature, est inimitable. Faut-il alors le considérer comme un simple humain? Pour les ariens, il n’existe qu’un seul Dieu qui sera décrit par Arius dans une lettre à Athanase comme «seul engendré, seul éternel, seul sans commencement, seul véritable, seul possédant l’immortalité».
    Quant à Jésus, il est un homme véritable, et non une apparition divine ou un masque de Dieu. Son génie moral et l’importance de sa mission l’élèvent au-dessus des grands prophètes, mais quelle que soit sa nature exceptionnelle, il ne peut pas être Dieu lui-même. La preuve est que, lorsqu’il s’écrie «Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as tu abandonné?», il ne parle pas à lui-même. De même, quand il déclare à ses disciples que le «Père est plus grand que moi», c’est sans ambiguïté aucune.
    À ces arguments, Athanase d’Alexandrie répond que lui aussi, il croit en un Dieu unique. Pour lui, la divinité est éternelle et toute-puissante, parfaite et omnisciente. Dieu est un être immuable et infiniment supérieur à toute création mortelle. L’idée que le créateur de l’Univers puisse se faire homme et se soumettre au pouvoir d’autres hommes peut apparaître comme une forme de dégradation impensable. Et pourtant, estime Athanase, c’est là le seul moyen de sauver l’humanité de l’extinction physique et morale. Afin de nous sauver du péché, Dieu a accompli précisément l’impensable : Il a revêtu la chair de l’homme. En raison de son amour infini pour l’humanité, il est devenu l’homme Jésus qui a chargé sur ses épaules tout le fardeau de nos péchés, a souffert et est mort pour nous afin que nous accédions à la vie éternelle. Or si le Christ est moins que Dieu, il n’aurait pas pu nous sauver. Et si nous refusons de croire qu’il est Dieu, nous ne méritons pas le salut.
    Aussi, d’après les adeptes d’Athanase, quand les ariens déclarent que Jésus est inférieur à Dieu, ils sont pires que les juifs qui l’ont renié et les Romains qui l’ont fait crucifier. Pour Athanase, les ariens sont des hérétiques et, s’ils l’emportaient, la chrétienté serait perdue. Donc, il faut tout faire pour combattre l’arianisme, c’est-dire le diable.
    Le langage d’Athanase est plus virulent que celui de la plupart de ses adversaires mais dans les deux camps, les passions sont très vives et la controverse est explosive.

    Jésus, une grande
    figure biblique du Coran

    Rachid Lazrak
    La Croisée des Chemins,
    L’Harmattan, 2019

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